Lenous Suprice
Né à Fonds-des-Blancs (Haïti), Vit à Montréal. À publié quatre recueils de poèmes: Rêverrant (1990), Bwamitan (poèmes en créole, 1993) à Montréal aux Éditions du CIDIHCA, Pages triangulaires (1994) à Montréal aux Éditions Des Intouchables (Collectif dauteurs). En jambant le vent aux Éditions Humanitas (printemps 1997); Lîle en pages, Mtl. Humanitas(1998).
Sauvages Blackberries
Des gerbes de pierres en mes yeux apatrides par usure devenus
semblables aux mains de ces enfants frondeurs en bout du monde
bellement sactivent contre les mille et un fronts
dun certain mercenariat en tes murs indomptés
Je dessine même une forteresse au fond des souvenirs
Our interdire lespace aux affres qui crachent
Au visage dun certain ton de voix vers changement
En toutes saisons
du Mont-Royal étant
il y a des ruines qui senfoncent
jusquau bout
dans lenceinte dune flamme assez dense
doù je tobserve en passant à perte de vue.
Il y a des bouts te dis-je que lon perd
Ici ou ailleurs
à trop vouloir chercher linsaisissable
dans chaque battement de cils dun vis-à-vis.
Sans succès
je prie une courtisane belle
par inadvertance en cage derrière toi
de me laisser courir en ton sein
comme quand jétais enfant
après les invisibles chevaux dun épanouissement
Fayolle Jean
Fondateur du Théâtre libre dHaïti au Québec et des Productions Cimage Québec. Comme poète, il a publié Symphonie pour une cellule (1983 Collection Poésies Demain), Tenue de ville (1991 Editions Cimage Québec), Fables Propos 7 (2005), Complice des voyelles (livre-disque, 2005, Productions Cimage Québec).
Montréal en jupon-volant
Sans façon lété prenait ses aises
Au vert soleil des arbres musiciens
Tandis que ma promise m'attendait
Dans un courant dair
Ma joie s'est faite dentellière
En mille et une rues
Où passe lamour les seins livrés au bleu des cieux
Où passe la femme le flirt pieds nus dans le regard
Où passe et repasse celle qui revendique
M'agace, se trémousse, chevauche mes syllabes
Comme un murmure
Tandis que Montréal m'attendait dans un courant dair
Toutes les joies se donnèrent rendez-vous
À mon poème
Circoncision des alibis
Bravant le sexe de la pluie sous ma fenêtre
Petit bonheur sculpté
Dans la soif des fontaines
Ma part de soleil suspendu au balcon
D'aussi près que les rires denfants
Montréal jazze mes mots
Et prend allure de cierge
Quand passe à vélo
La femme du copain den face
Quand passent et repassent M.Baudry le voisin de palier
Marie-Eve et sa chienne
Le livreur de pizza le camelot le facteur
Quand passent et repassent
Les rues jouant aux dames à chaque césure
Un parterre de tulipe à leurs pieds
Marteau-piqueur approprié daquarelle
Fardant au passage les joues du vent
Et cest depuis déjà
L'été se prend pour Montréal…
Gary Klang
Romancier, poète, dramaturge et essayiste
Quelques uns de ses œuvres: Ex-île, poèmes, 1988, Je veux chanter la mer, poèmes, 1993, La terre est vide comme une étoile, poèmes 2000, Kafka ma dit, nouvelles, 2004, Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie(Mémoire dencrier), 2005
La ville-neige
Jai beau dire
Beau faire
Je nen peux mais du faux-semblant
Les images se déroulent dans une foire
Où nul ne se souvient
Ni dici
Ni dailleurs
Et je répète
Que les jeux sont faits
Et que lécart demeure
Mort en moi le passé
Je contemple des ombres
Et jessaie quelques liens
Qui toujours se dissolvent
Jessaie
Jessaie
Mais rien ny fait
La vie est là pourtant
Plus belle que dans lîle morte
Ou dans la ville lointaine
Ici tout mest plus simple
Mais le manque est un non-dit quon ne pourra défaire
Peut-être après tout que le point nexiste pas
Où trouver léquilibre
Ni dici
Ni dailleurs
Jamais je nentrerai dans le grand jeu des masques
Jécris
Pour dire le creux
Le poids de lêtre dans la ville-neige
Seule mimporte aujourdhui la musique de la phrase
Dans la cacophonie du monde
Manno Ejèn
Vit à Montréal depuis 1975, actif dans le mouvement culturel et artistique communautaire. Est cofondateur du Centre détudes et de littératures créoles, Société Koukouy. Auteur du recueil de poèmes Ekziltik, (Éditions Koukouy,1988), lune des premières tentatives décriture lexil en créole. A reçu le Prix de poésie du Mouvement créole 1968 et le Prix Jacques- Stephen -Alexis de la nouvelle, 1998.
Oumenm Monreyal
mwen se yon nonm
avèk plizyè zile andedan-mwen
chaple madichon m ape woule
zile an lamadèl
grenn wowoli simaye
pou okipe tan-mwen
zile lamarèl alèn sale karayib
chanke chankre dechalbore
avèk kannaldivan nan mitan
bouras soufle an karanndiseyas
kòm revè kòm kompayèl
men oumenm Monreyal
Monreyal angran
odè sikre goute erab
ou marande-mwen Monreyal
ou andyoze-mwen
chamantize-mwen
ou tòtire-mwen antòtiye-mwen
rale-mwen menen vini
nan gou-ou Monreyal
mwen se nonm sa a menm
bannzil depaman
zile dwategoch mape pote
avèk divès kouran
an laviwonndede
tout kalte oseyan travèse
batiman gwetawoyo lage
pataje ant nan nò ak nan sid
tiraye ant lalin ak solèy
lewouj e lenwa toumante
m ape dangoye
oumenm Monreyal
metwopòl silemaskòp an koulè
an mizik an limyè
Monreyal dijtal festival
Monreyal djaze flaye
Monreyal blouz Monreyal wev
ou ponyen-mwen nan trip
trimen-mwen jouk opwèlyèm
mwen se yon nonm toutouni
divès zile abite
zile tranpe detranpe
k ape benyen nan dlo kò-li
men ki pa sa jwenn
twa degout pou pase swaf-li
yon peyi ki pa yon peyi
avèk lanèj vègla poudreri
lagrèl eslòch plivèglasant
yon kout dlo cho
yon kout dlo frèt
malgre tou sa Monreyal
nou gen anpil pou pataje
boukante bouch nan bouch
Monreyal souvnans
pi bèl istwa damou-mwen
semans-mwen jete fèy nan sen-ou
mistik kòdlonbrit-mwen debafre nan bra-ou
zobogri papa pepe ape dòmi trankil
nan zantray-ou Monreyal…
Rodney Saint-Éloi
Écrivain. Il publie une dizaine de recueils de poèmes, des essais sur la littérature et la peinture. Son œuvre est une lente traversée des villes, des fleuves et des visages. Saint-Éloi vit depuis 2001 à Montréal. En mars 2003, il fonde et dirige la maison dédition Mémoire dencrier, qui accueille lœuvre des auteurs de diverses communautés culturelles: Afrique, Caraïbes et Océan indien.
Montréal
Les villes sont détranges bateaux
Les villes sont des oiseaux chagrins
Les villes sont le destin des arbres
Cest dans leur ventre que boit la mer
Cest dans leur panse que naît la terre
Cest dans leur main que pousse lespoir
La ville a des odeurs damande
Le fleuve nu contraste les destins
Le souvenir dun cours deau au nom de ciel
Le souvenir dun ciel au nom de terre
Des rues au nom des sept miracles
Dans mes fugues jai perdu le nord
Dans mes mers jai perdu le sud
Je suis devenu moins quune rumeur
Je suis devenu la fatigue des vents
Il y a une ville et une légende
Il y a une terre et un ciel
Il y a un fleuve et une histoire
Montréal ville entre toutes
Montréal ville soleil gueule de bois
Montréal rire plus blanc que la vérité
Montréal mon Amérique bègue
Les villes sont des fleuves nommés DÉSIR
nous les traversons avec nos drapeaux
nous les traversons avec nos défaites
nous les traversons avec nos éclats
nous les traversons avec nos corps dairain
nous les traversons avec nos tambours riants
tam tam
tam tam
tam tamant DEMAIN
tel le décret des peuples…
…Nous dansons toutes les danses
Et la mer en était témoin
Les mille collines de nos malheurs
jamais nont manqué à lappel
Et nous dansons la danse de la vie
avec ce quil est de peine
nous chantons nos patries meurtries
avec la conviction du sable
Dans toutes les langues du monde
passent nos rêves
Dans toutes les langues du monde
passe lenfance de nos émois
ombre noire ma solitude blanche
ô neige noire neige miroir
prends-moi par la main
parle-moi damour
comme une étoile chue
mes pays mescortent dans mes errances
comme des rois fous
vois mes silhouettes vagabonder dans ces eaux grises
Nous disons honneur
Honneur Montréal notre Amérique
Répondez RESPECT
Nous apportons aux filles des colliers de roroli
des colliers tressés de la main de nos grand-mères
Nous amarrons sur le fleuve Saint-Laurent
les bourrasques de nos espoirs
Il y a une ville et un fleuve
il y a une ville et dedans
mon cœur comme une lettre à la poste
comme un conte qui ne sera jamais dit.
À Montréal il y a deux saisons lhiver et nos amours…
Franz Benjamin
Poète et diseur, Franz anime les activités culturelles du Cercle du dire de Société Paroles. Comme auteur, Franz a déjà publié Légitime défense (théâtre) Valkanday (Éditions Paroles, 2000), Kaléidoscope, (Collectif, Presses de lAGECR, 1992), Chants de mémoire (livre-disque, Éditions Paroles, 2003), Dits derrance (Mémoire dencrier, 2004). Ses textes ont été publiés dans plusieurs revues et journaux dici et à létranger.
Ma ville est un quartier de lune
je revendique ma part de lune
mon carré de rêve
à lombre des ruelles menant au Canal Lachine
Arômes des inventaires de soleil
vissés aux serres de mon enfance
je revendique ma part daube
ma quête dazur
sous la charmille de lexil
de mes îles qui passent
repassent
Alternance des rives
Des abat-jour de dimanche
Je suis assonance
Dans une ville étreinte de lune
Mille visages obliques
oboles
dispersées dans la nuit
ma ville me regarde
les yeux fermés
Montréal
ce cri qui mentaille
qui décoiffe mon hiver
qui défrise ma soif
night by night
Montréal vertigo
quartier de lune
dyslexique aux semelles de louvrage
fiancée de la brume
Au pied du Saint-Laurent
ma ville se pavane
les néons grands ouverts
Avenue des Érables
cest ici que jentends
battre le cœur de ma ville
au suintement dune casserole
du glas qui me gèle les tripes
Au bord de la dentelle
de la faim qui harcèle
ma ville est subversive
dans toutes ses douceurs…
Henry Saint-Fleur
Vit à Montréal depuis plus de trente ans. Auteur de Transhumance: Poésie. Montréal: CIDIHCA, 1994…
Des mots et des chiens,
pour ne rien dire comme à laccoutumé…
Les mille et une palpitations,
Tambour battant lombre profilée de ma ville
Hantent le toit de ta nuque;
Remplissent de mots la page criarde de mes cils.
Tes hanches de gratte-ciel
Zéro lune, mi-miel mais à temps partagé
Ensorcèlent la mie de mes lanternes de toile.
Voilà
Que je suis nu devant vous
Crucifié à chaux par le titre caché de ma vie.
Vie de rats et déquinoxe
Où sévapore au gré de mes paupières
Le labyrinthe de mes habitudes.
Me voici à nu devant vous,
Dis-je;
Respirant larôme du bitume
Assis entre le café dun ciel bleu
et le miroir dun rendez-vous raté.
Taisez-vous!!!
Le silence vous parle.
Décidément, entre Dieu et moi,
Il y a une herbe qui taille ses ciseaux de feu
Dans la baignoire de mes dérisions.
Hécatombe deau à la lisière de mammaire
Doù jaillit le jeu des échecs vifs
À la manière de qui perd … gagne.
Je liquide dos à dos les mots gommés
de mon passé à venir dans les limbes du désespoir.
Jécris,
Côté intime de mes tempes,
Le dire de mes lunettes daube.
Jécris aussi la douleur,
Chuchotant la dictée sourde de mon coude à dos
À chaque copulation.
Conformité de lencre à ma langue de nylon,
Prise dans le garrot de mon miroir de papier
Laissé à nu comme à laccoutumé dans le fin fond de mon enfance.
Jhabille la voûte caverneuse de mes dix doigts
jusquau nombril de ma chambre
ouverte à lenneigement tardif de tes reins,
encensés par la confluence vertigineuse de ton absence…
Le café du matin bitume blanc comme neige
La banquise acrylique du parquet aquilène
Dont tes kilomètres et des poussières de gémissements
Encerclent œil pour œil le ciel ardent
De la page inédite de mon poème.
…Toi, ma ville,
Maintes fois arpentées en quadrille et en croix,
Maintes fois souillées par nos pas bigarrés,
Maintes fois rêvées jusquà lenlisement
Maintes fois détestées et aimées
Maintes fois caressées par des mots et des chiens,
Pour ne rien dire comme à laccoutumé
Henri-Robert Durandisse
Il vit à Montréal
Montréal je te tutoie
jarrive les yeux derrière la tête
sur le lit du Saint-Laurent
lécho de mes souvenirs en rafales
javance
moffrant entier à toi
sous lœil angélique de laurore
Montréal
je me tiens devant toi
identité
sur ta voix de pierre taillée
Montréal à tes pieds
pas à pas flamme aux yeux langue pendante
tes bras pour apaiser mes peines
Caraïbes en berne sur la Rivière-des-Prairies
dîle en île
jai pris le détour de tes rêves
Montréal
parle-moi
Tes rimes tes vers peuplent mes songes
tes yeux mexposent une histoire
tu es ce sourire qui m'illumine
Montréal
tes longs regards
je te tutoie
Henri-Robert Durandisse vit à Montréal depuis 1979. Il a publié en 2004 Amour, je te tutoie, un disque de poèmes. Il est membre fondateur de «Société paroles», lorganisme qui a initié le projet Montréal, vue par ses poètes. Gestionnaire de plusieurs projets culturels dont le spectacle « Cent-vingt façons de dire lamour », 2007, Durandisse a participé à plusieurs récitals de poésie.
(extraits de Montréal vu par ses poètes, 2006)
