Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, Été 2014

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Poèmes en Français

Poème de Lenous Suprice

Libération

(pour célébrer la mémoire de Nelson Mandela)

« Frères de toutes parts, regardez l’amour de mes yeux et la faveur simple de mes mains chercheuses d’aurores. » (Roussan Camille).

Tu es grandeur en or
dans la construction de nos édifices
aussi belle qu’une victoire inattendue
dans nos combats pour dignité.

Largement tu es répandue dans nos choix
goût de sel sur parole
à l’intérieur de nos palais
pour nous libérer d’un arrière-goût du mutisme.

Depuis les premières heures de l’enfermement
jusqu’à cet air frais de février ’90
pliée mais pas cassée
ta droiture a effacé tant de barreaux
brisé des barbelés avec les dents de ses mots
même si long est encore le chemin de l’émancipation
d’un plus grand nombre de tes ombres fraternelles.

Tu es ouverture en clarté d’un écho
dans la végétation de nos voix
aussi vivante qu’une flamme indomptée
dans nos luttes pour un meilleur éclairage.

Suavement tu es ajoutée dans nos idées
parfum de détermination sur l’espérance
au milieu des marteaux-pilons de nos mains
pour casser les préjugés des pierres qui nous encombrent.

Ton matricule renferme plus de 46664 parures
et bien plus d’options rassembleuses
en vue d’une grand-messe à célébrer
bien mieux à concélébrer avec plusieurs
dans la paix d’un grand stade créé
par l’ouverture de ton cœur
même après le rideau jeté sur ta plus que vaste étoile.

Tu es bergère et troupeau confondus
en nos herbages de partout
aussi brillante qu’un vitaminé soleil pour tous
dans nos labours pour une meilleure humanité.

Fidèlement tu demeures vitesse en velours
dans la fortification de nos marches vers plénitude
aussi agréable qu’un refrain d’épis mûrs
pour notre faim de vocalises salvatrices.
Dans nos yeux tu danseras toujours
encore et toujours tu danseras
sur des notes bien à toi
cette danse de la dignité universelle devenue
par ta grande et magicienne prestance.

Entre lacs et montagnes

Deux mille petits trains passaient
dans ton sommeil
avec toutes les bêtes des mots
à la gare d’ici
mais toujours le même entrain se lisait
au paraître de quelques passagères
dans un grandiose bateau
à l’entrée de leur grâce.

Voici que ton visage maintenant
se couvre de tout un émoi en déraison
parmi leurs retentissantes gifles.

Tu as déjà rêvé que leurs murs te décoiffaient
dans un profond miroir.

Déprimés
à bord des branches
dans un petit zoo de livre
les oiseaux de tes poèmes chantent
à rebrousse-plume.

Et tu te réveilles un matin
avec dans l’œil le doigt de la tristesse
depuis son épicentre dans les incertitudes
jusqu’au plus profond de l’impensable
pas si loin
pas très loin.

Déprimés, à bord de quelques branches calcinées par l’horreur, dans une petite volière de ville, les oiseaux de tes poèmes chantent à rebrousse-plume, le long de lacs mégatristes et de montagnes en berne.
Un train fou faucheur, furieux pyromane, dans un démoniaque entrain, est passé dans ta vue en éveil, t’assommant à grands coups. Et deux mille petits autres sifflent encore dans ton souvenir, te soutirant âmes et choses par la disgrâce.
Voici que ton visage, maintenant, se couvre de tout un émoi en déraison, parmi les retentissantes gifles du malheur.
Jour après jour, après nuit, après jour et nuit confondus, oisifs dans les détours, même au cinéma du sommeil, des insensés jouent avec leurs allumettes en tes nerfs de paille.
Il fait un vent naufrage, à bord des lampes qui t’éclairent, à la fureur du temps chasseur.
Et tu te réveilles depuis avec, dans l’œil, le doigt de la tristesse, de son épicentre dans l’incertitude, jusqu’au plus profond de l’impensable pas si loin.
Mais en dépit de tout, pour la détente, quelqu’un voudrait que chaque maison que tu porteras ait des fenêtres musicales dans l’entendement, toujours entre lacs et montagnes, sans clés ni portes pour des airs d’harmonie, hormis décombres et encombre dans le paysage.

En promenade ailleurs

(à mon ami Rassoul Labuchin)

« (…) Gonaïbo allait toujours au sommeil comme on va à la source,
comme on va à la libération de soi-même. »

—Jacques Stephen Alexis

Longs comme fil d’un ennui
un brouhaha presque sans fin
des hurlements de mots que l’on torture
à demeure s’installent en notre village
une indomptable sécheresse y mord gens et bêtes
jusqu’à leurs ombres les plus fuyantes.

Des oies de passage
en nos saisons désenclavées
occasionnellement nous recevons
quelques effets d’ailes et de cris…
sans considération vraiment.

Bécasseaux à l’affût d’où va l’envol
nous mettons cap sur des bassins calmes
même au zénith d’une insuffisance.

Un désert nous parle sans bruit
le long de chaque heure qui vient
qui nous chavire en de basses marées.

Nous vivons avec les sutures d’une flamme
invisible tatouage à toutes nos cicatrices
indubitablement.

Même au loin
encore et encore
on peut entendre d’anciens hurlements
sentir la monomanie de mots que l’on torture
au tréfonds maintenant de notre ambulante prison.

Dans un grand port aérien
sans rade en vue
nous attendons une simple occasion
barques à la main au nadir
pour nous refaire un décor
dans le sillage d’un paquebot antiautoritaire.

Des mille îles
collines et vertes plaines des douceurs
il ne (nous) reste presque rien
sous les feux de la déroute là-bas
au point d’ancrage
sous les fous regards de la haine
du déni et de l’intransigeance.

Malgré tout
malgré tempêtes d’hier et d’aujourd’hui
il (nous) reste une obsession
une feuillaison belle qui se pointe toujours
à l’idée d’une redécouverte de nos moyens
enracinés dans une simple idée de changement…

Une certaine beauté nous irradie
par nos lectures des manuels d’une source
dans le sillage de quelques veilleurs de liberté
au détour de certains arbres musiciens
en quête d’un vrai dépassement
du partage de l’essentiel entre nous tous.

—Lenous Suprice

Poème de Merites Abelard

Le jour-J

Jolie Jeannette jeta son jupon
Dans le jardin vert où le jeune Jacques
Jardinait tout le mois de juin sans jubiler

Jeanne exposa son juteux joujou
Garni comme un jardin de génie
Aux yeux enjoliveurs du jeune jardinier
Un joujou et des jumelles de pommes

Le Jeune Jacques jubile
Mais dans un regard affamé
Voulant éperdument se jeter sur ce joujou
Sans trop jaser

Le jeune jardinier jardina joyeusement
Dans le jardin de la jolie
Rêvant déjà du retour de Jeannette
Un jour J peut-être

Laurie : Princesse Adorée

Lauriers épanouissants
Auberge fleurie
Univers de mes rêves
Rires et pleurs
Intensif love d’un papa passionné
Estimable bonheur

Klé de mon sourire
É
toile étincelant de mon ciel paternel
Yes, tu es mon univers
Love de ma vie
Adorable fille que j’aime

Ah, toi qui fais battre mon cœur
Bien qu’au loin à l’autre bout du fil
Et dans l’obscurité de la nuit.
Laurie quand tu dis papi.
Alors mon cœur sourit,
Rit, saute et danse,
Dieu seul sait combien je t’aime

Ton Papi

—Merites Abelard

Poème de Edner Saint-Amour

La littérature raciale péjorative

Dans le jargon du patois médiatique au journal le Devoir
J’ai appris que la période de Duplessis est Grande Noirceur
Terme ambigu, équivoque à connotation raciale et politique
Pour signifier une époque opaque, de censure, de patronage de l’État

Le temps déraisonnable n’est pas une coïncidence avec la race
Le blanc se réserve la bonté et s’inspire de la race noire du péjoratif
De telle sorte que la race noire passe de l’épiderme au lexique, à la littérature
Une tendance langagière faisant d’elle le parangon de tous les travers humains

Dans le conflit opposant les mondes scientifique et pharmaceutique
Où l’on fait usage d’auteurs fantômes pour rédiger et publier des recherches
Pauline Gravel parle en la circonstance d’espèce de Nègres
Rédacteurs d’un travail scientifique pour autrui ou un autre

Dans le cadre d’un article intitulé « Faites taire le Devoir »
À l’ère du temps déraisonnable de l’époque opaque de Duplessis
Jean François Nadeau en la circonstance parle de Roi Nègre
Marionnette coloniale dominée par la puissance de l’argent qu’il croit contrôler

Le négatif blanc en contexte de la science est une référence raciale noire
Le péjoratif blanc en contexte politique est une référence raciale noire
Le symbole blanc de la censure politique est une référence raciale noire
Le péjoratif, le négatif le diable blanc est une référence raciale noire

Par pureté ethnocentrique il privatise la bonté comme monopole des blancs
Il socialise le défaut rendu publique sous le seul compte de la race noire
Comme quoi le blanc est du Bon Dieu, le noir est du Satan du diable
Le blanc est l’incarnation du bien et le noir est l’incarnation du mal

Cette dichotomie de logique manichéenne alimente le monde
Dans le jeu constant et méchant de la dévalorisation de la race noire
Où le temps comme l’espace semble jouer un vilain tour aux noirs
Le passé est pour eux spleen et déboires, le présent, préjugés et discriminations

De la noème à la sémantique raciale
Naît toute une littérature épidermique
Portant atteinte à la dignité et au respect de la race noire
Acculée à l’échelon racial, parangon des lies de la création

Viol et arbitraire ! Préjugés et étiquettes imposés de force à la race noire
À l’encontre de notre propre volonté, à l’encontre de ce que nous sommes
Absurdité et anarchie ! Rubrique de termes contradictoires dissonants aux noirs
À travers l’image miroir des noirs, se lisent les travers des blancs ! Paradoxal !

Paradoxe bizarre lié à la présomption de purification ethnocentriste
Où la race blanche se décharge de ses défauts accolés à la race noire
Se déresponsabilise, s’innocente en jouant aux vierges, anges et saints
Pour culpabiliser ou criminaliser la race noire, âme damnée condamnée à mort

La noème, l’objet de la pensée et la sémantique des mots
Permettent de déceler l’importance que l’on attribue aux choses
Si elles sont traitées avec valeur, estime, appréciation, donc importantes !
Si elles sont traitées avec mépris, dédain, dégoûts, de la vanité ou futilité

Une littérature fertile d’insulte, d’invective, d’injure, d’imposture, de mensonge
Éjectée sur la race noire comme le venin du serpent sur le crapaud
Sous la pression vertigineuse de la haine, de la rengaine, du mépris, du dédain
Une littérature du péjoratif consistant à diaboliser toute la race noire

Le passé nous trahit, trahit notre race
Histoire faite de déboires vivaces
Le présent nous trahit, trahit notre race
Quotidien fait de préjugés encore tenaces

Les déboires et les préjugés nous menacent
Fatalité qui prédestine la race noire à perdre la face
Tout qui alimente la tendance discriminatoire
À l’encontre de l’ébène, du nègre, de la race noire

Je n’ai jamais vu une littérature aussi péjorative aussi négative
Que celle qu’on impose de force à la race noire inoffensive
On dirait que toute l’humanité rassemble toutes ses audaces
Pour ourdir un complot terrible contre une seule race

Peut-on compter au moins dans l’espace du futur
Sur la fraternité humanitaire d’une meilleure ouverture
Sur la transcendance par la conscience et l’amour
Sur la lumière de la race noire qui éclaire nuit et jour ?

Que faire contre le poids lourd du taxage des étiquettes
Plus pesants que celui de notre corps et de notre tête
Des stéréotypes, des préjugés, des jurons, des discriminations
Faisant de la race noire le parangon des lies de la création

Faut-il renverser les océans, les montagnes et les vallées
Pour nous donner une place au soleil et à l’humanité
Faut-il transformer notre vibration en éruption volcanique
Pour prouver que le noir est matière consciente, être psychosomatique ?

Faut-il changer la nature et renverser les cultures
Pour que la race noire puisse jouir de l’exploit de la conquête
D’un espace de liberté, de droit, d’égalité, de tolérance, de justice
Qui la protège contre le virus des préjugés pompant de discriminations

Faut-il changer la nature et renverser les cultures
Pour que la race noire puisse jouir de l’exploit de la conquête
D’un espace de dignité, de respect, de compassion, d’amour, d’honneur
Qui l’immunise contre l’encyclopédie de la littérature raciale péjorative

Ce virus, ces bactéries, ces microbes sont là latents ou agressifs
Avec pour cible unique la race noire qu’ils attaquent et agressent
Sur la peau et sous la peau jusqu’à la conscience de profondes blessures
En témoignent l’encyclopédie de la littérature raciale péjorative :

Nègre : est le mot péjoratif remplacé par noir
Nègre : personne qui rédige un travail littéraire ou scientifique pour un autre
Petit nègre : se dit d’un français rudimentaire
Motion nègre blanc : motion rédigée en termes ambigus
Négrille : synonyme ancien de pygmée
Négrier : synonyme bâtiment d’une personne qui se livre à la traite des noirs
Travailler comme un nègre : travailler sans relâche

Noir : absence ou absorption complète de tous les rayons lumineux
Noir : sale, crasseux, mains noires, obscurité, ténèbres
Noir : ivre, triste, mélancolique, idées noires
Marché noir : système de marché parallèle désignant le trafic des marchandises (illicite)
Messe noire : parodie de messe du culte satanique
Travail noir : activité professionnelle qui échappe à la fiscalité
Roman noir : scène de violences, société sordide, horrible

Regard noir : regard qui exprime la colère
Caisse noire : fonds qui n’apparaissent pas en comptabilité à usage sans contrôle
Étoffe noire : vêtement en couleur de deuil
Noirceur : état de ce qui est noir, la noirceur d’ébène
Noirceur : méchanceté extrême, perfidie, noirceur du crime
Passer les choses au noir : voir tout en noir, être pessimiste
Magie noire : techniques secrètes prohibées, pratiques en opposition avec l’ordre établi
Roi nègre : marionnette coloniale au service des puissances de l’argent qu’il croit contrôler mais qui le dominent
Ébène : bois d’Ébène nom donné autrefois aux noirs par les négriers
Deuil : profonde tristesse causée par la mort de quelqu’un
Signe extérieur du deuil, vêtement noir pour une personne en deuil
Prendre le deuil : s’habiller de noir à la suite d’un décès

La peau de la race noire s’est transformée en langue et littérature
Une littérature spécialisée dans la forme exclusive du péjoratif
Faisant de la race noire le parangon du grotesque, du travestissement
Le parangon des moqueries, des ridicules, des niaiseries, des ironies

À la lecture abjecte de toute cette littérature fabuleuse
Tout qui prouverait par le jeu de l’aberration et de l’absurdité
Que la race ne saurait exister en réalité objective, en vérité
Une race légendaire, des extraterrestres, des fantômes, monstres ou zombies

Je pense que le droit d’expression est légitime mais non absolu, a sa limite
Du moment qu’elle agresse la dignité, le respect d’une autre race
On viole, on transgresse la charte des droits et libertés de la personne
Le droit d’expression est relatif, si elle est tout, la personne est rien

Sémantique : du grec, sêmantikos, de sêma, signe. Qui a trait au sens, contenu sémantique des mots, qui se rapporte à l’interprétation d’un système formel

Noème : du grec Noêma, pensée, ou objet intentionnel de pensée

Hostie nègre : juron ou terme péjoratif québécois qui exprime le mépris, le dédain pour l’homme noir

Roi nègre : terme québécois désignant marionnette dominée par un autre

Code noir : statut des esclaves édictés en 1680, considérés comme des serfs des biens appartenant à un maître

Esclavagiste : partisan de l’esclavage, en particulier des noirs
Esclave : qui est sous la puissance absolue d’un maître qui l’a rendu captif ou qui l’a acheté

Nuit noire : sans lune sans étoiles
Humeur noire : assombri par la mélancolie, triste
Regarder quelqu’un d’un œil noir : avec irritation
Noir : marqué par le mal, par une atmosphère macabre, horrible, mauvais, méchant

Magie, messe, roman, film, humour noirs : mauvais, méchant, horrible
Noir : non déclaré, non légal
Marché noir : clandestin
Au noir : sans être déclaré, sans payer de taxes, travail au noir
Noirceur : méchanceté odieuse, horreur (crime, trahison)
Travailler comme un nègre : très durement
Nègre : auteur payé par une personne pour écrire les ouvrages qu’elle signe
Petit nègre` : français incorrect, parlé avec syntaxe simplifiée
Négrier : celui se livrait à la traite des noirs, marchants d’esclaves
Négrier : personne qui traite ses subordonnés comme des esclaves

En la circonstance ce n’est ni la revanche ni la contre-attaque
La vengeance contamine par l’esprit du mal pour mal
On ne peut être contre le péché capital puis commettre le péché capital
Cette logique ne tient pas, moyen de perpétuer le péché, le mal racial

Ce qui importe à la race noire c’est de régner dans lumière
De la transcendance de l’esprit, de la conscience et de l’amour
Pour faire ressortir au dernier jet l’ignorance des blancs
À travers les préjugés se servant d’armes pour nous bombarder

Les faire voir qu’à force de trop vouloir nous coller un masque au visage
Ils s’implantent eux-mêmes dans l’esprit un masque odieux et hideux
Qui les empêche de sortir de la caverne de leur ignorance, de leurs préjugés
Pour voir la lumière de la réalité raciale dans la transcendance

Comprendre que la couleur de la peau, que la race est une coquille vide
Qu’ils vivent dans la confusion prenant la peau pour le cerveau
Que le contenu l’essence de l’espèce humaine leur échappe
Que leur spéculation, leur élucubration les suspend au bord du néant

On peut beau vouloir régner dans la caverne raciale
Dans la présomption et le complexe de votre supériorité raciale
Mais la lumière vous trahira, elle fera émerger la vérité
Que vous vivez sous le règne du mensonge, de l’erreur de l’ignorance

Dans le cadre de l’immanence de l’actualité de l’existence
C’est le masque et l’identité qui nous différencient
Mais dans l’ordre de la profondeur de la transcendance
C’est l’esprit, la conscience et l’amour qui unifient

(8 septembre 2009)

—Edner Saint-Amour

Poèmes de Elsie Suréna

(Poèmes Sans titres)

Ah ! Tes baisers !
Parfois légers
Comme la fine tresse de cheveux qui frôle
Un cou ?

Ou joyeux
Comme des envolées de madan sara
Sur les rizières de l’Artibonite ?

Timides, peut-être
Comme la brise qui réveille
Une fleur de frangipanier ?

Ou bien sonores
Comme pluie de juillet sur toiture de tôles ?

Doux
Comme une plume de poule qui chatouille
Le creux de l’oreille ?

Non, possessifs
Comme la main de l’enfant refermé
Sur le jouet préféré ?

Ou rien de tout cela et pourtant bien davantage ?

Ah ! Tes baisers !
Encore à découvrir...

Le temps se traîne
Sans te ramener
À l’orée de mes nuits
Qui s’impatientent

T’accueillir
Encore
Dans mon lit
Aux blancs draps
Embaumés de fwobazen
Et en faire un temple
À ta dévotion

Sitôt la porte refermée
Je me jette contre toi
Nos lèvres se heurtent, se happent
S’agrippent et s’obstinent
Certaines déjà de se reperdre
Jusqu’à la prochaine fois
Survivants de l’absence
Nos corps trouvent ancrage en
Territoire mi inconnu mi familier
Que nos mains arpentent sans fin
Étonnés du miracle encore renouvelé
De ce désir brut et rebelle
Qui dénonce l’exil au quotidien
Des amants séparés

Être ta femme douce
Et voir mon corps
Devenir
Ta patrie d’adoption

Si jamais

Si jamais j’oublie un jour
L’acide note des cigales blessant l’été
Et la route du Saint-Laurent lourd de majesté

Si jamais j’oublie un jour
Le lieu où je naquis là-bas au pays premier
Et la précise place des mois du calendrier

Si jamais j’oublie un jour
Cette date de janvier du tremblement de terre
Et l’accident qui faillit écourter ta carrière

Si jamais j’oublie un jour
L’insistance de tes yeux
Et tes lentes paroles le soir de ton aveu

Si jamais j’oublie un jour
Ces chansons souvent fredonnées ensemble
Et les cadeaux échangés en décembre

Si jamais j’oublie un jour
Le rond visage de ton meilleur copain
Et l’entrée arrière de notre petit jardin

Si jamais j’oublie un jour
Les vacances volées à nos agendas chargés
Et nos rendez-vous d’amoureux attardés

Si jamais j’oublie un jour
Les cicatrices que notre vie t’a faites à l’âme
Et ces rides qui pour toi ne sont pas un drame

Si jamais j’oublie un jour
Tes infidélités tels soudains orages
Et ces sautes d’humeur mises au passif de l’âge

Si jamais j’oublie un jour
Le nombre de nos précieux enfants
Et les anniversaires les plus marquants

Si jamais j’oublie un jour
Ton désir tenant tête aux perfides années
Et ces mots et gestes qui souvent l’ont manifesté

Si jamais j’oublie un jour
Jusqu’à ton nom, à cause d’une impitoyable maladie
Et qu’elle efface ainsi l’amour de ma vie

Alors souviens-toi
Souviens-toi de nous deux
Souviens-toi de nous pour deux

—Elsie Suréna

Le Waterloo Block remplaça le Grand Storehouse, détruit dans un incendie en 1841.
La maison des bijoux dans les Waterloo Barracks, dans l’enclos intérieur de la Tour de Londres. —photo par David Henry
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