Poème de Nounous
Momentum
(à Boby P. et à la mémoire du révérend père Maurice H.)
Elles ne sétendent plus dans nos voies
depuis les déchirures apparemment
au large des angles fracassés par plusieurs
ouverte rupture vue et revue par dautres depuis
dos à dos avec la promesse de traverser
ou mieux dhabiter des lieux dénués de haine…avec nous.
Elles nont pas dormi expressément pour nous détester
à travers les embruns de leur étroite prison cependant
dans leurs feintes commisérations maintenant
anachroniques geôlières
qui se promènent avec de longs arbres destructeurs
tout autour de leurs regards.
Mais une chanson africaine
dans quelle que soit la langue
nous reconnaît
malgré la perte de certains repères
et le bateau qui navigue en notre mémoire
sur la route identitaire
toujours traverse des eaux qui demblée saluent
les médisants capitaines de nos stigmates.
Pas trop loin dans la poussière
Gorée sobserve dans toute son opacité.
Pour que ne tombent les vents de la rancœur en nos esprits
au fond des combats pour dépassement que nous menons
que despaces il nous faudra
pour libérer les déments du passé en nos cellules
afin que ne sincrustent dans nos chairs
les dents des fauves en bon nombre de la perdition.
Pour des retrouvailles avec notre longue lignée dascendants :
Hadiatou
Aminata
Mamadou
Kapinga
Adama
et tous les autres… en Guinée
au Bénin
au Congo et ailleurs
au plus profond de nous
dans la fraîcheur dun redressement
nous voulons mener à bien la bataille
à bien le combat de tous les instants
pour la victoire sur les démons de la dépossession.
Un jour
nous entendrons la kora de la vraie libération
à chaque carrefour de notre volonté
à travers les accords de chaque main tendue par nos semblables
alors que séclate une panafricaine chanson
dans la conscience portée par les exclamations de Matoub
de Makeba
de Fakoly et dautres
en réponse à celles de Marley et de nos sensés troubadours
de partout en nos Amériques si complexes
tout autour des montagnes et des montagnes de possibles qui nous traversent…
Nounous
Poème de Astrid Fouché Gardère
Fleurs dHaïti
Beautés multicolores
Tu nourris nos âmes
Et guéris nos maux.
Vision féérique
Tu ornes nos demeures.
Indépendantes
Tu nous rends.
Et nous voici, vaillantes,
Transcendant la souffrance,
Sifflant, dun port altier,
Nos plus belles notes.
(Février 2011)
Astrid Fouché Gardère
Poèmes de Jean Saint-Vil
La face cachée de ta poitrine
Toucher des yeux
Léchancrure insolente de ta robe,
Et rêver de palper les croissants de tes seins,
Qui se jouxtent comme des fruits
Interchangeables dans mes recettes,
À la source chaude de mon regard.
Toucher des yeux
La face cachée de la beauté de ta poitrine,
Comme de la lune qui éblouit de sa lumière,
Quand on la suit du bout du doigt,
Ou sur le dos, une nuit à la belle étoile,
Pour en prendre la substantifique moelle.
Lamour est beau
Lamour est beau,
Les femmes aussi,
Les hommes non plus,
Sans tous leurs fards,
Appels de phares,
Qui parlent, fredonnent,
Comme les sirènes
Faisant du charme,
De leurs yeux bleus,
Du fond des mers.
Lamour est beau,
Comme les éclairs,
Et les coups de foudre,
Jusquà leur chute,
À lhorizon,
Où elles sengouffrent
Sans laisser de traces
De leur impact
Emportées par
Les lames de fond.
Lamour est beau,
Comme ces oiseaux
Qui chantent en chœur
Au cœur du ciel
Leurs airs joyeux
Qui sont la marque
Indélébile
Des éclaircies
Inoxydables
Des beaux printemps.
Jaime les nuits secrètes
Jaime les nuits secrètes
Entre les murs qui étouffent
Les esclandres dans les lits,
À lombre dune veilleuse,
Où les souffles sont rois
Dans le rayon daction
Dune folie amoureuse,
Où les hommes et les femmes,
À cœur joie sabandonnent
Comme des livres ouverts
En panne de lecteurs,
Où leurs lèvres humectées
Comme les feuilles de rosée
Seffeuillent à qui mieux mieux,
En baisers éloquents,
Où les corps qui se frôlent
Sentrechoquent, sentremêlent
Dans des cercles étroits
Qui se ferment et qui souvrent
Tout de go dans le jeu
Des échanges de frissons
Que prolongent leurs étreintes
Jusquau bout de lamour infini,
Où plus rien ne se perd
Ni ne se crée dans le creuset
Des délires qui font craquer les lits
Comme des étincelles
Au bout dune allumette,
Qui saute comme la foudre
Aux jets dencre de lorgasme.
Les seins des femmes en marche
Sont-ce leurs cœurs trop gros
Qui font battre à lallure de leurs pas
Les seins des femmes en marche
Dans le vertige qui tourne
Aux yeux des hommes
Qui de près ou de loin les soupèsent
Dans leur admiration ?
Est-ce quils battent plus vite
Que leurs cils vrais ou faux
Qui sont vite dépassés
Par les regards redondants
Et à répétition des voyeurs
Qui ne voient pas plus loin
Que les bouts de leurs tétons ?
Combien coûte un baiser ?
Combien coûte un baiser
Au marché de lamour ?
Rien du tout, diriez-vous
Mais, il pèse des tonnes
Eu égard à la suite
Qui se peaufine en spirales
Infinies de frissons.
Un baiser na pas de prix.
On a beau le soupeser
En réglant la balance.
Mais, il pèse très lourd.
Aussi lourd que le jeu
Dune simple étincelle
Dont lenjeu est un feu
Qui fera des malheurs
En rejeux au-delà
De son point de départ.
Un baiser est gratuit,
Mais, sarrache au prix fort
Dun accord des parties
Si parfait quelles se collent
Tête à tête, nez à nez
Comme une greffe sans rejet.
Tête à têtes
Javais connu un homme
Qui avait tant de têtes
Dans sa pauvre petite tête
Que javais pris plaisir
À lappeler Tête à têtes.
Des têtes dans ses yeux,
Et même dans ses oreilles.
Toutes ses têtes étaient pleines,
De jour comme de nuit.
Il était rigolo
Avec toutes ces têtes,
Qui avaient tant de problèmes,
Ses problèmes de femmes !
Ses problèmes de sous !
Ses problèmes de tête !
Propres à le rendre fou,
Par-dessus le marché.
Le point final
Il a lair bien banal,
Et ne paie pas de mine
Comme ses frères dun même texte.
Et pourtant il ne pèse pas plus lourd
Dans la balance des signes,
Quune virgule ou un point à la ligne.
Il peut prendre bien des formes,
Soit interrogative ou même exclamative
Avec tous les suspenses
De poésies, de romans
Qui sont longs comme des fleuves,
En quête dun exutoire
Vers des mers de plaisirs.
Seule sa place en dit long
Sur son rôle capital
Où lon pousse des oufs,
À la fin de la partie,
Dans un texte intégral
Dont il signe larrêt de mort.
Je suis né dans un lit
Je suis né dans un lit
Damour ensemencé
Dans le terrain fécond
Dune union mémorable,
Dans le froufrou de draps
Complice dun grand plaisir.
Je suis né dans un lit
Qui de joie a craqué,
Toute une nuit,
Comme un feu dartifice,
Présageant mon avenir,
Sous-produit de frissons délirants
Qui font toucher les fonds,
Qui font monter aux cieux.
Moi, jai le cœur qui tambourine
Moi, jai le cœur qui tambourine
Dans un traintrain à cent à lheure
Qui de mes virées au septième ciel
Brûle les étapes chaudes des plaisirs
Dun bout à lautre de mes amours.
Moi, jai le cœur qui tambourine
Dans létat de grâce damours nouveaux
Par-ci, par-là, dans tous les cœurs,
Quon dit frivoles comme le mien
Quà cela ne tienne, et je men fiche éperdument.
Moi, jai le cœur qui tambourine
Dans un traintrain de tous les dangers,
De jalousie, ou dépectase,
Damours qui sautent par la fenêtre,
Qui cambriolent, qui cabriolent,
Dans tous les cœurs, dans tous les lits.
Question-clé, réponse-clé
Face à une question,
Il est urgent dattendre
Une réponse qui tourne
À la manière dune clé,
Follement dans la serrure,
Dans le jeu de mystère dun suspense,
Qui passe par dautres questions,
Loin de la question-clé.
Azor nest plus
Azor nest plus,
De toutes les fêtes,
Maître des airs,
Chauffés à blanc
Du plat des mains.
Azor nest plus
Quun souvenir
Du petit écran,
Dans ses échos
Jusquau Japon.
Azor nest plus
Quun chant du cygne,
De la légende
De lAssotor,
Tambour battant.
Azor nest plus,
Quune rumeur
De mort quon pleure
À la baguette
Des grands silences.
(le 23 juillet 2011)
Jean Saint-Vil
Poèmes de Kwitoya
Quelquefois
Quelquefois
il marrive de pleurer
sur la pierre que jai cassée
dun coup de poing soudain
Quelquefois il marrive de faire
avec lindex du silence
un espace anesthésique
à mes vocables affligés
Quelquefois il marrive dêtre vaincu
avec mon cri de frayeur
par le silence dune pierre noire
dans le sable blanc
Souvent sur le mépris soudain
jai pleuré mes actions passent
par loblique subtile
dune raison inutile
comme ces nuages affolés
dans le mauvais temps.
Qui demeure droit
jaime
le lointain vierge
et nu
dans le crépuscule
jubilant avec
ma langue diaphane
le ciel tantôt gris
tantôt bleu
tantôt blanc
avec ses œillades têtues
sur la syntaxe de leau
lhorizon imberbe vibrant
doasis perfides
de boue et dor
ce lointain fort comme le verbe
qui demeure droit
dans la langue.
Toi et moi
un ciel crépi calfeutre
léquinoxe de tes songes
un oiseau sauvage escorte
mes doutes
ton ombre frétille sur les alluvions
au banc marais de ta ville
ma pensée arbore sur le râle de leau
lenvol de mes rêveries
nous tenons toi et moi
lunisson nuancé des ondes fécondes
et des spirales généreuses.
À loubli
…………………………………….
sur la raison même de cet amour
qui nous jetait dagréables surprises
jai mis en biseau le relais épigyne
de ton fidèle sourire
…………………………………….
sur les faces de ma mémoire
sont exposés en touffes éparses
tes brûlants désirs
lélan de ton souffle dans
les onomatopées de lherbe
aux contrastes du vent
…………………………………..
et par lemphase écarlate des instants
ce jour dhui qui se bousculent
dans mes folles courses
jai offert à loubli la salive
de nos premiers baisers.
Le bouclier certain
Aurore ! temps équestre
au trot austère
de quartier gris
en horizon bleu tu fais monter
le feu impeccable
contingent pieux
dans cet monde si féroce
cette ère personnelle si vulgaire
où léclair le plus fin foudroie
tu es pour moi Aurore
rouge Aurore !
Aurore rouge !
le bouclier certain
lespacement immuable
sous ta sincère égide
le feu et la fleur demeurent beaux !
Chacune…
les saisons sont
à bien penser
des onomatopées légataires
décriture éphémère
hiver
printemps
été
automne
vient passe revient
lune après lautre et chacune
avec ses instants
avec son propre infini qui fait
grandir les nouveaux nés
avec ses abstractions qui font
hésiter lhistoire éjaculée
dun présent fécondateur
dhumanité nouvelle
les saisons
ne se font pas lamour
mais elles se sont aimées dans
leur éternel instant.
Dans lair...
les champs de mon rêve
ressemblent
à des roseraies en plaines
jy vois un délicieux âge
avec des fruits mûrs
larbre debout
dans son abondant argumentaire
aux taquins du vent
lélan de lindex au regard
qui suit la randonnée de loiseau
élan unique de sengager dans lair
côte à côte avec loiseau
vers les paysages tranquilles.
Kwitoya
Poèmes de Tontongi
Losmose de la proie et lombre
La proie et lombre
lennui et lélan
le faux et le vrai
le laid et le beau
le fer, la rage, la pluie
la nostalgie de la tyrannie ;
lombre quon prend pour la proie
la proie qui se fait lombre ;
la dialectique et losmose
et la dialectique de losmose
qui sentremêlent au point
que les extrêmes se rencontrent
et sembrassent à lunisson
et même les anciens ennemis
combattants qui sentrégorgeaient
il ny a pas si longtemps déjà
se font conjurés pour le futur réveil ;
cest le glas de lancien régime,
la revanche de lindésirable
le chameau qui entre dans laiguille.
Losmose des deux camps retranchés
qui dépasse lapartheid de la mort,
cest la conquête de la vie
sur les endurcis du cynisme
sur les vendeurs de vie à la liquidation
sur les courtiers de lApocalypse.
Losmose de la proie et lombre
cest la transcendance des contraires
au mépris des malices des faux-fuyants ;
cest la victoire de la perception
sur les faux-semblants de lillusion,
cest la proie qui devient lombre
et lombre qui sidentifie à la proie ;
cest le grand saut de lintelligence
vers les sommets inexplorés,
cest la révolution au niveau du cerveau
et au niveau du ventre ;
cest les grandes idées
articulées dans le nettoyage des ordures
dans la nourriture accessible au quartier,
cest la chambre à coucher bien meublée
accaparée par les sans-abri régalés
quon avait chassés des grandes rues.
Pour Élie
Il est allé, Élie,
au pays des étangs froids
et il nest jamais retourné ;
il est parti un beau jour comme ça
en suivant au grand large
la femme quil a aimée.
Il a abandonné un jour
sans fanfaronnade aucune
son univers familier
sa routine de chaque jour ;
il a rejoint sa compañera
là où son œuf fut conçu
la terre qui éblouit sa jeunesse
la froideur cartésienne de sa sève.
Je réagis en insensé
apprenant sans my attendre
son voyage au pays sans chapeau ;
je blâme son départ
sa solitude dans la Finlande glaciale
pour ce grand malheur du destin,
tout autant cependant je révère
son élan vers limpossibilité
vers un rêve qui ne sera pas réalisé
lamour au désert du non-être
le pseudo-romantisme de linstant deuphorie
la mauvaise solution au mal-être.
Adieu, mon ami,
réjouissance à ton âme.
(24 septembre 2011)
Tontongi 2 octobre 2011
Poèmes de Edner Saint-Amour
Sens des choses
Il me voit débattre sur les grands enjeux sociaux
Table ronde en compagnie des sociologues
Il me traite de savant
Il conclut la note sur Grande-chose.
Il me voit conter des blagues aux enfants
Il me traite de fou ignorant
Il conclut la note sur Petite-chose
Grande-Chose, Petite-chose
Même la paille de choses vaut quelque chose
Cest parce que nous percevons avec lœil de nos préjugés
Nous sommes incapables de sonder le mystère du sens des choses.
Conscience au cœur débout
Ainsi pense le vieux poète
Ainsi danse la réalité dans sa tête
Ainsi quil voit les choses
Vers ou poésie, roman ou prose.
Quand je plane mes regards explorateurs
Sur la surface et les profondeurs
De lunivers fugace en vogue
Hélas ! Je ne vois que la drogue.
Qui retient lhomme dans sa dépendance
Du corps à lesprit, en totale existence
Qui retient lhomme dans sa dépendance
De lêtre à lâme, en totale existence.
Ni rire, ni pleurer, il faut comprendre
Disait Spinoza, vérité ou légende
Cité par René Depestre dans un quotidien
Pour commenter la malheur du peuple haïtien.
Hélas ! La drogue de la jouissance
Jusquà lextase de lenivrement
Pouvoir ! Convoitise dune place conquête dune place
Dictature ! rien quune place pour laquelle tout sefface.
Pouvoir tètsankò, président fantoche
Le jouisseur ne vit que pour son ventre et sa poche
Drogué, sourd, aveugle, ivre dans sa jouissance
Il ignore peuple en souffrance de crise dexistence.
Sur la place toujours des banquets, toujours des convives
Place de fête, les jouisseurs vivent et se ravivent
En haut au pouvoir on fait son mandat dans la célébration de la vie
En bas dans la masse le peuple vit dans le vide de la famine et de lagonie.
Aussi hélas ! La drogue de limaginaire
Vide et labyrinthe dun mystérieux univers
Où le peuple se perd en permanence
De tout son être, de toute son existence de toute son essence.
Il réussit à tenir lalarme de lespérance
Lantidote à langoisse de la crise existentielle
Qui fait oublier malheur et causes, famine et maux
Toutan kou pa koupe, tèt espere mete chapo.
Yon jou pou chasè, yon jou pou jibye
Yon jou na bon, tout sou kont papa Bondye
Si van pa vire pilon, yon jou fòk sa chanje
Jou ale jou vini, yon you na rive.
Lespoir apaise, certes, langoisse existentielle
Mais il ne jette pas le mal à la poubelle
Lhomme sexile dans le fond de limaginaire
De mal au pire, le mal de lhomme enfonce dans la chimère.
Lexil imaginaire grâce à lantidote fait dormir
Mais parfois crée des fantômes qui font peur et tressaillir
Le fantôme des esprits maléfiques, malfaisants
Waminui, baka, galipòt, katgore, sousoupannan
lougarou, vennvendeng, sanpwèl, blennde, frize
des méchants qui circulent la nuit pour manger, tuer, dévorer.
Le fantôme du mauvais sort, du mal surnaturel
Qui fait la maladie est lœuvre dun criminel
Que lhomme mange lhomme, lhomme tue lhomme par magie
Lhomme transforme lhomme en animal bœuf, cheval ou zombie.
Le fantôme guerrier du mensonge du mythe, du vide, de la fiction
Qui fait vivre lêtre dans lantre nocif de la peur ou de la superstition.
Qui porte lesprit à opter pour œil pour œil, mal pour mal
Règne immoral de la vengeance, règne de violence infernale.
La croyance dans le mal surnaturel
Fictive, mensongère et irrationnelle
Plonge les hommes dans un océan de divisions
Confiance cède la méfiance, obstacle à lunion.
Refus à notre devise : lUnion fait la force
Méfiance rend impossible que lunion samorce
Notre force sestompe pour se convertir en faiblesse
Nous voici sur lautoroute expresse de la détresse.
Jadis à Hinche un bruit courait, qui rendait la ville folle :
Un prétendu « sorcier » nommé Doqui a tué boss Arnold
On assistait au meurtre le plus odieux ! Un incendie !
Une foule endiablée passait Doqui au feu, le brûlait en plein midi.
La foule se mettait en liesse davoir réussi à tuer un « sorcier ».
Pouvait-on faire réaliser à ces croyants superstitieux profonds
Que le « sorcier » relève du mensonge imaginaire le plus grossier ?
Le pauvre Doqui est mort pour rien, mal surnaturel a fait des meurtriers !
Encore hélas ! La drogue de lémotion
Qui enferme lhomme dans sa prison
Où tout événement se vit dans lémotion agitée ou calme
Où la réalité se vit dans leffluve éruptif du cœur et de lâme.
Lâme et le cœur exposent leur fiel en une chevrotante vibration :
Plainte, complainte, jérémiade, consternation, lamentation
Affliction, désolation, imploration, indignation, apitoiement
Chialer, rechigner, regimber, gémir, pâlir, un univers de tourments.
On reste seulement à sapitoyer sur lugubre sort
Sans décider de prendre même les moyens du bord
Pour agir sur la course rapide de la réalité
Dans loptique dune emprise sur le train de la destinée.
Le monstre cruel du présent dans sa rigueur affaisse
Et lon recourt à lémotion qui vibre et confesse
Parfois cest le fantôme du passé quon réveille
Pour parler du jadis, dantan, du temps des merveilles.
Hé bien oui ! Le fameux fantôme de la nostalgie
Par laquelle on condamne le présent dans le déni
On se branche sur la passé couvert ou digne de gloire
Qui rapporte les exploits, les bons moments de victoire.
On se raffole des exploits mielleux de la jeunesse
Apportant au cœur, à lâme un baume de caresse
Ainsi on parle de lHaïti florissante de la Perles des Antilles
Où lensemble de ses étoiles brillent, constellent, scintillent.
Pour nous sortir Haïti de lantre du malheur, du fond du trou
Il faut à chaque Haïtien une conscience au cœur débout
Pour faire ensemble le grand voyage avec détermination
Effort, courage et boussole, vers une même destination.
(11 juillet 2009)
Ténèbres des préjugés
Au royaume des préjugés
Est seule reine lignorance
Au dicta de ses oukases
À lultimatum de catégories ultimatum
Se jouent dans la pérennité du quotidien
le jeu de la vie ou de la mort
Le jeu du bien ou du mal
Le jeu daccueil ou dexclusion
Au tribunal des préjugés
Est juge suprême lignorance
Qui condamne la victime
Davoir été victime
Une justice à contre sens
Au pic du summum de labsurde
qui blanchit le criminel remis en liberté
Et condamne la victime mise sous les verrous
Qui innocente le criminel coupable
Qui culpabilise linnocente victime
Linnocent est doublement victime
Victime du criminel, victime de la justice
Pour lesprit ancré aux préjugés
Maladie est risque meurtrier de contamination
Impureté, imperfection, incapacité, donc mal
Le malade subit le verdict du rejet et dexclusion
Victime du virus, victime des préjugés
Pour lesprit ancré aux préjugés
Problème est inaptitude, entrave, trouble, donc mal
Lhomme à problème mérite dêtre écarté ou exclus
Victime du problème, victime des préjugés
Lesprit ancré aux préjugés
Est un croyant qui senferme
se limite à la surface à la forme de la chose
et juge à partir des pénombres de ses sens
Cest un juge redoutable
Dont la justice reste fort cruelle
Une usine de fabrication de victimes
Dont le moteur tourne à lessence de la folie
Si on est victime cest quon est coupable dun mal
Mais de quel mal sagit-il au juste?
Je nai pas la réponse à cette question
Car elle est cachée dans limaginaire du juge.
Comme on cherche une cause originelle
Lorigine du mal remonte à la victime
La victime est condamnable et non le criminel
La victime sous les verrous et le criminel en liberté
Préjugés ! Ô Ignorance ! Ô Folie ! Ô Absurdité ! Ô cruauté !
Au-delà des préjugés
Pour lesprit bien pensant
Au mot maladie correspond guérison
Au mot problème correspond solution
Une démarche positive de la pensée
Qui recherche le dénouement des choses
Lesprit bien pensant
Cherche à comprendre la chose
Pour y percer le mystère
Et apporter le salut aux autres
Heureux lhomme bien pensant dont lesprit
sélève au-dessus des préjugés de lignorant
pour pénétrer les causes secrètes des choses
source jaillissante de lumière à lédification humaine
lumière de lesprit libératrice des âmes opprimées
lumière de lesprit libératrice des cœurs enchaînés
lumière de lesprit libératrice des êtres victimes
jaillisse la lumière pour éclairer les préjugés
jaillisse la lumière pour éclairer lignorance
jaillisse la lumière pour éclairer lenfermement
jaillisse la lumière pour éclairer le juge
jaillisse la lumière pour éclairer lexclusion
jaillisse la lumière pour éclairer le rejet
jaillisse la lumière pour éclairer la discrimination
jaillisse la lumière pour éclairer lobscurité
jaillisse la lumière pour éclairer les pénombres
jaillisse la lumière pour éclairer les ténèbres
jaillisse la lumière pour éclairer labsurdité
que la lumière soit et les préjugés se dissipent.
(4 juillet 2009)
Grands Jouisseurs, maudits Grandmangeurs !
La jouissance est un verbe qui se conjugue au présent
Le passé récuse sa mémoire, le futur ne lapprouve point ! Néant !
La jouissance est une langue qui se parle au présent quotidien
Le passé dissipe sa mémoire dont lécho narrive pas au futur !
Triste destin !
Ce sont des éternels enfants accrochés à la jeunesse
Ayant peur terriblement du verdict de la vieillesse.
Au moindre signe regrettable de la maladie
Leur univers de bonheur bascule dans labîme des soucis.
Ce sont des êtres creux tel un ballon de footballeur
Des gens tout creux qui nont aucunes fibres à lintérieur
Êtres de contact ils ne comportent aucune profondeur
Leur intérieur est à même la surface de leur peau ! Malheur !
Ce sont des êtres sensibles perdus dans les plaisirs charnels
Sensibles à leur apparence physique exposée au quotidien ! Ritournelle !
Les jouisseurs ancrés dans le présent le quotidien aveuglant et scintillant
Est comme un tambour dont lécho ne résonne quau présent.
Ils sont condamnés dans la pénombre et lobscurité du passé
Opaque à la lumière du futur, de lavenir ! Macabre destinée !
Ce sont des hommes pareils à un simple morceau de chair
Aucun souci de transcender le présent, le quotidien éphémère.
Pour ne pas savoir ouvrir la porte du futur de lavenir
Ils meurent comme ils étaient venus au monde! Sans souvenir !
À la seule différence ils prenaient de poids et de la graisse
Grâce à leur jouissance et réjouissance ! Perpétuelle ivresse !
Leur idéal est à même de leur complexion physique
À lexpression de la beauté de leur visage angélique
À la candeur, à la beauté pure de leur sourire
Tel un enfant toujours prêt à sourire et rire.
Leurs attraits physiques, leur passeport au port de la jouissance
Nourriture des vers au tombeau effaçant toute trace dexistence.
Rien ne reste ni le corps, ni le cœur, ni lâme, ni le nom
Tout se perd dans un perpétuel travail de démolition.
Tel est votre destin fatal, Ô mortel Grandmangeur !
Vous confiez votre vie au quotidien, voilà votre malheur !
Ô bon viveur !
Vous consacrez votre vie à la politique du ventre et du bas ventre
Et cette politique engloutit votre vie dans son lugubre antre.
Vide est votre origine à destination du néant du vide
Rêve vide, moyen vide, course vide, fin vide
Intrépide voyageur du vide ! Combien vous bouclez la boucle du vide
Lalpha et loméga, le commencement et la fin sont synonyme : vide!
Dans votre grammaire lexception et la règle sont les mêmes : vide!
Léloquence et le mutisme de la jouissance ont même langage : vide!
La beauté et la laideur de la jouissance ont même éclat : vide!
Nouvelle versification, art suprême du vide
Rime vide
Rythme vide
Mesure vide
Strophe vide
Inspiration vide
Œuvre vide
Génie du vide.
(8 juillet 2009)
Edner Saint-Amour
![]() |
| Un champ de cactus aux Huntington Botanical Gardens, San Marino. Henry Huntington a commencé le développement de ses jardins botaniques en 1903. photo par David Henry |

