par Doumafis Lafontan
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adame Manigat, pour se racheter du revirement spectaculaire après le premier tour électoral du 28 novembre 2010, a avancé quelle a choisi la raison au lieu du droit. Pour cela nous devons rappeler que cest à la justice quil revient de déterminer si quelquun (ou une entité) a raison afin que cette personne (ou entité) puisse jouir de ses droits. Or labsence de justice et la faiblesse des institutions, le pouvoir républicain oisif, abusif et répressif, et lapplication du plan néolibéral tout ensemble constituent léchec de lÉtat en Haïti (failed state). La raison de cette faillite peut se résumer au fait que la classe politique est toujours prête à élever la lutte pour le pouvoir au-dessus de lÉtat de droit revendiqué par la majorité pauvre depuis le règne des Duvalier.
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| “Non-titré” par Jean Dieu-Beni Cupidon, acrylique sur toile, 24x20, participant dans lexhibition “Quand nos pinceaux ont tremblé”, 2011. |
Qui dit donc, la prostration des candidats à la présidence est annonciatrice de la continuité de limpunité avec lÉtat kraze zo, piyajè, kite mele bouda m ak pov. Plus alarmante, Mme Manigat se fait partisane de la raison, mais tout au long de la civilisation la raison na pas toujours été raisonnable. Dailleurs, faire de la raison le critère par qui tout doit être réglé marque le règne de labsolu dun système révolu depuis belle lurette. Ce dont Haïti a besoin est un leadership pour le 21ème siècle, duquel malheureusement la classe politique na aucune pratique.
Nous sommes daccord que la loi électorale ne saurait primer sur la constitution qui garantit lexpression de la souveraineté populaire sous maintes formes. Cependant, tout avant et après le premier tour, il y a eu des cas de lynchage, de choléra, dexécution sommaire, de détention illégale et prolongée que lon ne saurait ignorer sous prétexte que la démocratie, avec ses groupes de pression utilisant la violence, est justifiée par la passation du pouvoir.
Jodi a, majorite pov la pa kakab tann la perpétuelle promesse de son lendemain meilleur avec larrivée dun président produit dun système violent. Lhistoire montre clairement que le tour de la majorité pauvre adviendra avec sa participation directe au timon de la nation, sans le biais conservateur et le brigandage électoral, aux fins de freiner la violence, éliminer la pauvreté, protéger lenvironnement, redistribuer les richesses, etc.
Après tous ces désastres naturels et humains, le moment historique à prendre pour le profit des classes sociaux est sans doute arrivé. Le choix de nos valeurs, cest ce qui nous sépare du temps-espace qua connu la majorité de nos ancêtres qui ne pouvaient choisir leur mode de vie. Néanmoins, les ancêtres ont pris vengeance aujourdhui. Et, au niveau où la majorité pauvre se trouve maintenant, notre génération na dautre option que de faire la justice marcher dans la société ; cest-à-dire, «jistis avan eleksyon».
Il faut noter que cette demande de justice, par exemple, exprimer ce que lon veut, partager une vision dHaïti, est appropriée à la phase de développement que les Haïtiens confrontent aujourdhui. Lapplication de la justice est le défi que lhistoire a mis sur la route des Haïtiens. Il ne peut pas être autrement, les classes sociales devront affronter ce défi afin daccomplir le dépassement qui permettra aux Haïtiens de faire leur chemin à travers le monde sans la contraignante occupation militaire maquillée en programme dassistance humanitaire.

