par Franz Benjamin
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e naimerais pas que cette phrase assassine nos luttes et nos espérances de femmes et dhommes dans la tête de nos enfants et de nos petits-enfants quand ils liront dans les manuels dhistoire du Québec et du Canada ce qui sest passé un matin dété en 2005. Je naimerais pas quils lisent quen 2005 on a procédé au lynchage dune femme noire promue, ne serait-ce quà titre symbolique, à la tête de lÉtat canadien.
En nommant Michaëlle Jean à titre de Gouverneure générale du Canada, les observateurs de la scène politique canadienne ou des relations fédéralesprovinciales ont été unanimes à leffet que le Premier Ministre du Canada venait de réaliser un bon coup politique. Nétant pas un expert de la chose politique, je laisse aux spécialistes le soin de l analyser de fond en comble sur les plans de la politique intérieure et étrangère du Canada. Par contre ce qui mexaspère et qui mhorrifie, cest de voir comment les soi-disant «purs et durs» sont entrain de monter une cabale autour de Madame Jean. On commence par sen prendre à la fonction. «Nous navons rien contre Madame Jean. Cest une personne très compétente» Mais on ne veut rien savoir du Gouverneur général. Combien de fois au cours des derniers jours nous a-t-on balancé ad nauseam ces hypocrisies? Jai même entendu sur les ondes de CKAC, une chroniqueuse dire tout haut à son auditoire: «Pourquoi Madame Jean? Il y avait des noms qui circulaient. Parmi ces noms, il y avait des femmes et des Québécoises» Était-ce pour insinuer que Michaëlle Jean nest pas une Québécoise?
On connaît la formule du lynchage. Oui. Venant de loin, nous connaissons la formule du lynchage. Fut-il médiatique. On sen prend à la représentation, ensuite à ses relations pour pouvoir mieux nous abattre.
Ce qui est étonnant voire révoltant dans tout ça, cest le laisser-faire complice des ténors souverainistes québécois face à ce lynchage. On lâche les loups sans crier gare pour pouvoir récolter par la porte en arrière, en catimini, les fruits de ce lynchage éhonté. Le jeu macabre auquel se livrent depuis quelques jours les soi-disant «purs et durs» est un jeu denterrement. Ils sont en train denterrer leffet Maka Kotto aux yeux des milliers de Québécoises et de Québécois issus de limmigration. Et si cette cassure devrait se consommer il faudra faire bien des deuils.
Il faut ici rappeler la triple fonction du symbolique dans les sociétés humaines. Des millions de Noirs pour qui lhistoire canadienne na été quun leurre reconnaissent en Michaëlle Jean une des leurs et voient ainsi salléger le fardeau de la mémoire collective. Des millions dHaïtiens dici et dailleurs, témoins ou spectateurs de lhistoire en mouvement au Québec et au Canada se réjouissent de ce vent frais qui nous vient du Nord. Des milliers de jeunes femmes Québécoises et Canadiennes de différentes origines voient aujourdhui en Michaëlle Jean un repère alors que tout semble diffus. Michaëlle Jean représente désormais et à jamais pour toutes les jeunes femmes du Québec qui doivent continuer à se battre pour se tailler une place dans ce monde dhommes un modèle de ténacité et de courage. Cest ce quelle représente aussi pour ces millions dhommes et de femmes du Québec, du Canada et du monde qui aspirent à la liberté, louverture et au respect de la dignité, valeurs de notre société.
Ce que les loups doivent savoir. On peut lyncher une personne mais le symbole demeure. Car cest ça se souvenir.
