par Raymond Justin
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a dissolution de lUnion Soviétique a entraîné un déséquilibre dans la balance géopolitique mondiale que ne paraît à même de rétablir aucun autre État-Nation dans un avenir proche. Par ailleurs, la mort tant célébrée des idéologies de gauche, la naissance dune nouvelle idéologie de droite et lassouplissement réel de la conscience collective de lhumanité ont depuis quelque temps sapé les bases concrètes des illusions progressistes. Aujourdhui cest la consécration de la suprématie du capital financier, le règne du marché-roi et laggravation des inégalités économiques. Doù le profond désarroi dans lequel ont sombré les milieux progressistes privés de support, de modèles et de moyens de pression efficaces dans leur quête dune meilleure distribution des ressources de la planète.
Les tenants de la nouvelle droite semblent arguer au contraire que le soi-disant échec du socialisme prouve limpossibilité dun partage équitable des ressources susmentionnées, celles-ci étant limitées, il importe den restreindre lutilisation autant que possible. Il sagirait donc de repousser les masses, surtout celles du tiers monde, vers une sorte de traditionalisme néo-féodal doù, après quelques générations, elles cesseraient de revendiquer car nayant plus conscience de leur dénuement.
En effet, la chose quon nomme le «nouvel ordre mondial», avec son «droit dingérence», nest pas sans rappeler la diplomatie des canonnières des plus sombres jours du colonialisme. Excepté quaujourdhui les expéditions militaires se font appeler «interventions humanitaires», et mènent leurs opérations sous la couverture dorganisations régionales ou internationales complètement vassalisées par les anciennes puissances coloniales. Coûteuses, ces interventions directes nont lieu, cependant, que si les armées auxiliaires dautochtones échappent complètement au contrôle, se désintègrent ou se laissent déborder.
Conçue originellement pour prévenir léclatement de conflits ouverts entre les nations, lOrganisation des Nations Unies semble être devenue la pièce maîtresse de la stratégie de mise en place du nouvel ordre mondial. Totalement dépendante des puissances dominantes pour sa survie, lONU a désormais complètement souscrit aux vues du capital financier international tel quélaborées par des institutions comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. La déréglementation a outrance imposée aux pays du Sud sert effectivement à détruire la production agricole de ces pays et à appauvrir le paysannat. Sensuivent désastres écologiques et famine; mais bonne nouvelle pour lagro-business et les usines dassemblage, le surplus de main-duvre bon marché grossit de jour en jour.
Face à ce contrôle économique et militaire qui se resserre chaque jour davantage, quelle attitude peuvent adopter les forces progressistes qui refusent de céder au nouveau réalisme et de changer leur fusil dépaule? Essayer de raisonner avec le FMI, la Banque Mondiale ou lUSAID, prouver sa bonne foi en appliquant soi-même des mesures daustérité en espérant que ces organismes accepteront une collaboration franche et sincère au lieu de chercher à imposer leur propre diktat? Cest ignorer lobjectif ultime de lentité qui contrôle ces institutions, mésestimer les moyens quelle entend utiliser afin dy parvenir. À cet égard, lexpérience du gouvernement lavalas est éloquent. Malgré des promesses mirobolantes, jusquau moment du coup dÉtat, pas un seul centime navait été débloqué en faveur du gouvernement.
Dans le «nouvel ordre mondial», lamélioration des conditions de vie de lhomme nest plus la finalité des activités économiques. Lêtre humain est devenu tout simplement un facteur de production que lon peut mettre au rancart tout comme nimporte quelle autre pièce déquipement. LHomme doit être à tout prix replacé au centre des activités économiques et en redevenir les principaux bénéficiaires. Si les forces progressistes, ou ce quil en reste, peuvent retrouver le courage moral et la capacité intellectuelle pour rouvrir le débat en ce sens, ce sera déjà un pas de re-fait dans la bonne direction.
