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aston Bachelard (18841962) se yon ekriven e filozòf fransè ki te gen yon pakèt enfliyans nan sèk entelektyèl ewopeyen yo diran lepòp yo rele «entre deux-guerres» la (19181939). Nou ta ka konsidere misye tankou yon manm lekòl filozofik yo rele «neo-pozitivism» la men avèk yon sansiblite marxiso-kantyen, e yon chalè powetik nan jan li eksprime sa ki sot nan kè li. Pami liv misye ekri genyen 2 liv ladan yo ki trè selèb: youn se La Formation de lesprit scientifique («Fòmasyon lespri syantifik la»), ki se yon trete sou konesans istorik e metodoloji syantifik. Lòt liv la se LEau et les Rêves («Dlo e Rèv»), kote Bachelard elabore sou kannal mizikal ki ekziste ant konesans ak imajinè powetik. Tèks nou pibliye pi ba a, La Poétique de la Rêverie («Powetik Sonjri»), se yon ti goute nou pran nan liv sa a, kote msye devlope yon analiz sou relasyon (e seksyalizasyon) ki genyen ant lèt yo, mo yo, son yo, siyifikasyon yo e ki koneksyon yo genyen avèk lavi, avèk kalite lavi.
Le texte, ci-après, que nous reproduisons est exrait de «La Poétique de la Rêverie», de Gaston Bachelard, paru sous les «Presses Universitaires de France» pour la Bibliothèque de Philosophie Contemporaine, fondée par Félix Alcan. Lauteur, rêveur de mots et phénoménologue, croit connaître la bonne conscience de sa double nature dans le travail alterné des images et des concepts. Cest au tombeauprétend-t-ilque lhomme ayant la conscience occupée, par la psychologie démerveillement dans la moindre variation dune image poétique, par la méthodologie des relations rationnelles, sacquittera de son travail. Nous prenons plaisir doffrir à nos lecteurs cette tranche succulente dun chapitre de ce livre riche.
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Jimagine que les mots ont de petits bonheurs quand on les associe dun genre à lautrede petites rivalités aussi dans les jours de malice littéraire. Qui de lhuis ou de la porte ferme mieux le logis? Que de nuances «psychologiques» entre lhuis rébarbatif et la porte accueillante. Comment des mots qui ne sont pas de même genre pourraient-ils être synonymes. Il faut ne pas aimer écrire pour le croire.
Comme le fabuliste qui disait le dialogue du rat des villes et du rat des champs, jaimerais à faire parler la pampe amicale et le stupide lampadaire, ce trissotin des lumières du salon. Les choses voient, elles parlent entre elles, pensait le bon Estaumié qui faisait raconter, comme des commères, le drame des habitants de la maison. Combien les discours seraient plus vifs, plus intimes entre les choses et les objets si «chacun pouvait trouver sa chacune». Car les mots saiment. Ils ont été, comme tout ce qui vit, «créés homme et femme».
Et cest ainsi que, dans des rêveries sans fin, jexcite les valeurs matrimoniales de mon vocabulaire. Parfois, dans des rêves plébéiens, junis le coffret et la terrine. Mais les tout proches synonymes qui vont du masculin au féminin menchantent. Je ne cesse den rêver. Toutes mes rêveries se dualisent. Tous les mots, quils touchent les choses, le monde, les sentiments, les monstres sen vont lun cherchant sa compagne, lautre son compagnon: la glace et le miroir, la montre fidèle et le chronomètre exact, la feuille de larbre et le feuillet du livre, le bois et la forêt, la nuée et le nuage, la vouivre et le dragon, le luth et la lyre, les pleurs et les larmes
Parfois, lassé de tant doscillations, je cherche un refuge dans un mot, dans un mot que je me prends à aimer pour lui-même. Se reposer au cur des mots, voir clair dans la cellule dun mot, sentir que le mot est un germe de vie, une aube croissante Le poète dit tout cela en un vers:
un mot peut être une aube et même un sûr abri
Dès lors, quelle joie de lecture et quel bonheur doreille quand, lisant Mistral, on entend le poète de Provence mettre le mot «berceau» au féminin.
Lhistoire serait douce à conter dans la beauté des circonstances. Pour cueillir des «fleurs de glais», Mistral qui a quatre ans est tombé dans létang. Sa mère len retire et lui met des vêtements secs. Mais les fleurs sur létang sont si belles que lenfant pour les cueillir fait encore un faux pas. Faute de nouveaux vêtements, il faut lui mettre sa robe des dimanches. En robe des dimanches, la tentation est plus forte que toutes les défenses, lenfant retourne à létang et derechef tombe à leau. La bonne mère lessuie dans son tablier et, dit Mistral, «de peur dun effroi, mayant fait boire une cuillerée de vermifuge, elle me coucha dans ma berce où, lassé de pleurer, au bout dun peu, je mendormis».
Il faut lire dans le texte toute lhistoire que je résume, ne pouvant retenir que la tendresse qui se condense dans un mot qui console et qui aide à dormir. Dans ma berce, dit Mistral, dans une berce quel grand sommeil pour une enfance:
Dans une berce, on connaît le vrai sommeil, puisquon dort dans le féminin.
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Un des plus grands travailleurs de la phrase a fait un jour cette remarque: «Vous avez certainement observé ce fait curieux, que tel mot, qui est parfaitement clair quand vous lentendez ou lemployez dans le langage courant, et qui ne donne lieu à aucune difficulté quand il est engagé dans le train rapide dune phrase ordinaire devient magiquement embarrassant, introduit une résistance étrange, déjoue tous les efforts de définition aussitôt que vous le retirez de la circulation pour lexaminer à part, et que vous lui cherchez un sens après lavoir soustrait à sa fonction instantanée?» Les mots que Valéry prend comme exemples sont deux mots qui, lun et lautre, depuis longtemps, «font limportant»: ce sont les deux mots «temps et vie». Retirés de la circulation lun et lautre de ces deux mots font immédiatement figures dénigme. Mais pour des mots moins ostentatoires, lobservation de Valéry se développe en finesse psychologique. Alors les simples motsdes mots tout simplesviennent se reposer dans le gîte dune rêverie. Valéry peut bien dire «que nous ne nous comprenons nous-mêmes que grâce à la vitesse de notre passage par les mots», la rêverie, la lente rêverie découvre les profondeurs dans limmobilité dun mot. Par la rêverie nous croyons dans un mot découvrir lacte qui nomme.
Les mots rêvent quon les nomme
écrit un poète. Ils veulent quon rêve en les nommant. Et cela, tout simplement, sans creuser labîme des étymologies. Dans leur être actuel, les mots, en amassant des songes, deviennent des réalités. Quel rêveur de mots pourrait sarrêter de rêver quand il lit ces deux vers de Louis Émié:
Un mot circule dans lombre
et gonfle les draperies.
De ces deux vers jaimerais faire un test de la sensibilité onirique touchant la sensibilité au langage. Il faudrait demander: ne croyez-vous pas que certains mots ont une telle sonorité quils viennent prendre place et volume dans les êtres de la chambre? Quest-ce donc vraiment qui gonflait les rideaux dans la chambre dEdgar Poe: un être, un souvenir, ou un nom?
Un psychologue à lesprit «clair et distinct» sétonnera devant les vers dÉmié. Il voudrait quon lui dise au moins quel est ce mot qui anime les draperies; sur un mot désigné, il suivrait peut-être une fantomalisation possible. En demandant des précisions, le psychologue ne sent pas que le poète vient de lui ouvrir lunivers des mots. La chambre du poète est pleine de mots, de mots qui circule dans lombre. Parfois les mots sont infidèles aux choses. Ils tentent détablir, dune chose à une autre, des synonymes oniriques. On exprime toujours la fantomalisation des objets dans le langage des hallucinations visuelles. Mais pour un rêveur de mots, il y a des fantomalisations par le langage. Pour aller à ces profondeurs oniriques, il faut laisser aux mots le temps de rêver. Et cest ainsi quen méditant la remarque de Valéry, on est conduit à se libérer de la téléologie de la phrase. Ainsi, pour un rêveur de mots, il y a des mots qui sont des coquilles de parole. Oui, en écoutant certains mots. comme lenfant écoute la mer en un coquillage, un rêveur de mots entend les rumeurs dun monde de songes.
Dautres rêves naissent encore quand, au lieu de lire ou de parler, on écrit comme on écrivait jadis au temps où lon était écolier. Dans le soin de la belle écriture, il semble quon se déplace à lintérieur des mots. Une lettre étonne, on lentendait mal en lisant, on lécoute autrement sous la plume attentive. Ainsi un poète peut écrire: «Dans les boucles des consonnes, qui jamais ne résonnent, dans les nuds des voyelles, qui jamais ne vocalisent, saurais-je installer ma demeure?»
Jusquoù peut aller un rêveur de lettres, cette affirmation dun poète en témoigne: «Les mots sont des corps dont les lettres sont les membres. Le sexe est toujours une voyelle.»
Dans la pénétrante préface que Gabriel Bounoure a mis au recueil des poèmes dEdmond Jabès, on peut lire: le poète «sait quune vie violente, rebelle, sexuelle, analogique se déploie dans lécriture et larticulation. Aux consonnes qui dessinent la structure masculine du vocable se marient les nuances changeantes, les colorations fines et nuancées des féminines voyelles. Les mots sont sexués comme nous et comme nous membres du Logos. Comme nous ils cherchent leur accomplissement dans un royaume de vérité; leurs rébellions, leurs nostalgies, leurs affinités, leurs tendances sont comme les nôtres aimantés par larchétype de lAndrogyne».
Pour rêver si loin, suffit-il de lire? Ne faut-il pas écrire? Écrire comme en notre passé décolier, en ces termes où, comme le dit Bounoure, les lettres, une par une, sécrivaient ou bien dans leur gibbosité ou bien dans leur prétentieuse élégance? En ces temps-là, lorthographe était un drame, notre drame décriture travaillant dans lintérieur dun mot. Edmond Jabès me rend ainsi à des souvenirs oubliés. Il écrit: «Mon Dieu, faites quà lécole, demain, je sache orthographier «Chrysanthème», quentre les différentes façons décrire ce mot, je tombe sur la bonne. Mon Dieu, faites que les lettres qui le livrent me viennent en aide, que mon maître comprenne quil sagit bien de la fleur quil affectionne et non de la pyxide dont je puis à volonté colorier la carcasse, denteler lombre et le fond des yeux et qui hante mes rêveries.»
Et ce mot chrysanthème avec un intérieur si chaud, de quel genre peut-il être? Ce genre dépend pour moi de tels novembres dautrefois. On disait dans mon vieux pays soit un, soit une. Sans laide de la couleur comment se mettre le genre dans loreille?
En écrivant, on découvre dans les mots des sonorités intérieures. Les diphtongues sonnent autrement sous la plume. On les entend dans leurs sons divorcés. Est-ce souffrance? Est-ce une nouvelle volupté? Qui nous dira les délices douloureuses que le poète trouve en glissant un hiatus au cur même dun mot. Écoutez les souffrances dun vers mallarméen où chaque hémistiche a son conflit de voyelles:
Pour ouïr dans la chair pleurer le diamant
En trois morceaux sen va le diamant qui révèle la fragilité de son nom. Ainsi sexpose le sadisme dun grand poète.
En lisant trop vite, le vers est un décasyllabe. Mais quand ma plume épelle, le vers retrouve ses douze pieds et loreille est obligée au noble travail dun rare alexandrin.
Mais ces grands travaux de la musicalité des vers dépasse le savoir dun rêveur. Nos rêveries de mots ne descendent pas en la profondeur des vocables et nous ne savons dire des vers que dans une parole intérieure. Nous ne sommes décidément quun adepte de la lecture solitaire.
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Ayant avouésans doute avec trop de complaisanceces pensées vagabondes qui tournent autour dune idée fixe, ces vésanies qui se multiplient dans les heures de rêverie, quil me soit permis dindiquer la place quelles ont tenu dans ma vie de travailleur intellectuel.
Si je devais résumer une carrière irrégulière et laborieuse, marquée par des livres divers, le mieux serait de la mettre sous les signes contradictoires, masculin et féminin, du concept et de limage. Entre le concept et limage pas de synthèse. Pas non plus de filiation; surtout pas cette filiation, toujours dite, jamais vécue, par laquelle les psychologues font sortir le concept de la pluralité des images. Qui se donne de tout son esprit au concept, de toute son âme à limage sait bien que les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.
Peut-être même est-il bon dexciter une rivalité entre lactivité conceptuelle et lactivité dimagination. En tout cas, on ne trouve que mécompte si lon prétend les faire coopérer. Limage ne peut donner une matière au concept. Le concept en donnant une stabilité à limage en étoufferait la vie.
Ce nest pas moi non plus qui tenterai daffaiblir par des transactions confusionnelles la nette polarité de lintellect et de limagination. Jai cru devoir jadis écrire un livre pour exorciser les images qui prétendent, dans une culture scientifique, engendrer et soutenir les concepts. Quand le concept a pris son essentielle activité, cest-à-dire quand il fonctionne dans un champ de concept, quelle mollessequelle féminité!il y aurait à se servir dimages. Dans ce fort tissu quest la pensée rationnelle interviennent des inter-concepts, cest-à-dire des concepts qui ne reçoivent leur sens et leur rigueur que dans leurs relations rationnelles. Nous avons donné des exemples de ces inter-concepts dans notre ouvrage: Le rationalisme appliqué. Dans la pensée scientifique, le concept fonctionne dautant mieux quil est sevré de toute arrière-image. Dans son plein exercice, le concept scientifique est débarrassé de toutes les lenteurs de son évolution génétique, évolution qui relève dès lors de la simple psychologie.
La virilité du savoir augmente à chaque conquête de labstraction constructive, dont laction est si différente de celle décrite dans les livres de psychologie. La puissance dorganisation de la pensée abstraite en mathématiques est manifeste. Comme le dit Nietzsche: «Dans les mathématiques la connaissance absolue fête ses saturnales.»
Qui sadonne avec enthousiasme à la pensée rationnelle peut se désintéresser des fumées et des brumes par lesquelles les irrationalistes tentent de mettre des doutes autour de la lumière active des concepts bien associés
