Aller au sommaire de ce numéro de Tanbou/Tambour, été 2015

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In Memoriam

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la mort de l’un de nos plus réguliers collaborateurs, le poète Edner Saint-Amour, décédé le 4 janvier 2015, à Montréal, Canada, des suites du cancer de l’estomac. Il avait 52 ans.

Edner Saint-Amour (17 septembre 1962–4 janvier 2015).

Tout au début de notre édition en ligne, débutée en 1998, Saint-Amour nous a gratifiés de ses longs poèmes, écrits indifféremment en français et en haïtien, avec un ton néoromantique parsemé d’élans d’éloquence de chez nous. Son écriture est simple et plaisante à lire, souvent un peu moralisatrice, mais à chaque contour de ses vers on sent le travail du menuisier qui fabrique petit à petit son chef d’œuvre, un menuisier doublé d’un poète prolifique qui pose son regard scrutateur sur presque tout le social haïtien.

Nous l’appelons un poète néoromantique, parce que, comme son nom de famille le suggère, il est un romantique de cœur, il l’avoue lui-même dans beaucoup de ses poèmes. Dans l’introduction d’un poème publié dans l’édition hiver-printemps 2008 de notre revue, il dit : « En tant que poète la poésie romantique m’intéresse tout particulièrement parce que c’est le type de poésie qui s’adresse à l’âme. Le romantisme c’est l’expression et la confession par excellence de l’âme qui s’exhibe. »

Nous vivons sa mort comme une sorte d’étrange occurrence, quelque chose qui ne devait pas advenir, un grand mystère de la destinée. C’est bien ironique que le poète qui avertit les autres contre la voie du malheur et des émotions négatives parce qu’elles les amèneront à mourir jeunes soit mort jeune lui aussi, quoiqu’il choisisse, lui, la voie du bien, la voie de la distribution et du partage avec les autres de tout ce qu’il possède, c’est-à-dire lui-même, sa connaissance, ce qu’il a appris de ses ancêtres, son écriture, une écriture prodigieuse dans toutes les deux langues haïtienne, le créole et le français.

En effet, Edner Saint-Amour nous a quittés dans un moment où nous nous réjouissions de ses multiples propulsions poétiques pour embellir l’odyssée existentielle, maniant le tragique, le mélancolique et les petits bonheurs de chaque jour pour trouver un équilibre égal entre eux et rendre vivable l’aventure de vivre. Oui, ses écrits sont un grand don laissé à ses compagnons de la destinée.

Il nous manque déjà à Tanbou. Heureusement, il nous a laissés beaucoup de ses poèmes que nous continuerons de partager avec nos lecteurs. Nous voudrions terminer ce triste témoignage sur notre cher collaborateur et ami avec ces mots, ses propres réflexions sur nos émotions et comment les garder en perspective :

« Les émotions négatives telles que peine, douleur, souci, mélancolie, tristesse, chagrin, colère s’orientent vers le malheur ou la fatalité. Grâce au développement de la psychologie, on connaît les effets nocifs des émotions négatives sur le corps et l’esprit, sur la santé mentale et physique. Beaucoup de poètes qui ont emprunté la voie du malheur en mobilisant leurs émotions négatives meurent jeunes. On sait que grâce au progrès de la médecine, que les émotions négatives sont comme un poison pour l’individu. Elles affectent notre système immunitaire en l’affaiblissant au point de devenir très vulnérable aux attaques des bactéries, des microbes ou des virus. La fatalité est une ruine pour l’individu. C’est une tendance par laquelle l’homme vieillit. Chaque jour de tristesse est un jour qui se soustrait de la vie. Donc on peut parler d’un romantisme négatif. (...)

N.B. je ne suis pas contre le fait d’écrire un poème qui porte l’empreinte du malheur, mais contre le fait de se positionner en faveur du malheur. Je suis contre le fait d’adopter une attitude fataliste dont les conséquences sont bien néfastes pour l’individu. Je peux comprendre la situation qui rend un individu triste, mais pas le désir d’épouser la tristesse, la mélancolie, de la faire sienne. Il faut l’assimiler sans être assimilé par elle. Il faut comprendre la tristesse, sans qu’elle nous comprenne. À l’occasion de la mort d’un proche, par exemple, on peut écrire sur le malheur, mais il faut que l’esprit du malheur ne nous possède pas, n’a pas le dessus sur le cours de notre vie, de notre destinée. »

Les lecteurs qui voudraient lire davantage les œuvres d’Edner Saint-Amour peuvent consulter les archives de Tanbou ou aller sur le site Potomitan.

—Tanbou juillet 2015

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