Par TontonGuy
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lus dune année après une intervention et une occupation quon nous présentait comme une véritable panacée aux problèmes du pays, la situation politique ambiante demeure pourtant de plus en plus confuse, avec une multitude de protagonistes défendant des intérêts indubitablement antagonistes mais agissant comme si tout est déjà réglé et marche pour le mieuxpour ne pas déplaire à lautre. Or rien nest vraiment réglé; loin de là. Certes, le président était bel et bien retourné au pays, mais le problème cest quil lavait accompli gentillement accroupi dans un gros avion de guerre US, exhibé en fleuron dans une cage en plexiglas, sous la triple protection des armes lourdes des marines, de la bienveillance forcée du haut état-major putschiste, et de la fausse embrassade profiteuse des classes dominantes haïtiennes, soit ces protagonistes-là mêmes qui complotaient le coup dÉtat sanglant du 30 septembre 1991.
Certes, on entonne le «succès» de la dissolution de larmée, labattement de la violence nuitarde des zenglendo-malfrats et les élections communales et législatives comme autant de «preuves tangibles»qui soutiennent le mérite de la politique interventionniste. Or, à y regarder de plus près, ces soi-disant «accomplissements» du régime doccupation sont autant de poudres-aux-yeux mystificateurs dont lobjectif réel est de renforcer le statu quo de domination par des «moyens détournés». Ainsi, par exemple, quand on parle de la «dissolution» de larmée dHaïti, on na pas ajouté quelle est remplacée par larmée des États-Unis et par une police militaire locale dont la plupart des membres sont recyclés parmi lancienne armée! Certes, la population a pris du souffle par rapport à langoisse et la peur quotidiennes générées par la violence putschiste; et cela est peut-être le seul positif effet de lintervention, ne serait-ce quen ce qui concerne linquiétude sécuritaire «immédiate» de la population.
À la vérité, quoiquen dise la propagande justificatrice de lentreprise, Haïti navait nullement besoin de lintervention militaire américaine et du régime doccupation pour se défaire des putschistes-zenglendos, ni pour instaurer la sécurité civile dans la population. Le pays a une longue tradition de luttessouvent victorieusescontre ses tyrans et malfrats; et même si le cycle de la violence politique semblait sy répéter en permanence, ça avait commencé à changer durant, notamment, les sept mois du premier gouvernement Aristide-Préval: les abus de pouvoir, arrestations illégales, tueries et autres répressions contre la population avaient été pratiquement éliminés, du moins comme actions systématiques de lÉtat. En comparaison, lactuelle «sécurité» pourvue par les autorités occupantes est très minimale. Bien entendu, la personne en danger immédiat ne sembarrasse pas de tant de considérations; mais nous craignons que le prix quelle aura à payer ne soit pas autrement catastrophique
En fait, la quasi-totalité des assassins et malfaiteurs de lancien régime est toujours en Haïti, et ils sont à la fois bien-portants et armés. Beaucoup déléments de la violence sont aussi toujours plus ou moins en motion dans la présente réalité haïtienne, leur présence potentiellement destabilisatrice. Moins dune semaine avant la visite du 30 mars, 1995, de Clinton en Haïti, soit six mois après lintervention, le New York Times titrait: «Haïti est confrontée à une vague de crimes», où il était reporté, citant Le Nouvelliste, que «Vivre aujourdhui en Haïti, cest comme vivre dans un véritable cauchemar. Les rues sont brouillées de bandits. La population civile est abandonnée à elle-même, sans défense et à la merci des éléments criminels, qui sont de plus en plus organisés»1.
Cette semaine-là il y a eu, parmi dautres, les assassinats dun parlementaire candidat aux élections sénatoriales projetée pour le mois de juin suivant, et dun membre dune organisation paysanne qui fut longtemps persécuté par le ci-devant régime militaire putschiste. Le New York Times dit que chacun des deux hommes était trouvé mort dans sa voiture privée, «et leurs effets personnels nétaient pas touchés.» Cette douche froide de la réalité des choses nempêchait pas cependant que la visite de Clinton fût annoncée sous les couleurs de la célébration et du «triomphe» à la fois de la diplomatie américaine, du bon cur généreux de Clinton et du savoir-faire impeccable des marines! On entendait ainsi, éperdument, boucler la boucle en dépit des démentis irréfutables de la réalité. Une réalité qui montre, au contraire, quen dépit de la bonne disposition du pays à la paix sociale, il y a aujourdhui encore, un an après lintervention militaire américaine, un grand nombre de tueurs du camp putschisto-macoute qui sont encore armés et qui sont plus ou moins actifs dans des actions de banditisme ou de représailles contre la population. Lassassinat de Jean-Hubert Feuillé est ici un exemple poignant.
«Compromis historique» ou opportunisme naïf?
Malgré, en effet, son passé de «prêtre rouge» interpellant à tout bout de champ le système macoute et dénonçant la «complicité impérialiste» dans les malheurs du peuple haïtien, Aristide sest finalement révélé un politicien aussi jongleur et démagogique que les autres, avec peut-être, à son avantage, sa grande popularité parmi le grand peuple démuni. Or, même ce profond lien affectif quil entretenait avec le peuple est aujourdhui sérieusement affecté par la réalité de loccupation, car, après tout, une occupation est une occupation, quelque «amicale» quon veuille la qualifier.
Comme nous lavertissions dans une série danalyses dans Tanbou, qui dénonçaient entre autres lillusionnisme des promesses de lintervention2, la problématique haïtienne devient aujourdhui, sur le plan des dégâts structurels et affectifs, beaucoup plus compliquée et critique quelle ne le fût avant linterventioncela en dépit des proclamations auto-satisfaites de plus dun. Car, entre le coup de dé aristidien, laspiration populaire et la rationalité américaine le fossé est profond, et les possibilités de conflit dautant plus insidieuses que chacun des protagonistes croit jouer au plus malin, oubliant quil est toujours un autre plus malin que soi.
Or, si larrangement interventionniste na en rien profité au peuplequoi quen dise la propagande ambiantedu point de vue américain, lentreprise est une réussite complète. Après ses revers en Somalie et en Bosnie, après limpasse au Moyen-Orient, la crise haïtienne sest révélée une belle opportunité pour la matérialisation du brin de «succès» tant convoité par ladministration Clinton dans sa politique étrangère. Une opportunité dautant plus avantageuse quelle se présentait comme une ;win-win situation, une situation où tout était à gagner. En intervenant militairement en Haïti ladministration Clinton a fait ainsi dune pierre plusieurs coups: elle a à la fois bâillonné un Congrès insolent qui questionnait sa compétence, produit un fleuron diplomatique qui rassurait létat dâme désenchanté de lopinion américaine, consolidé les structures géopolitiques de la domination impérialiste, tout en protégeant les intérêts fondamentaux des traditionnelles classes dominantes haïtiennes. Il est très significatif quen contraste avec son hostilité déclarée à la politique clintonienne en Haïti que le Congrès américain, sous contrôle républicain, ne fasse pratiquement rien pour contrecarrer cette politique. Cest dire que le résultat pratique de lintervention est en parfaite concordance avec les intérêts fondamentaux de la politique étrangère américaine. Newt Gringrich lui-même, le chef redoutable de la Chambre des Représentants, a publiquement félicité Clinton, huit mois après lintervention, pour le «succès» de sa politique haïtienne.3
Évidemment, on comprend pourquoi à la fois Aristide, les Américains et les classes dominantes continuent daffirmer que tout marche bien et trouvent beaucoup de raisons de bambocher puisque, après tout, les acquis socio-économiques du coup dÉtat sont dûment consolidés et que le contrôle impérialiste américain est fortement garanti, tandis quAristide a retrouvé son fauteuil présidentiel, et les petits-bourgeois renforcés dans leur égomanie populiste et leur opportunisme de mauvais aloi. Le grand perdant étant, une fois de plus, le peuple haïtien.
En effet, le malheur dans tout cela, cest que, du côté du peuple, lintervention américaine est pratiquement un grand handicap, mais personne ne veut ladmettre. En particulier, lexploitation de classe, cest-à-dire cette pratique barbare qui fait quun individu, une famille, un groupe ou une classe sociale utilise le travail, la sueur et le sang dun autre individu, famille, groupe ou classe sociale pour senrichir et saffirmer, est essentiellement légitimée dans le projet de société quaident à imposer les forces doccupation. Il y a aussi, du fait de loccupation, non seulement lacceptation de limpunité et de linjustice comme une sorte de vertu de la réconciliation universelle, mais surtout, plus tragiquement, limposition de la lâcheté et de la démission comme sagesse de gouvernement, voire comme bien-fondés de la démocratie! Sans compter, bien entendu, le sentiment dhumiliation, de dépersonnalisation et daliénation engendré par la logique de loccupation, une logique dautant plus accablante et pernicieuse quelle saccomplit en douceur, dans lamicabilité, dans linternalisation justificatrice des présupposés de la zombification. Il est clair quAristide et ses apologistes auraient bien voulu que leur politique envers loccupation soit perçue comme une tactique astucieuse dans une grande stratégie de régénération nationale, mais ils oublient quil y a une grande différence entre lauto-zombification et la résistance: lune crée la passivité, la dépendance et le désespoir, tandis que lautre fructifie le sens du respect de soi et de lidéal du changement. Cest la différence entre la servitude et la liberté.
On sait que pour apaiser les esprits critiques, Aristide avait présenté sa stratégie de recouvrement du pouvoir, à savoir lalliance avec limpérialisme américain et le dialogue avec les putschistes, comme un compromis indispensable, un «moindre mal» dont il fallait bien accepter linévitabilité, cela pour dabord prendre de la force et, éventuellement, sortir de la barbarie. Nous avons déjà amplement critiqué cette théorie du moindre mal dans le ci-devant cité numéro de Tanbou, lincorporant dans lidéologie du «Nouvel ordre mondial» préconisé par un Occident auto-satisfait, qui veuille faire croire que la lutte des peuples est désormais caduque, condamnée à léchec, et que lHistoire même est au bout de sa finitude, justifiant ainsi les plus monstrueux et absurdes «remèdes dajustement structurel» imposés à la conscience des hommes.
Ruse stratégique ou défaitisme paresseux?
À la véritéet loin dexonérer ici ni les putschistes ni Aristidela responsabilité de lintervention/occupation américaine revient aussi à la majorité de lopinion populaire haïtienne, qui finissait par ouvertement encourager loption. Certes la présence du mal dans le «moindre mal» est toujours soulignée dans ces opinions pro-interventionnistes comme une inquiétude réelle, mais on ne manque pas dajouter quon puisse toujours, lheure venue, se défendre des nouveaux dangers. Au fond, comme on la vu au lendemain de linvasion, à la fois ladhésion conceptuelle du peuple au principe de lintervention, son comportement critique envers ses manquements et sa manipulation de lambivalence des marines, participent dune tactique délibérée, historiquement très utilisée, pour cabrer et dérouter lennemi tout en le rassurant dans sa confiance orgueilleuse. On peut appeler cette tactique le «maronnage émotif», puisque lémotion sentimentale est comme refoulée, tenue en coupe réglée, tandis que les stratégies daction oppositionnelle et les affaires jugées prioritaires se mènent en silence, dans le non-dit de laction rusée.
Durant lesclavage, le maronnage émotif a eu un grand succès. Il avait permis à des chefs redoutables de la rébellion esclave de continuer à servir le maître-ennemi (en qualité de palefreniers, de gérants de cour, de gouvernantes, de nourrices, de confidents, dobjets sexuels, etc.) tout en passant des mots dordre révolutionnaires enflammés dans le maquis. Ainsi, comme le rappelle CLR James dans Les Jacobins noirs, lesclave rebelle, surtout celui-là ou celle-là qui pratiquait le «maronnage émotif», avait le double avantage sur le maître de connaître à la fois le monde du maître et le monde de ses frères et surs en détresse et en rébellion!4
Cette sorte de ruse stratégique a été mise à profit tout au long de lhistoire dHaïti, particulièrement sous le régime totalitaire de Papa Doc et de son fils Jean-Claude («Bébé Doc»). La petite histoire dit que le terrible chef macoute Zachary Delva, communément appelé «Le Parrain», a vu son étoile irrémédiablement sétioler quand un beau jour, exaspéré par ses exactions, le peuple de Gonaîves (centre-nord dHaïti) exclamait avec force: «À bas le Parrain! Vive Duvalier!». À linstar de ce que les Chinois appellent «désigner le murier pour sen prendre au chaîne», le maronnage émotif repose sur le sous-entendu, mais ce sous-entendu est accompagné dune audace contradictoire et, souvent, scandaleuse. Lavant-dernière fois que cette ruse fut utilisée, cétait durant les événements de janvier 1986 préludant à la fin du régime jean-claudiste. Face aux représailles des tonton-macoutes aux abois, qui tuaient à tout bout de champ pour maintenir le régime jean-claudiste au pouvoir, essayant de faire reculer le vent de lHistoire, le peuple fit appel à larmée, pourtant complice de ceux-ci, la désignant comme un allié et sauveur providentiel qui fustigera les coupables et restituera le droit. Vive larmée! criait le peuple. Pour faire bonne mesure et amplifier le message, le drapeau étoilé américain fut exhibé en gros plan, au milieu des pancartes qui exhortaient amicalement larmée dHaïti à laction. On connaît le reste: Duvalier fils sen allait en exil, larmée avait pris charge de lÉtat et la tragédie continuait
Le même phénomène sest opéré durant les premiers jours de linvasion américaine de septembre 1994. En lui octroyant le bénéfice du doute bien avant sa matérialisation, le peuple haïtien avait décidé de déjouer lintervention américaine à son avantage. Par sa fortement ressentie présence dans larène, par la dose alternée dencouragement à laction et de critique sournoise et, quand nécessaire, ouverte, quil proférait à lendroit de limmobilisme des «envahisseurs du bien», et en faisant preuve dun modèle de bonne foi dans sa coopération, le peuple haïtien avait beaucoup influencé sinon lobjectif, du moins, la modalité de la politique interventionniste. Il avait récupéré (et déjoué pour un temps) la mission des marines avec une telle finesse que le commandant en chef des forces dintervention, général Hugh Shelton, avait cru bon de protester que larmée américaine intervenante nétait pas une armée de «policiers à gage» (rent-a-cop army)! Naturellement, pour que le commandant trouvât-t-il si nécessaire de défendre sa mission dune telle déviation, il fallait bien quil se sentît servi comme tel.
Cependant, quelque alléchante quelle soit, loin de nous lintention de faire ici une théorie de la «récupération» par le peuple du projet interventionniste. Car celle-ci supposerait un certain contrôle, par le peuple, du processus actuellement en motion en Haïti. Or, cest loin dêtre le cas. Ce que nous voulons indiquer plus particulièrement dans notre référence au «maronnage émotif», cest à la fois lingénuité de survivance du peuple dans la logique implacable de loppression, sa capacité de résistance dans ladversité, et aussi comment quen même temps quil croit en tirer profit, il finit souvent par inintentionnellement cautionner la représentativité de lennemisoit-il les colons européens, la dictature des Duvalier et des militaires, ou limpérialisme américainabaissant ainsi sa vigilance et son esprit critique.
Continuité historique du rapport dominant-dominé
Lironie dans tout cela, cest que le marchandage Clinton-Aristide culminant à lintervention militaire américaine et au retour du président a été mené selon le vieux principe de la «réciprocité dintérêts» entre limpérialisme et la classe dirigeante locale qui avait longtemps servi les multiples régimes de dictature (militaire comme civile) qui se sont succédés en Haïti depuis lIndépendance, particulièrement ceux faisant suite à la première occupation américaine du pays: Soutenez ma prise et maintien du pouvoir, je vous garantirai à la fois la paix sociale, le succès diplomatique et la conduite de bonnes affaires. Cela a toujours marché pour les compères contractants, car bien avant que les esprits reconnaissent la forfaiture du deal, les jeux auront été faits, laffaire déjà réglée, scellée. Et quand la révolte populaire se déclenchera, les caisses seront vidées, les coquins enrichis et vivant en un exil doré, et le peuple, une fois de plus, dupé, frustré, davantage apprauvi.
Et cest bien malheureux; car en votant en masse, sur le mode du défi et de linsurrection, pour lélection dAristide à la présidence, le peuple haïtien avait cru voter pour élire un champion de sa cause, pour un «allié» qui laiderait à réaliser les plus pressantes de ses revendications, à savoir, le droit à la justice, à légalité, à la dignité, ou simplement le droit à une condition de vie décente. Or, les conditions sous lesquelles Aristide a accepté de retourner au pouvoir sont loin daider à la satisfaction de telles revendications. Cela, pour différentes raisons dordre structurel et pratique.
Il y a dabord, en effet, le fait que le pouvoir a été restitué à Aristide par laction dune force exogène qui a son propre agenda et objectif dans lentreprise. La coïncidence des intérêts de cette force avec ceux dAristide est purement tactique, conjoncturelle, ponctuelle. La coïncidence séclipsera à la première occasion où la force américaine décidera que larrangement ne sert plus son agenda. Autrement dit, le contrôle de la présente politique haïtienne échappe substantiellement au pouvoir aristidien. Naturellement, le régime continuera à proclamer le «succès» de larrangement, puisque la reconnaissance du contraire serait dadmettre que sa politique a échoué, ce qui lui causerait des ennuis autrement redoutables. Bref, il continuera le jeu de dupes
Les décisions cruciales touchant à lavenir et à lidentité du pays sont aujourdhui prises et imposées par les forces doccupation. Malgré les efforts dAristide pour montrer le contraire, le pouvoir de décision lui échappe grandement. Comme on sy attendait fort justement, non seulement les prérogatives de nommer les membres de son cabinet et de sa force de police lui furent refusées, mais surtout le choix de développement du pays pour les dix prochaines années lui fut préalablement dicté et imposé comme un étau de fer. Tout récemment encore, le journal The Nation a révélé comment les autorités doccupation ont subverti le semblant de décorum de la justice haïtienne en exigeant la mise en liberté de Marcel Morissaint, lassassin de Guy Malary et complice dans le meurtre de Antoine Izméry5. Bien entendu, on continuera de lamadouer, lui lançant des flatteries et lui concédant des pouvoirs honorifiques tout en le gardant sous coupe réglée.
Desounman diplomatik
Trois jours après lintervention militaire américaine du 18 septembre 1994, Aristide est reçu en grande pompe au Pentagone, soit à lheure même où lentreprise est dénoncée comme une masquarade favorable aux putschistes, les images retransmises par la télé montrant des marines bras croisés, allure désinvolte, observant impassibles les bastonnades et massacres de la populace, venue acclamer la descente «amicale» des marines du bord de mer, par les escadrons des forces putschistes. Vingt et un coups de canon lui sont honorés, reporte le New York Times, qui publie à la «une» une photo qui montre un minuscule Aristide saluant, la main droite sur le cur, une revue militaire américaine, et encadré sur sa droite par William Perry et John Deutch, respectivement le ministre et sous-secrétaire à la défense, et sur sa gauche, par Strobe Talbott, le sous-secrétaire dÉtat et John Shalikashvili, le chairman du commandement intégré, et remerciant profusément ses bienfaiteurs. Un merci, comme écrivait Haïti-Progrès, «particulièrement symbolique dun petit pays qui sincline devant le grand et le remercie de bien vouloir le prendre en tutelle. Tout ce que le père Aristide avait autrefois obstinément dénoncé»6. Le titre du reportage du New York Times a été aussi très révélateur, sinon franchement insultant: «La souris qui grondait dit merci»7.
Cette photo dont ladministration Clinton exhibait comme fleuron de son savoir-faire diplomatique, fut aussi un grand embarrassement pour nombre de militants haïtiens; sa symbolique de la platitude avait démoralisé plus dun, qui déploraient, lhumiliation dans lâme, lincroyable mise en condition dun leader politique en qui le peuple avait placé tant despoirs. En Haïti on appelle cela «se boucher le nez pour déguster de leau putride». Au cours de la cérémonie au Pentagone, Aristide avait proféré le mot «merci» à trois reprises à lendroit de Clinton et des États-Unis, expression de gratitude dont plusieurs membres du Congrès exigeaient publiquement quAristide énonçât envers la fraîche intervention militaire. Avant sa profération des remerciements pour lintervention, on parlait de lâcher Aristide sil continuait à signaler des doutes quant aux bonnes uvres des forces dintervention. Ayant finalement eu gain de cause, Clinton annonce quAristide va retourner dans un court délai en Haïti, agissant dune façon quil ne blesse inutilement pas lorgueil dAristide. Des deux côtés, on fera désormais en sorte que lapparence soit sauvée
Ce que nous appelons ici le desounman diplomatik, que nous traduirions en français comme une sorte de mise en «état second diplomatique», est très manifeste dans la deuxième mission Carter/Nunn/Powell de la fin de février 1995. Il était clair que le gouvernement haïtien neût pas grand intérêt dans laccomplissement de cette mission. En fait, par sa froideur et son silence Aristide avait plus ou moins fait comprendre quil nencourageait guère la visite de ces émissaires. On feignait pourtant de ne pas comprendre et on procédait avec diligence aux préparatifs de la visite, comme pour lui faire comprendre que cela ne dépendait pas de lui. Aristide avait rétorqué, sournoisement à sa manière, en boycottant laccueil officiel à laéroport, de rigueur en de telles circonstances. Mais les émissaires étaient tout de même entrés au pays, leur présence de plus en plus imposante; même si des écriteaux muraux autrement imposants leur demandaient de foutre le camp: »Go home, Carter!» disaient-ils. À bout de sa timide résistance à larrogance des visiteurs, Aristide finissait par déclarer que Carter était «chez lui» dans le pays, et le remerciait pour ses grands services; ce qui, traduit en bonne logique, voudrait dire quAristide remerciait Carter pour sa bienveillance envers la cause des putschistes!
En fait de prérogative dÉtat, lactuelle occupation «amicale» dHaïti par les États-Unis est certainement un recul par rapport aux tranches des plus déplorables de lhistoire récente du pays. Car même durant les successifs régimes de dictature militaires et civils des cinquante dernières années, un certain contrôle, tant soit peu fluide, était plus ou moins reconnu à lÉtat central, et souvent exercé dans lindépendance. On nous diraitet nous conviendrons volontiersque lensemble de ces régimes était des régimes laquais de limpérialisme, tenus au pouvoir de par la complicité et la bienveillance du «grand frère» du Nord; mais ce nétait pas là toute la question. En fait, François Duvalier lui-même, quelque horrible que fût son règne, avait en maintes occasions tenu tête aux Français et aux Américains quand leurs pressions pour lamener à embellir son image de marquecest-à-dire à atténuer la répression trop visible à leur goûtne lui plaisaient pas. Plus récemment, le régime militaire putschiste avait continuellement défié les diktats du gouvernement nord-américain jusquà le pousser à agir de force. Par exemple, Clinton aurait beaucoup préféré que Raoul Cédras et Michel François démissionnent le 15 octobre 1993 au lieu de lobliger à envoyer en Haïti une force dintervention le 18 septembre 1994 pour les forcer à le faire.
Limpérialisme, dordinaire, défend ses intérêts dautant plus efficacement que ses actions sont invisibles, menées en sous main dans la ténébreuse du non-dit. Lintervention militaire directe ne lui est jamais attrayante et est souvent de dernier recourt, puisquelle loblige à déclarer ses intentions, dévoiler ses objectifs et agir au grand jour. Heureusement pour limpérialisme américain, la mission Carter/Nunn/Powell lui a de justesse épargné une trop visible démonstration de ses vilenies en laidant à représenter lintervention comme une simple «assistance amicale», un simple exercice logistique dans sa volonté de «faire du bien» à un peuple ami pour laider à «restaurer la démocratie»! Or, en réalité, lintervention était bel et bien une intervention militaire classique, avec seulement pour différence, comme lexpliquait un porte-parole américain, «la différence entre une porte quon force douvrir et une porte déjà grand ouverte».
Impactes et affects de lOccupation
Au juste, loccupationmalgré laccueil favorable dont elle a bénéficié parmi la population localeaura profondément bouleversé le pays; cela à la fois sur le plan politique, économique, militaire et affectif. Les impactes politiques et militaires sont bien évidents: lavantage stratégique conféré par le contrôle «amical» de lespace militaire et la faiblesse de lÉtat central local par rapport à la fois à la domination étrangère et au procès de consolidation «structurelle» des richesses volées par le ci-devant régime putschiste. Il y a ensuite le choix de développement du pays qui lui est imposé de lextérieur, de par les intérêts proprement corporatifs de limpérialisme et de ses alliés dans la classe dirigeante haïtienne, dont lintervention est venue justement consolider les bases. Il y a, finalement, ce que nous appelons limpact affectif de loccupation, cest-à-dire les multiples tares psychologiques, telles lauto-internalisation de la justification de loccupation, la dépersonnalisation due à la trahison, inévitable, des idéaux et principes sacrés, et, surtout, la résignation quant à la fatalité des situations endurées, y compris lhumiliation de loccupation.
Cétait très déplorable de voir limage de ce célébrant à Port-au-Prince, ancien réfugié tout juste débarqué de Guantanamo, qui venait acclamer Clinton, durant sa visite à la capitale haïtienne. Il louait Clinton comme un homme raisonnable, généreusement motivé pour «aider le peuple haïtien». Il semblait avoir totalement oublié que ce même Clinton quil glorifiait à cet instant est celui-là même qui donnait lordre pour linterner dans un camp de concentration et qui continuait à y interner des enfants dont le seul crime était dêtre des orphelins en quête dun refuge. Le régime doccupation ne saurait se justifier et se compléter sans lacceptation par les occupés de ses bien-fondés et de sa grandeur dâme. On imagine ainsi les conséquences désastreuses de loccupation au niveau des «mythes fondateurs» du peuple, son impact sur son attachement à son image (et prouesses) de résistant inébranlable, sur la fierté nationale du pays.
Tout juste quelques semaines après la deuxième visite Carter/Powell/Nunn, cétait le tour du président Clinton lui-même daller, le 30 mars 1995, visiter lîle pour vérifier et célébrer le butin de sa gloire. La visite a été effectivement déroulée, selon les vux officiels, dans «lharmonie», sous les couleurs de la fête, du triomphalisme, dans lautosatisfaction générale. Cependant, les signaux symboliques émis par la visite auguraient mal de «lharmonie entre grands amis» dont senorgueillissaient ses apologistes. Les circonstances politiques et diplomatiques qui entouraient la visite nétaient pas davantage «harmonieuses», en particulier lassassinat de Mireille Durocher-Bertin et les dénonciations et inculpations publiques du ministère de lintérieur dHaïti énoncées par lambassade américaine trois jours avant la visite, accusant le gouvernement-hôte de meurtre anti-démocratique.
Il y a aussi la requête dassistance dAristide invitant le FBI (le Bureau fédéral dInvestigation, soit la principale force de police de lUSA) à venir investiguer un ostensible crime politique relevant, de ce fait, de la juridiction et des prérogatives de lÉtat haïtien. Finalement, cest laccueil délirant fait au président Clinton, durant sa visite port-au-princienne, par le réfugié haïtien susmentionné. Trois exemples qui illustrent grandement ce que nous appellerions le cercle infernal de lOccupation, cest-à-dire la matérialisation de la domination dans non seulement sa «projection» spatiale, mais surtout son incarnation spirituelle dans à la fois la démence de contrôle des puissants et linternalisation émotive de ses présupposés par les opprimés. Penchons-nous sur eux un peu:
Exemple #1: En faisant appel au FBI pour investiguer lassassinat de Madame Bertin, crime politique intérieur par excellence, puisque menaçant la stabilité politique du gouvernement, Aristide a officiellement entériné la logique de recolononisation dHaïti implicite dans lactuel protectorat. Police fédérale ayant juridiction dans tous les états et territoires américains, le FBI est techniquement un bureau de police en charge des affaires «intérieures» des États-Unis. La sorte dextra-juridiction quAristide lui a conférée en linvitant en Haïti a été bien appréciée par le gouvernement américain, y compris le leadership républicain au Congrès, pourtant critique épisodique de la politique clintonienne en Haïti. La symbolique de lacte ne leur a pas échappée: tout est bien qui renforce le complexe de «grand Blanc» et le fantasme de la «projection de la puissance», très chers aux centurions de lempire américain
Exemple #2: Cétait tout simplement une grande gifle diplomatique et une humiliation politique que de voir lambassade américaine accuser si dédaigneusement le cabinet aristidien d«assassinat terroriste» dans la mort de Bertin. Venant tout juste trois jours avant la visite de Clinton, moment de consécration dune occupation quon présentait comme exemplaire, comme un succès impeccable, laffaire sentait lordure; et la réaction impulsive dAristide navait fait que compliquer davantage limbroglio. Comme la fort justement demandé Raymond Justin, un radio éditorialiste à Boston: À qui profite le crime? Cest clair quil ne profite pas à Aristide, ni à son gouvernement qui fut tant embarrassé par laffaire. Restent deux plausibles réponses: ou soit un règlement de compte interne parmi le camp putschiste, dont général Beaubrun nest pas tout à fait étranger, ou une provocation délibérée de la part dune force occulte pro-putschiste pour déstabiliser le concordat Aristide-Clinton. Dans tous les cas, le gouvernement dAristide est sorti davantage affaibli de laffaire, et la prépondérance américaine dautant plus consolidée, établie, assurée, que les pressions exercées par les forces proto-putschistes lui servent de paravent et de justification dans sa politique de «déterrence» contre la révolte populaire. Aristide avait éventuellement infléchi et détourné la tactique de déstabilisation en coopérant avec laccusation, mais il lavait fait en compromettant la souveraineté nationale du pays, et, du coup, lintégrité de son mandat de porte-parole du peuple
Exemple #3: Le propre dun rapport de domination, comme le sont une colonisation, une occupation ou un protectorat, cest dinculquer au peuple (ou pays) dominé des réflexes de résignation qui internalisent pour ainsi dire les bien-fondés autrement inacceptables des structures et modes de pensée du régime dominant. Ce travail-là est souvent accompli par les mécanismes non-visibles du procès de domination, agissant au niveau des représentations affectives, au niveau du symbole identitaire, au niveau du senti. Le vécu étant toujours en ligne de compte, la domination doit inclure la totale subordination de la conscience à une éthique dinfériorisation, à une auto-dévaluation ontologique, à une déshumanisation. Le camp de concentration ne dit pas seulement à linterné quil ne peut pas se déplacer dun lieu à lautre, il lui signifie aussi quil nest pas partie prenante et intégrante dans la condition inaliénable de lexistence; il lui signifie quil vaut moins que son bourreau, beaucoup moins que même les matériels de restriction qui garantissent son internement. La fragilité socio-existentielle est telle que le signifiant de la chaîne déshumanisante et de lhorreur est perdu dans langoisse de linstant; il sescompte devant la contingence du manque, du besoin de boire, de manger, de vivre en paix. Le repli sur la survie personnelle devient ainsi total. Sartre a appelé cette sorte daliénation la «sérialité», mais cette sérialité devient beaucoup plus problématique (en loccurrence dans le cas haïtien) quand loccupé avait non seulement «invité» loccupant à loccuper, il a aussi adhéré aux logiques de sa pensée de puissance et au projet de société quil préconise. Le système doppression ambiant manipule ces contingences avec une telle dextérité que les opprimés assimilent leurs grilles de référence comme allant de soi, sans questionnement critique. Ainsi, le procès de normalisation de lhorreur saccomplit avec dautant plus daisance quil est présenté comme progrès de lentendement. À cet égard, à entendre aujourdhui les présupposés de la droite réactionnaire, on dirait que tout est bien sous le soleil, il suffit que tout le monde senrichisse, exploite son voisin, élimine ses contradicteurs et ne sengage à aucune action de solidarité humaine!
La Banque mondiale comme «Tonton Noël»
En fait de dépersonnalisation, le grand show dAristide à la Cité Soleil, le 13 juillet dernier, est particulièrement révélateur. Selon plusieurs reportages, on y voyait un jovial et excité Aristide présentant à la populace réunie, ces misérables de lun des plus démunis ghettos de Port-au-Prince, spécialement convoqués pour la circonstance, son grand ami, le bon samaritain ici présent, Monsieur James Wolfensohn, président de la Banque mondiale. Il est présenté au peuple comme un «ami important du peuple», venu pour laider à soulager ses misères. Et Aristide de demander aux pauvres mais dignes désabusés réunis «dapplaudir» ce sauveur de bon cur qui venait de loin! «Opération à la fois horrible et pitoyable», disait Haïti-Progrès, qui y voyait une propagande pro-impérialiste susceptible de renforcer «la mentalité de dépendance au sein de la population, plus conditionnée que jamais à sen remettre à létranger.»8 Ce que cette plate démagogie dissimulait, cétait principalement le fait que la Banque mondialeou toute autre banque du système capitalisteest pratiquement constituée pour, essentiellement organiser, accumuler, gérer et consolider la production des capitaux et des marges de profit quils favorisent.
La problématique de la dette du tiers-monde (conjointement gérée par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et les banques transnationales et régionales spécialisées dans «aide et développement») est ici très exemplaire. Supposément instituées pour «aider au développement» des pays membres, principalement ceux du tiers-monde, ces dettes savèrent de véritables «os de poisson dans le gosier» des peuples, pour employer une image cocasse, sciemment élaborées pour extorquer le tiers-monde et barrer au développement authentique des pays dominés. Comme Castro la montré dans un superbe et fameux exposé sur la «logique, les modalités dopération et la mystification» de la dette, ces soi-disants «aides au développement» sont essentiellement des schèmes tentaculaires dattrape-nigauds élaborés par limpérialisme pour mieux maintenir lexploitation capitaliste des peuples et amplifier létat de dépendance qui leur est imposé. Une sorte de «nouveau contrat négrier» a ainsi pris forme, fonctionnant sur le principe de continuation et de respect des privilèges constitués.
En jouant sur cette basse présentation démagogique pour «réconcilier « les intérêts de la Banque mondiale avec ceux de la Cité Soleil, Aristide a commis une distorsion fondamentale de la réalité politique contemporaine. En manipulant des mots, des concepts, des symboles et sensibilités sacrés et irrémédiablement antinomiques les uns aux autres pour fonder sa fraîchement adoptée philosophie de la réconciliation universelle, cet ancien apôtre de la théologie de la libération et de la vérité, faisait montre dune minable naïveté sur la «vie réelle», tel un prêcheur inconséquent qui napprend rien sur la condition humaine, encore moins sur les différentes configurations et réincarnations de laliénation politique
Élections comme diversion
Jai dit récemment dans un poème quaprès que les classes et secteurs dominants haïtiens (y compris leur allié, limpérialisme) se soient emparés de la maison et eussent dégusté tous les exquis mets servis de la table, ils laissent au peuple les restes des miettes de pain pour se battre dessus. Cest précisément ce qui sest passé en Haïti durant les élections pour la législature. Et quand on voit que presque lensemble des camps rivaux se réclame de lhéritage politique dAristide pour scorer des points, comme sil transcendait la réalité politique, on comprend bien la grande pauvreté intellectuelle et thématique de la campagne électorale.
En fait, la tenue des élection elle-même est une grande mystification, puisquelle présuppose quune élection véritablement démocratique puisse être démocratiquement procédée sous un régime doccupation ou de tutelle étrangère, comme il est le cas aujourdhui en Haïti. Or, quand virtuellement lensemble des richesses et moyens socio-économiques dun pays est à priori accaparé et distribué selon des contrats rigides qui garantissent leur permanence dans le temps et lespace, il est clair que lélection de grands orateurs et des papas-bon-cur ne fera aucune différence. Les lois et intentions de loi sont, en Haïti, pour la plupart des plus progressistes, mais elles sont généralement mises au rebut dans le rapport de force des intérêts constitués et retranchés.
En utilisant les symboles de «pauvres autour de la table garnie» ou du «coq combattant» pour solliciter le vote du peuple, les secteurs électoralistes des organisations populaires acceptent ainsi de jouer le jeu, à leur corps défendant, des fausses prémisses des présentes consultations électorales. Au juste, tout est du mirage dans le processus en cours: gagnants et perdants des scrutins se réveilleront sur la même table rapiécée et dégarnie qui leur est toujours réservée, exceptés, certainement, les déja-privilégiés et les opportunistes qui ne reculeront devant rien pour gagner, y compris vendre leur honneur et conscience et lavenir du pays.
Les petites guerres intestines qui prennent feu à travers la campagne électorale et lampleur déchirante et dégoûtante quelle a prise augurent mal du soi-disant projet démocratique proclamé par les compétiteurs. En fait, comme Allan Nairn lannonçait dans le journal The Nation lannée dernière, linvestissement de la CIA dans la crise haïtienne semble produire aujourdhui beaucoup de dividendes9. Non seulement la cohésion déjà fragile du vaste camp populaire est aujourdhui sérieusement entamée, de plus la confusion mystificatrice est telle que la «référence démocratique» des programmes électoraux ne dépasse guère les limites fixées par les conditions de loccupation; et cela dautant plus que les organes de propagande de celle-ci découragent toute déviance vers une pensée contraire.
Guerre psychologique et «contrôle amical»
Les modalités dapplication de la guerre psychologique inhérente au projet doccupation nont pas besoin dêtre franchement hostiles pour être efficaces, et elles agissent souvent fluidement, en sous main, dans les bamboches nocturnes comme dans le glacier des non-dits des rencontres officielles. Naturellement, dans la présente conjoncture, le grand meneur de jeu américain veut en sorte que tout le monde soit happy, heureux, enivré de gratitude envers ses bonnes uvres, lui lultime garant du statu quo, le grand faiseur de rois et de rêves, le contrôleur absolu des destinées.
Pour atteindre ce but, la menace destabilisatrice posée par les communautés de résistance doit être sinon ratissée du moins maîtrisée, managée, neutralisée. La potentialité endémique des peuples à laction revendicative, contrecarrante, contestataire, susceptible débranler les rapports de pouvoir, est ainsi mise à lindex, désignée comme target, comme cible principale de la politique dite «nouvel ordre mondial», qui nest, bien entendu, rien dautre que la classique politique de domination colonialiste ou de la «projection de la puissance» impérialiste présentée sous des dehors enchanteurs dans son nouveau marketing démocratique, et dans lombre dune guerre de basse intensité. À linstar de la propagande de jadis sur la «Mission civilisatrice et chrétienne» des colonisateurs pour justifier à la fois le génocide des Aborigènes dAmérique et la Traite des Noirs, la nouvelle politique aime beaucoup les images idylliques pour mieux masquer son agenda.
Malgré la grande naïveté de plus dun quant à la soi-disant «motivation généreuse» du gouvernement Clinton dans la crise haïtienne, à la fois les putschistes, la grande bourgeoisie anti-peuple et leur alliés à lextérieur, savent bien, eux, de quoi était fait le ci-devant mouvement lavalas. Ils savent bien que cétait un mouvement de classe et de masse, impulsé par les revendications profondes, historiques, fondamentales du peuple haïtien, ce peuple danciens esclaves rebelles, fiers, insoumis, je-klere, sil en fut. Le grand coup de propagande quils ont pu ainsi emporter est de présenter le semblant assentiment du peuple à lintervention militaire étrangère comme gage dune sorte de «sagesse démocratique» quil aurait nouvellement acquise, cest-à-dire, une volonté daccepter «la force des choses», ces choses étant rien dautre que les bien-fondés de la domination impérialiste et les héritages des deux siècles de rapacité par les classes dominantes et dirigeantes haïtiennes.
Aujourdhui, le mouvement lavalas a perdu beaucoup de sa verve et est très affaibli, tandis quAristide est devenu pratiquement le meilleur courtier et agent dinfluence que puisse se donner limpérialisme américain dans lapplication de son plan pour non seulement Haïti, mais aussi, possiblement, pour le reste de lAmérique latine. La CIA a, aujourdhui en Haïti, lavantage de ne pas avoir à créer de discordes artificielles dans une société si déchirée entre elle-même. En exacerbant les conflits existants dans le camp dit «populaire», en renforçant les classes possédantes dans leur réflexe de la peur des masses et en leurrant les opportunistes vers des délices terrestres, limpérialisme navait besoin quune grande figure morale pour absoudre le projetce quil a pratiquement trouvé dans Aristide, à son grand étonnement.
Naturellement, Aristide nest pas notre ennemi: il nest quune des victimes, parmi tout le peuple victime, de la puissance zombificatrice de loppression. À vrai dire, lascendance morale dAristide sur le peuple le rend particulièrement utile au système de domination. Car par sa prêche de la réconciliation universelle entre le Bien et le Mal, entre exploiteurs et exploités, entre classes dominantes et masses dominées, entre bourreaux et sacrifiés, il croit pouvoir nier et transcender la lutte des classes qui, comme la nature, revient toujours par la fenêtre: par la réalité des sans-abris, des sans-boulots, des malnourris, des malmenés ou des aliénés.
En ce sens, consciemment ou non, Aristide est aujourdhui un allié objectif des oppresseurs du peuple haïtien. Car, comme la amplement démontré lhistoire du monde, loppression ne relâche ses entreintes que quand le rapport des forces ambiant le lui exige. En cela, en prêchant la réconciliation et la soumission pour gober les conflits de classe et dintérêts entre le peuple et ses ennemis de fait, Aristide ne fait que démobiliser le peuple, contribuant ainsi à la consolidation et la permanence de sa condition dopprimé.
Vers un réalignement socio-géopolitique
Ce que nous avons appelé, dans le numéro août-septembre 1994 de Tanbou, le «réalignement socio-géopolitique» de lactuelle orientation de la politique mondiale, sest opéré en Haïti dans une parfaite application. À linstar de lOLP (organisation de la libération de la Palestine) au Moyen-Orient ou du CNA (Congrès national africain) en Afrique du Sud, le lavalas aristidien sest, pour ainsi dire, décervelé de sa substance libérationnelle pour adopter une politique carrément collaborationniste avec lennemi traditionnel de fait. Cest comme si les nombreuses années de lutte, de répression, de tracas et de revers avaient asséné une douche froide au rêve de la libération totale. Ainsi, une multitude danciens guerilleros, rebelles, kamoken ou autres empêcheurs de danser en rond, saffublent aujourdhui de beaux complets de «négociateurs» ou «dhommes de bien» discutant, dans des hôtels luxueux, avec les ennemis de classe, de race ou de place dhier encore, sur la courbe de la bourse ou la dernière provision de marchandise; le FMI devient leur interlocuteur privilégié, et les chancelleries occidentales leur club de vacanciers, tandis que la lutte des peuples, lidéal de changement, les notions de justice, déquité, de dignité, de solidarité et de générosité deviennent simples réminiscences embarrassantes dun temps longtemps «dépassé», révolu
Cela explique pourquoi une bonne partie de la petite bourgeoisie qui au paravent soutenait la cause du peuple, préconisait lintervention américaine avec tant de conviction, croyant pouvoir en tirer déventuels bénéfices. Pour certains, la simagrie de la dite «restauration démocratique» procurait une occasion opportune pour acquérir des pouvoirs sublimés, sinon des richesses faciles, tandis que pour dautres, cétait plus une question de machisme blessé que de lutte politique.
Loin de vouloir condamner en gros les naïfs qui croient quune puissance impérialiste puisse sincèrement soutenir un mouvement révolutionnaire, comme lest la lutte du peuple haïtien, nous voulons seulement rejeter, ici, et avec force, les prémisses qui sous-tendent que les principes de la non-intervention, de lauto-détermination et de lanti-exploitation des peuples soient de simples accessoires qui peuvent être manipulés selon les caprices des puissances et des classes dominantes. Les concessions politiques sont souvent nécessaires dans les situations de conflit, mais rien ne justifie labandon, la trahison, la dévaluation des idéaux et principes qui fondaient lidentité politique, culturelle et affective du peuple.
Naturellement, ces réalignements-là ne servent en rien la cause fondamentale des peuples en question. Ils sont essentiellement dautres formes dattrape-nigauds érigés par les puissants pour refuser aux peuples leur droit à une vie authentiquement libérée des carcans de la servitude, de latroce misère socio-économique et de la zombification.
En résumé, le réalignement socio-géopolique est plus laffirmation, par les élites, de la supposée défaite des peuples, comme sils savouaient vaincus de limplacable étau (et étho) capitaliste, que le truisme «seule solution réaliste» préconisé par ses apologistes comme loi de la destinée. Ainsi, quand Aristide proclame que lobjectif principal de la lutte du peuple est de passer «de la misère à la pauvreté», il avoue en même temps, sans nuance aucune, létat de pauvreté de lambition politique quil a pour le peuple. Certes, la lutte des peuples connaît aujourdhui des revers considérables dans leur affrontement avec le capitalisme triomphant, et quil nest pas question de promettre les étoiles à leur désir de changement; mais à ainsi confiner et restreindre leur ambition, à réduire leur horizon despérance et à limiter leur droit à la justice sociale à un minable «état de pauvreté», curieusement présenté comme souhaitable, voire enviable, cette sorte de discours politique cautionne, consciemment ou non, les états de fait du statu quo dinégalité, justifiant leur permanence dans le temps et lespace.
Cest clair que les petits-bourgeois désabusés et découragés qui prônent aujourdhui labandon de la lutte tirent des bénéfices considérables de leur démission; mais le gros du peuple restera aussi démuni, exploité, malmené et méprisé comme par le passé. Ce marchandage ne lui sert à rien. On lui a seulement enjoint de choisir entre le zenglendo-putschiste qui lui coupe la gorge et lacceptation de la permanence de sa condition dopprimé.
Nous désignons ce réalignement comme «socio-géopolitique,» parce que le dérapage-commérage est fait tant au niveau de la provenance de classe des protagonistes (et du contenu de classe des transactions) quau niveau des enjeux stratégiques, dans les relations entre État à État, inclus dans léquation négociationnelle. Dans le premier cas, le principe de lalignement implique que les classes dominantes (et de facto dirigeantes) des deux parties (par exemple les classes dominantes-dirigeantes israélienne, sud-africaine, salvadorienne ou haïtienne) reconnaissent à ladversaire, hier encore honni (le fedallah palestinien, le combattant noir sud-africain, le guerillero salvadorien ou le lavalassien haïtien), un statut privilégié dans la division de pouvoir; autrement dit, ils lui reconnaissent des prérogatives considérables sur à la fois les biens, les personnes et lorientation politique du pays ou peuple en question. Que la plupart des dirigeants des camps ci-devant rebelles soient souvent eux-mêmes issus des classes dominantes, cela éclaire davantage le tableau.
Cela dit, le réalignement socio-géopolitique est une mascarade qui sévanouira dans le long terme. Prenant forme dans une conjoncture de confusion caractérisée par leffondrement de toute une vision historique sur la destinée des hommes (en loccurrence le communisme ou le socialisme), et doù le rapport des forces pratiques favorise nettement le statu quo capitaliste, mais pas assez percutant pour vaincre totalement, et impunément, la résistance des peuples, les secteurs dominants des pays sus-cités ont trouvé cette idée géniale baptisée pour un temps «compromis historique», selon le jargon de lancien parti communiste proto-capitaliste italien, mais que nous appellerions plutôt «démission historique», où les difficultés objectives (et conjoncturelles) de la lutte des peuples sont utilisées comme justification pour une politique de rapprochement avec lennemi de fait. Le prix de ce négoce est souvent, on sen doute bien, labandon et la trahison des principes et idéaux fondamentaux qui cémentaient lauthenticité de la lutte revendicative des peuples en question.
Pour un projet endogène révolutionnaire, venu de par le peuple
En dernière analyse, tout comme cétait dans lexercice de son droit que le peuple avait massivement voté, contre la volonté des Américains, pour lélection dAristide à la présidence, cest aujourdhui dans lexercice de son droit quil a appelé à lintervention militaire américaine en Haïti, et cela en dépit du fait que cette disposition lui fût dictée par le chantage. Notre désaccord de principe avec lintervention ne diminue en rien cette prérogative. Ce qui nous inquiète, en revanche, cest plutôt la sorte de fatalisme historique qui motivait lacceptation de lintervention, plus particulièrement, le travail de sape psychologique réalisé au sein du peuple par la grande et longue campagne de répression et de mystification dont il fut historiquement lobjet (de la part des classes dominantes et leurs alliés colonialo-impérialistes) et qui aboutissait justement à cet état déplorable où lopprimé justifie lui-même les bien-fondés de son oppression.
Apathie existentielle
En effet, les dégâts matériels et affectifs causés (chez le peuple) par la tyrannie du régime putschiste avaient, à leur tour, engendré une fissure fondamentale dans la fabrique socio-politique de la société haïtienne caractérisée par un état dapathie collectif, fait de tension, de suspicion, dappauvrissement, dinsécurité, dinstabilité, bref un état de terrorisation collective qui, éventuellement, arrivait à miner la volonté de résistance du peuple. Dans de telles conditions, les propositions pro-interventionnistes, présentées non seulement comme une panacée idyllique, mais surtout comme charitables et faisables, avaient beaucoup de chance de trouver une oreille favorable chez le peuple. Les conditions pratiques de la lutte des peuples imposent souvent des choix pragmatiques qui font bon marché des principes et idéaux fondamentaux de la lutte. Le consentement à lintervention militaire américaine en Haïti de lautomne dernier est lun de ces choix.
Ça me fait de la peine quand je vois le grand désarroi et le sentiment de rêves brisés qui semparent aujourdhui dun grand nombre de militants haïtiens, en Haïti comme dans la Diaspora. Certains de ceux-ci, immigrés qui visitent le pays pour évaluer les possibilités dun retour définitif, retournent souvent, avec le cur brisé, après avoir constaté le défaitisme fataliste qui semble être en vigueur, particulièrement au sein du gouvernement lavalas, un gouvernement en qui le peuple continue pourtant de placer tant despoirs.
Fanon avait utilisé les thématiques de la pathologie mentale pour rendre compte des perturbations psychiques engendrées par le système colonialiste chez les colonisés. Un pareil diagnostic peut être aujourdhui fait concernant létat desprit des Haïtiens vis-à-vis ce présent régime doccupation «amical». En fait, il aurait été beaucoup moins traumatique si loccupation avait été franchement hostile, au moins la ligne de démarcation entre lennemi et lami se serait clarifiée, et la résistance dautant impulsée et focalisée. Tandis que, avec cette occupation «dan griyen» éloquemment qualifiée d«option raisonnable», plus le travail systématique, conjointement entrepris, de consolidation structurelle et de conditionnement psycho-existentiel présentement en activation, loppression du peuple est désensibilisée, cest-à-dire perçue et vécue comme routine, voire comme loi naturelle
Un Gouvernement de salut national?
En résumé, et étant donné que pratiquement rien de sérieusement positif ne sortira de ce présent régime politique, dont les élections, y compris la présidentielle, ne font que confondre les données, coiffant ainsi la «victoire» du processus «démocratique» mis en branle par les forces doccupation, et entérinant leur raison dêtre; étant donné que la traditionnelle classe politique haïtienne est aujourdhui totalement discréditée et la présente classe totalement impuissante; étant donné quil y reste une jeunesse encore active qui rêve dun changement authentique; étant donné que le peuple dans son ensemble croit encore dans lidéal révolutionnaire quest le droit à la justice et à une vie décente; étant donné que les richesses du pays sont déjà accaparées et leur répartition déjà assurée dans le choix de société et de développement imposé par le Fonds monétaire international (FMI); étant donné que les conditions de vie du peuple restent inchangées, voire dans bien de cas empirées, sous lactuel régime doccupation et de protectorat; étant donné, finalement, lacuité des problèmes sus-cités et leurs effets dévastateurs sur lavenir du pays, il est clair que le présent régime politique est plus un handicap quune alléviation.
Et compte tenu du fait quune bonne partie de la conscience politique populaire haïtienne est catégoriquement critique envers le régime de protectorat, il est évident que cette recette politique a vécu et quil faut désormais envisager dautres stratégies alternatives pour à la fois sauver la légitimité des revendications historiques du peuple et aider à leur concrétisation dans le temps et lespace. À cet effet, la constitution dun Gouvernement de Salut national dont les membres principaux sont issus parmi la résistance au macoutisme et à la domination étrangère peut être ici très viable, dans la mesure que ce gouvernement puisse à la fois défendre les intérêts du peuple et du pays tout en faisant avancer les échanges commerciaux et la production de la richesse. Naturellement, loin dêtre une panacée, ce Gouvernement de Salut national peut être un total désastre, sil est dégénéré en un club de figurants sans aucune notion ni de ce qui est en train dêtre perdu ni de ce quil faut faire pour le rattraper. Notre suggestion a pour supposition quun tel gouvernement est vraiment représentatif et quil peut défendre et réaffirmer, une fois pour toutes, les droits du peuple (et du pays) à lauto-détermination, à la justice, à légalité politique et sociale, à la dignité, etc., sans tomber dans la démagogie.
En vue du présent processus de recolonisation du pays et de la re-zombification de la conscience du peuple mis en branle par le régime doccupation, nous sommes fiers dêtre parmi ces forces vives, aujourdhui minoritaires mais historiquement avant-gardistes, de la conscience politique haïtienne qui refusent et combattent une telle orientation. Éventuellement, cest cette petite lueur de la conscience nationale, cette étincelle de la résistance, qui fera toute la différence. Car en dépit des revers, des doutes et des désillusions, en dépit de la grande machine de propagande accélérée pour nous vendre notre propre tombeau démerveillement, en dépit finalement de la lâcheté, de la démission et de la pauvreté intellectuelle de la classe politique haïtienne, il reste encore, disons-nous, des hommes et femmes libres qui chérissent encore les idéaux de la révolution et qui veuillent combattre pour la libération totale.
Cest bien dommage que beaucoup des acquis politiques et travaux de conscientisation idéologique au paravent accomplis par la gauche haïtienneen loccurrence ceux touchant à la nature de limpérialismesoient aujourdhui à refaire à cause de la confusion générale créée par la présente conjoncture historique. Mais, heureusement, ça aussi peut être part du projet de redéfinition aujourdhui indispensable.
Cela dit, comme lavant-dernier intertitre lindique, la libération totale du peuple ne peut provenir que dune activité «endogène», cest-à-dire déterminée, instiguée et décidée par le peuple lui-même. Il est clair que le présent régime de protectorat néo-colonialiste, désigné sous leuphémisme «assistance amicale», est une application caricaturale de la traditionnelle politique de puissance de limpérialisme où lintérêt des secteurs dominants sont défendus au dépens des revendications du peuple. Une chose est pourtant sûre: la lutte est loin dêtre décidée. Loin de là. En fait, malgré le semblant dacquiescement du peuple aux discours de la «réconciliation universelle» et ses applaudissement rituels au culte dAristide, le mécontentement sagrandit de plus en plus, et les prises de position de plus en plus critiques, comme le démontre la mobilisation populaire actuelle contre la politique dite «privatisation» imposée par le régime doccupation. Car, malgré la danse et les faux-rires, les conditions objectives de vie du peuple nont en rien changé, et ont même empiré dans bien des cas.
Aussi est-il indispensable que les forces militantes haïtiennes développent une stratégie endogène, cest-à-dire libérée des confinements idéologiques de lactuel pot-pourri réconciliationnel, et capable de subsister en dehors des pièges institutionnels du régime de protectorat. Cela demandera, bien sûr, une reformulation des traditionnelles revendications du peuple, qui demeurent la justice sociale, la démocratie politique et la libération nationale. Une telle reformulation tiendra certainement compte à la fois de la nouvelle donne créée par le statu quo de légitimation de lhorreur et du réalignement entre les anciennes et nouvelles classes dominantes pour perpétuer loppression.
TontonGuy Boston, novembre 1995
| 1. | Cf. Le New York Times, dimanche 26 mars, 1995. La traduction française est de nous. |
| 2. | Cf. le numéro juillet-août 1994 de la revue Tanbou. |
| 3. | Au cours dune rencontre publique joviale dans létat New Hampshire en mai 1995. |
| 4. | CLR. James, Les Jacobins noirs, Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue. Éditions Caribéennes, Paris, France. |
| 5. | Cf. Our Payroll, Haitian Hit, The Nation, édition 9 octobre 1995. |
| 6. | Haïti-Progrès, 28 septembre4 octobre 1994 |
| 7. | Cf. The New York Times du 22 septembre 1994. |
| 8. | Haïti-Progrès, «Aristide et le président de la Banque mondiale main dans la main», juillet 19-25 1995 |
| 9. | Cf. The Nation, «OccupationHaiti», Allan Nairn, 3 0ctobre 1994. Daprès cet article: «Aujourdhui [1994] la CIA est en train dengrossir sa station en Haïti, y dépêchant de plus en plus de cadres et recrutant de nouveaux agents. Bien quils soient apparemment là pour aider loccupation, beaucoup de ces fonctionnaires resteront [au pays] jusquà ce que lordre politique est assuré». |
