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Le spectacle mois créole haïtien 2012 à Montréal

La célébration du créole en Amérique du Nord

—par Frantz-Antoine Leconte, Ph.D

Le mois du créole à Montréal, activité originale, devient l’événement majeur du Comité International pour la promotion du Créole et de l’Alphabétisation (kepkaa). En effet, depuis une décennie, le mois d’octobre est consacré, non seulement à la célébration, mais aussi à la mise en valeur du patrimoine créole québécois et canadien. Ces multiples activités tendent surtout à l’épanouissement de la personnalité humaine en favorisant la compréhension, la tolérance, la fraternité et l’amitié entre les peuples, et particulièrement entre tous les créolophones, des Antilles à l’Océan Indien.

Les statistiques ne trompent pas. Il existe dans le monde près de 20 millions de créolophones à base lexicale française. On relève du Canada 200.000 qui sont originaires d’Haïti, de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Dominique, des îles Seychelles, de l’île Maurice, de la Guyane française, des îles Rodrigue, de Sainte Lucie et d’ailleurs. D’où vient cette tradition festive du créole ?

L’histoire récente nous apprend que le Comité Bannzil Kreyòl, réuni du 22 au 28 mai 1983, à Lafayette en Louisiane, a décidé d’adopter la tradition de l’île Dominique de célébrer le jour du créole le dernier vendredi du mois d’octobre. Si Montréal a inauguré à cet effet des festivités pluridisciplinaires en octobre 2002, elles ont présenté presque toutes les formes d’art : la peinture, la sculpture, le théâtre, la littérature, la musique, l’écriture, la danse, la mode et la gastronomie. Cette redécouverte de tout un pan de l’identité créolophone a pu rythmer durant tout le mois la vie culturelle montréalaise.

En 2012, ces manifestations redoublent de synergie avec la complicité, sinon la bénédiction du premier citoyen de Montréal, le maire Gérald Tremblay qui apprécie la tonicité de la culture créole. Son message inclusif « Nous sommes heureux d’accueillir chez nous spécialistes et artistes venus du monde entier participer à cette célébration unique des savoirs et des traditions, des écritures et des sonorités, des gestes et des images qui rendent compte de la vitalité de la culture créole » est allé droit au cœur. Les journées d’ouverture ou de lancement (30 septembre, 1, 2, 3 octobre) se sont distinguées par une grande exposition de peinture d’une quarantaine d’artistes très divers. Ensuite, la mélodieuse soirée de poésie des femmes créoles de Montréal au Balattou du 4 octobre. L’unicité de la soirée réunionnaise du 6 octobre. Le lancement de livres à la bibliothèque Saint-Michel et la soirée originale de poésie des îles de l’Océan Indien et des Antilles du 7 octobre. La belle causerie littéraire du poète Saint-John Kauss du 12 octobre. La divertissante fête créole des « ti-moun » de Montréal du 13 octobre. La chaleureuse conférence : présentation de la lyrique des Antilles du 15 octobre. La joyeuse conférence : musique et danses de la Martinique du 17 octobre avec Sully Cally et Rebecca Arrouvel. La littérature créole, de La Havane à Washington où Hilario Batista Felix (Cuba), Lyonel Desmarattes (Washington) se sont surpassés en poésie et au théâtre. Le récital, la lyrique des Antilles a provoqué le 18,19 et 20 octobre 2012 un ravissement musical incomparable. La Réunion au salon du tourisme de Montréal a pu identifier les sites de cette île qui appartiennent au patrimoine de l’humanité le 19, 20 et 21 octobre. Cuba : le créole et les descendants haïtiens, conférence extraordinaire de Hilario Batista Felix, poète et journaliste cubain, le 19 octobre. La très utile clinique de santé au kepkaa, le woumble, detant, koze kreyòl, la tradition bèlè, Martinique, la pétillante soirée de jazz caraïbe à la Maison du jazz de Montréal et le grand spectacle avec Carole Demesmin et la troupe Ekspresyon devaient culminer à l’éblouissante clôture de la onzième édition du mois du créole dédiée à Jérémie. Cette excellente table ronde consacrée à cette célèbre ville du Sud d’Haïti, à son passé et à ses poètes, a corroboré les talents et la connaissance des historiens et écrivains Ghislaine Charlier, Frantz Voltaire, Raymond Chassagne et Eddy Cavé.

Cette grande réussite de 2012 qui a surpassé les précédentes, on la doit surtout à Pierre-Roland Bain, à la dynamique équipe de La Librairie Kepkaa et à d’autres associations de Montréal dont l’efficacité et le niveau de coopération ne sont plus à prouver et aux ingénieux artistes et écrivains profondément engagés aux cultures créoles.

Si le spectacle montréalais a pu régaler les créolophones pendant un mois, celui de la Grosse Pomme, tenu le samedi 27 octobre 2012 à Brooklyn College, l’un des joyaux de l’université de New York, sera de nature plus concentrée, intense et voire psychédélique. Le titre le confirme d’ailleurs. « Inivèsite Kreyòl Pendan Yon Jounen » ne pourrait transcender 24 heures. Les membres de Africana Studies Department de Brooklyn College, NYS Language RBERN@ NYU, Haitian Educators League for Progress, The Vertieres Group, HAFECE, Fondation Mémoire, Société Haïtienne de Recherches et Voix et Tambours d’Haïti ont conceptualisé, planifié et exécuté avec le bibliothécaire, Jean Refusé, cette extraordinaire activité culturelle d’un commun accord.

Université d’un jour, conférence qui comprend trois sessions différentes et des ateliers tout-à-fait édifiants, a réuni bon nombre de gens de la communauté haïtienne et une grande majorité d’enseignants actifs et retraités de tous les niveaux. De véritables chercheurs sont montés au créneau pour une plus grande satisfaction des invités.

Aménagement linguistique, traditions, standardisation : théories et pratique

Au cours de cette première session, le professeur Hugues Saint-Fort dans sa prestation « L’idéologie de la langue en Haïti : son influence sur l’orthographe, la grammaire et l’usage dans la langue créole », a discuté de certains problèmes fondamentaux que provoque l’essor continu du créole haïtien, notamment l’extrémisme et la passion de certains locuteurs. Le professeur Yves Raymond—de façon brillante—a plutôt mis l’accent sur certains pièges de la traduction de l’anglais vers le créole et vice-versa et leurs implications légales

Réflexions sur la littérature créole et le créole dans l’enseignement

Le professeur Cauvin Paul a parfaitement illustré certains aspects problématiques de la littérature créole à travers des textes fondateurs de Franketienne, Jean-Claude Martineau et Serge Madhère, des écrivains natifs du pays. Si Marie-Lily Cérat—qui vient du cycle d’études supérieures de CUNY—a pu nous révéler le rôle historique du créole dans la révolution haïtienne et l’indépendance de 1804, Paul Corbanese, avec simplicité et précision, a parlé de l’état de la publication créole au pays et de l’application indispensable de l’orthographe officielle du créole par les locuteurs.

Travaux de recherche sur le créole et l’emploi de la langue

Si le professeur Rozevel Jean-Baptiste a clairement montré au-delà de tout doute la confusion que provoque le curieux mélange ou hybridation linguistique des commentateurs haïtiens dans les médias, le psychologue Ménès Déjoie, par une éblouissante étude sur les proverbes, a enflammé l’assistance qui n’a pas voulu cesser ses ovations nourries à son endroit. La dernière intervenante, Myriam Augustin, a éclairé la perception du créole et du français dans le milieu estudiantin et surtout une sorte de traumatisme linguistique qu’éprouvent les étudiants et qui provient de l’ostracisme ou d’un phénomène de dévalorisation systématique de tout ce qui est haïtien.

Le professeur Frantz-Antoine Leconte, l’auteur du présent reportage, qui assure la clôture, fait un compte rendu chaleureux des débats, en annonçant la création par HAFECE d’un prix de littérature d’expression créole qui récompensera un essai ou un roman à la prochaine édition du jour du créole en octobre 2013.

Enthousiasme délirant de l’assistance qui répond aux instructives prestations des intervenants, ovations nourries, sourires et fierté des organisateurs, bonheur presque parfait : tous, des signes de la réussite du jour du créole. La communauté haïtienne de New York venait d’entreprendre, à l’instar de la communauté créolophone de Montréal, une démarche de solidarité linguistique et civique par une ingénieuse instrumentalisation de la culture créole.

—Frantz-Antoine Leconte, Ph.D

Une passerelle traverse la Chute Montmorency, au nord-est de la ville de Québec, dans le parc éponyme.
Une passerelle traverse la Chute Montmorency, au nord-est de la ville de Québec, dans le parc éponyme. —photo par David Henry.
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