Doumafis Lafontant
| A |
u risque sismique il faut ajouter le risque dêtre dépassé par ce qui advient dans ce monde qui change.
Tout le monde se souvient des premiers jours après le tremblement de terre où une grande partie de la population a déambulé dans les rues avec un visage collectif abattu, tandis que le gouvernement dHaïti brillait par son absence. Il a fallu beaucoup de temps pour que les leaders, officiels et autres acteurs du pays, se ressaisissent. Alors, dès le premier jour après le 12 Janvier 2010, lon peut conclure que bon nombre dHaïtiens ont été dépassés par le cataclysme sismique.
La question que lon doit essayer de répondre est la suivante : était-il possible déviter tant de pertes de vies humaines et de destructions de biens?
Loin dêtre le seul à répondre à cette question, notons que le cri dalarme a été auparavant sonné par lingénieur Prepetit et autre fonctionnaire de lÉtat, mais lÉtat haïtien avait fait la sourde oreille. Daprès nous le gouvernement dHaïti devrait constituer une commission pour étudier cette faille qui avait empêché que les previsions de tremblement reçoivent lattention qui eut été nécessaire pour éviter tant de pertes et éduquer la population sur les précautions à prendre. Limpératif de lavancement exige une meilleure gestion de la communication et de linformation surtout technologique. Sans doute, cest par la communication que lon arrivera à styliser « Ayiti Cheri » afin que la vie change.
Nous ne pouvons nous payer le luxe dignorer les signes avant-coureurs que la nature constamment nous envoie. Bien avant ce tremblement de terre meurtrier, il y a eu les pluies diluviennes qui emportent tout sur leur passage. À ces signes il faut ajouter lexploitation effrénée des carrières de sables, et plus dun mènent une vie chargée dangoisse à cause dun éventuel éboulement de la Montagne Hôpital que pourrait causer le surpeuplement sans contrôle. Daprès nous lÉcole haïtienne devrait avoir comme objectif principal létude des tendances en habitat, en sécurité alimentaire, en santé et éducation publique.
Bref, conscient du péril et du défit auquel le peuple doit répondre, nous devons aller droit au but pour pointer du doigt la nature passive de lÉtat haïtien et le changement dont le gouvernement essaie dopérer. Il nest pas une surprise pour quiconque que la domination effrénée, particulièrement celle du néo-libéralisme, nuit à la qualité de la vie en Haïti. Par exemple, lon peut demander comment se fait-il que lÉtat haïtien narrive-t-il pas à suspendre le déboisement ? Sans doute, cest à cause des grosses têtes qui se cachent derrière ce système de subjugation par la privatisation, tandis que les paysans restent dépossédés, sans accès à un salaire, à largent, au capital que ce soit économique, social, etc. Or ladhésion à la Commission Intérimaire pour la Reconstruction dHaïti (CIRH), qui sera co-présidée par le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive et lancien président américain Bill Clinton, a été faite par offre dappel. Nous voulons dire quil serait nécessaire que la population sache que le gouvernement, y compris le parlement de la République dHaïti, a vendu le pays à ces pays membres de la dite Commission
Au moins la question doit être posée. Mais face à cette réalité il y a tendance à répéter « il faut que ça change » à tout bout de champs. Mais daprès plus dun, le changement est désordonné, bien quil y ait un ordre caché. Doù la nécessité pour nous autres dêtre présents partout, darticuler des valeurs intrinsèques au pays, dexpliquer les caractéristiques dindépendance entre lespace et le temps, et défendre le principe dopposition contre les conditions de misère où vit la majorité de la masse.
De ce fait, nous proposons que le dépassement nest autre que la pratique du prochain. Si lon ose poser la question par qui est-on dépassé ? On peut répondre que lon est dépassé par notre prochain.
Quand nous parlons de Dépassement, nous ne voulons pas dire dépassement de génération, comme quoi nous nallons pas voir lidéal dont nous aspirons, mais nos enfants bénéficieront de nos efforts, parce que nous sommes convaincus que les images de lesprit dun temps ne tiennent pas compte de lespace-temps.
Ce qui veut dire donc, la Pratique du Prochain se fait par le dedoubleman dont le peuple fortement africain dHaïti est très familier. Vous voyez cette approche na rien de linéaire comme lexemple des phares de la circulation du rouge au vert de Laroche. De préférence le prisme quutilise notre peuple pour regarder lobjectif de la réalité est différent de celui mentionné plus haut. Par exemple, en reconstruisant Ayiti les Africains ont conçu le concept « Nanginen », ce qui veut dire, ils passent de Saint Domingue à Ayiti sans pour autant effacer certaines valeurs africaines qui restent dans Nanginen. « De bò isit a laba se menm » (Laroche, 1984). Nanginen cest AfrikAyiti.
Ayiti, ou plutôt Nanginen est belle et bien la fille aînée de lAfrique. Cette observation peut être considérée comme une métaphore, sans hésiter on peut parler dune praxis pour le développement autonome dune culture et dune nation léguées au monde par les ancêtres comme don dune société humaniste.
En conclusion, nous pouvons concevoir la Pratique du Prochain comme tête pensante dune vie qualitative, pour cela le Dépassement se différencie du changement quantitatif (Alexis, 1956), par exemple standard de vie, produit national brut, pays plus riche, etc. Cette façon de voir la réalité humaine nous laisse avec le souvenir de notre cher pays et ses paysans:
« Ayiti Cheri pi bon peyi pase ou nanpwen. Fòk mwen te kite ou pou m te kapab konprann valè ou. Fòk mwen te lese ou pou m te kapab apresye ou »
« Choukoun se toun marabou. Zye li klere kou chandèl. Mwen di syèl a la bèl moun. Li di m ou trouve sa. » « Ti zwazo nan bwa ki tape chante »
En terme concret, cest à la mémoire des combattants de la liberté que la reconstruction dHaïti doit être entamée pour quil ny ait plus décart entre le milieu et ceux qui y vivent. Maintenir léquilibre entre les forces internes et les opportunités externes est une condition sine qua non pour une qualité de la vie totale, caractérisée par lespri du byen mennen mond lan ; ce qui veut dire, lunité se fera sur une base juste et équitable, mettre une fin à toute forme de violence, établir une relation significative avec son prochain, etc.
