Février 2010
FONHDILAC
Le contexte
La République dHaïti occupe le tiers occidental de lîle dHaïti (Quisqueya) dans la Mer des Caraïbes sur une superficie totale de 27.750 km2. La population haïtienne était estimée à 9.8 millions dhabitants en 2009 alors que le pays ne comptait que 3 millions de personnes en 1950. Cette forte croissance démographique se traduit en une forte densité d´environ 350 habitants par km2. Malgré une tendance à lurbanisation progressive, la population en milieu rural représente encore 60% de la population totale.
Le pays est administrativement divisé en dix (10) départements. Parmi ces 10 départements, celui de lOuest à lui seul absorbe 39% de la population totale avec une très forte concentration dans laire métropolitaine de Port-au-Prince (25% de la population).
Située sur la route des cyclones, Haïti est régulièrement victime des ouragans. En 2004, elle a fait les frais de deux inondations majeures suite à des phénomènes climatiques exceptionnels à Mapou/Fond Verrettes en mai et Gonaïves en septembre qui font plus de 4.000 morts. En 2008, elle a été dévastée par quatre tempêtes tropicales (Fay, Gustave, Hanna, Ike) ayant frappé neuf (9) des dix (10) départements du pays. Ces ouragans dévastateurs avaient fait, daprès les organisations humanitaires, plus 800 morts, 800.000 sinistrés et causé des pertes matérielles estimées à environ1 milliard de dollars américains (15% du PIB).
Haïti est une fois de plus frappée par une catastrophe naturelle. Il sagit cette fois-ci dun séisme de magnitude 7.3 sur léchelle de Richter survenu le 12 janvier 2010 à 16h50. Il a été suivi de plusieurs répliques dont une de magnitude 6.0 le 20 janvier à 6h00.
Diverses régions et populations sont directement affectées par ce tremblement de terre: les 20 communes du département de lOuest, les 10 communes du département du Sud-Est. Limpact a été particulièrement sévère à Port-au-Prince, Léogâne, Pétion-Ville, Delmas, Carrefour, Gressier, Grand Goâve, Petit Goâve, Jacmel.
Des dégâts considérables sont ainsi enregistrés, 60% du PIB du pays selon le Premier Ministre, Joseph Jean Max Bellerive. Selon les dernières estimations des autorités haïtiennes en date du 2 février 2010, le tremblement de terre a fait des dizaines de milliers de morts (au moins 200.000), 300.000 blessés, 4.000 personnes amputées, plus dun (1) million de sans abris, 250.000 maisons détruites, au moins 23 centres hospitaliers effondrés, des écoles, des églises, des maisons de commerce, des banques et des bâtiments publics effondrés. Plus de 500.000 personnes qui résidaient à Port-au-Prince ont fuit la capitale.
Selon une note du Collectif dauteurs haïtiens-québécois « Au-delà des pertes humaines et matérielles, cest la continuité et la légitimité du gouvernement, la souveraineté de lÉtat et lavenir indépendant dHaïti qui semblent sêtre momentanément en partie effondrés.
Cest tout cela quil faudra reconstruire: des communautés locales et une nation intégrative, des réseaux de communication sociale et des centres de culture, des institutions politiques et la souveraineté fragilisée de lÉtat, en plus des infrastructures et structures. Bref, reconstruction sentend construction dune autre société. Qui peut construire cette société nouvelle et a la légitimité pour le faire? Évidemment, le peuple haïtien unifié, soutenu par la solidarité internationale. »
Ce « plaidoyer pour la refondation de lÉtat dHaïti selon une vision haïtienne », présente des propositions de solutions qui tiennent compte des aspects durgence, de relèvement, de reconstruction/développement parfaitement imbriqués les uns dans les autres jusquà leur finalité, le développement durable et harmonieux du pays. Il est le fruit de réflexions des professionnels de la FONHDILAC complétées par les réflexions dautres professionnels haïtiens et étrangers.
Ce plaidoyer est articulé autour de (i) une vision de la nouvelle Haïti, ii) la décentralisation par le biais des 41 arrondissements, (iii) la déconcentration administrative, (iv) le déplacement de la Capitale au centre du pays, (v) la réalisation du plan daménagement du territoire et des plans directeurs des 41 arrondissements et la réorganisation du pays en trois régions, nord, centre et sud, (vi) la proposition de mise en place de lAutorité dAménagement Global dHaïti (État, Secteur Privé, Société Civile et Diaspora) appuyée par la communauté internationale,(vii) la nécessité dune grande concertation nationale, (viii) la tentative de chiffrage de la refondation, (ix) le calendrier de mise en uvre de la refondation, (x) les risques et la gestion des risques.
1. Une vision de la nouvelle Haïti
En ce début du 21ème siècle et du 3ème centenaire de lindépendance nationale, la vision dHaïti à promouvoir est celle dun pays moderne, administrativement et économiquement décentralisée, politiquement stable et bien intégrée dans le concert des nations, qui serait lexception de la Caraïbe au triple point de vue politique, économique et culturel et où il ferait bon vivre.
En termes denvironnement et de qualité de vie, la nouvelle Haïti devra être dotée despaces verts, dinfrastructures de loisirs et de sports adéquats tant en quantité quen qualité. Le réaménagement complet du bord de mer de la nouvelle ville de Port-au-Prince (malecon) nest plus un rêve et peut devenir une réalité, de Cité Soleil jusquà Mariani. Linstauration de zonage (zones protégées, dont le Morne de lHôpital et la Plaine du Cul-de-Sac, zones industrielles et commerciales, zones résidentielles) permettra de reconstruire une ville conviviale, en harmonie avec lhomme. Et ceci est valable pour lensemble des arrondissements, surtout ceux situés au bord de mer.
Port-au-Prince est victime de son obésité et le pays de sa macrocéphalie. La concentration de toutes les institutions et de toutes les activités économiques à Port-au-Prince a occasionné une perte denviron 60% du PIB en moins dune minute dans la zone métropolitaine et les 70 % du pays non touchés restent jusquà date paralysés. On ne peut donc plus reproduire le même modèle après le 12 janvier ; cest un autre pays quil faut concevoir et bâtir.
Le tremblement de terre nous a montré le danger que représente cette concentration de population dans la zone métropolitaine1 ; il faut absolument faire quelque chose, non seulement pour stopper le mouvement de migration vers la capitale, mais même pour renverser le mouvement. Cela peut paraître utopique, pourtant cest une réalité à laquelle nous devons faire face.
Pour cela il faut agir sur les deux principaux facteurs à lorigine de lexode vers Port-au-Prince :
- Labsence dinfrastructures de base et de services,
- Le manque dopportunité demplois (chômage).
Pour labsence dinfrastructures adéquates et de services, il sagit déquiper les villes de province, en commençant par les chefs lieux darrondissement. Là, nous sommes en plein dans la décentralisation. Depuis des décennies quon en parle, le moment est venu de sy mettre vraiment.
2. La décentralisation par le biais des 41 arrondissements
La décentralisation est prévue par la Constitution de 1987. Selon certains experts, la décentralisation à lhaïtienne va plus loin dans sa conception que celle pratiquée en France. Pourtant, lÉtat Haïtien depuis 19872 est très réticent à la mise en uvre de cette décentralisation à trois niveaux, départemental, communal et section communale. Avec ce tremblement de terre, il est évident que le salut du pays passe par la décentralisation. Alors, axons cette décentralisation autour des 41 arrondissements.
Il sagit de doter ces 41 villes déquipements dans les domaines :
- de léducation : écoles, lycées voire universités ;
- de la santé : centres de soins durgence, dispensaires, hôpitaux ;
- de lapprovisionnement en services de base : eau, énergie, communication ;
- de ladministration publique : complexes administratifs dignes de ce nom, de manière à ce quon ne soit pas obligé de se rendre à Port-au-Prince pour la moindre démarche ou à la nouvelle Capitale au centre du pays. En bref, il faut renforcer la déconcentration des services.
3. La déconcentration administrative
La décentralisation va de pair avec la déconcentration administrative ; et celle-ci pourrait être entamée tout de suite. Le séisme, par sa violence en détruisant les infrastructures administratives, en forçant la plupart des cadres à rejoindre leur patelin, a dun autre point de vue, fourni une opportunité à saisir. LÉtat Haïtien a intérêt à mettre en place une politique dincitation en donnant des moyens à tous les cadres qui voudraient retourner travailler au niveau des structures déconcentrées de lÉtat, en équipant ces structures et en déplaçant la majorité des activités au niveau des chefs lieux darrondissement.
La déconcentration administrative implique le déplacement des cadres vers les structures de province des Ministères, établissement de campus universitaires dans les provinces en mettant le paquet sur la structuration des villes de province en vue de la reconstruction globale du pays. Cest la déconcentration au service de la décentralisation.
Il sagit donc de Restructurer et de refonder lÉtat3. En dautres termes, ce mouvement reforme de lÉtat et decentralisation suivant les orientations des prescrits constitutionnelsdoit sappuyer sur les pistes tracées par la Commission Nationale à la Réforme Administrative (CNRA) sur le concept dÉtat-Stratège organisé autour de:
- une administration centrale avec pour mission essentielle de déterminer les stratégies dintervention, les moyens de mise en uvre, de suivi et de contrôle;
- une administration déconcentrée (Délégations et vice-Délégations, Directions Départementales des Ministères) exécutant les stratégies élaborées par le pouvoir central ;
- une administration décentralisée appuyée par ladministration déconcentrée pour offrir des services de proximité à la population à léchelle du pays.
4. Le déplacement de la capitale au centre du pays4
La position géographique idéale de la Nouvelle Capitale dHaïti, en se référant à la carte des failles pourrait être lune des options suivantes ou une combinaison doptions : Marchand Dessalines (option qui semble faire lunanimité), Savane Diane, la seule zone vierge du pays, cest loption proposée par lactuel Ministre de lAgriculture, Joanas Gué, Mirebalais ou lAxe Capitale de lIngénieur Brunet Georges4.
Cette proposition de Brunet Georges apparait très pertinente et innovatrice, lAxe Capitale sera constitué de lancienne Capitale Impériale, Marchand Dessalines comme Capitale Politique et siège des grandes administrations publiques, Petite-Rivière comme Capitale Législative et Verrettes comme Capitale Judiciaire, Mirebalais pourrait être le siège des grandes institutions de services.
Cet Axe Capitale serait doté de tous les équipements nécessaires : de nouveaux axes routiers joueront un rôle important dans ce réaménagement, une autoroute à grande circulation sera construite reliant Belladère, Mirebalais, Verrettes, Petite-Rivière, Marchand-Dessalines et rencontrerait la Nationale No 1 au niveau de Barrière Bachou, de deux ports ouverts au commerce extérieur sur les rivières Artibonite et lEstère au niveau de Pont Sondé et de Pont lEstère à la manière de la Seine à Paris, dun aéroport dans la partie haute de la Savane Désolée, dune nouvelle centrale hydroélectrique susceptible dalimenter les nouvelles installations, fournir de lénergie pour leau potable, pour lirrigation du haut plateau et/ou la Centrale Hydro-électrique de Péligre en augmentant sa capacité pour une meilleure exploitation énergétique.
À remarquer que quelle que soit loption adoptée, la Nouvelle Capitale à la manière de Brasilia se retrouverait au centre du pays dans des endroits à labri des cyclones et des tremblements de terre et devrait rentrer dans un plan global daménagement du territoire bien pensé.

5. La réalisation du plan daménagement du territoire et les plans directeurs des 41 arrondissements et la réorganisation du pays en trois régions nord, centre et sud.
Dans le Document Stratégique National pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP : 4.3 milliards dUSD), il était prévu de réaliser le plan daménagement du territoire. Ce travail était en cours au ministère de la planification, il serait intéressant de le reprendre et de ladapter à la nouvelle donne créée par le séisme. Une « Autorité dAménagement Global dHaïti » (réf.6) sassurera de la finalisation de ce travail par la réalisation du plan daménagement du territoire, par lélaboration des plans directeurs des arrondissements et par la réorganisation du pays en trois régions : la Région Nord (Nord, Nord-Est et Nord-Ouest), la Région Centrale (Artibonite et Centre) et la Région Sud (Ouest, Sud-Est, Nippes, Grande-Anse et Sud). Chaque région sera traitée selon sa vocation et ses potentiels comme un pôle de croissance et de développement. Elle sera dotée des équipements et ressources nécessaires pour son développement harmonieux en synergie et complémentarité avec la région voisine. Le tout sera la réplique exacte de la vision dégagée dans ce plaidoyer qui pourrait sintituler : «Haïti, la perle des Antilles ou lexception culturelle de la Caraïbe ».
On parle beaucoup du problème foncier et certaines personnes pourront réagir à la proposition de Brunet Georges, en exprimant la crainte que les gens ne viennent construire sur les terres agricoles le long de lArtibonite.
Par ailleurs, avec leffondrement de la DGI, on peut se demander ce que sont devenues les archives de la Direction du Domaine (terres de lÉtat) et de la Conservation Foncière (terres privées).
Une proposition est de refaire le geste de Dessalines. Toute la terre du pays est déclarée propriété de lÉtat ; le pays est « mis en quarantaine », comme on le dit de terres en conflit. Toute transaction est interdite. Au cas où cela pourrait paraître trop radical, on peut présenter cette décision comme une mesure transitoire, en attendant que les services soient mis en place, au niveau des arrondissements, qui auront pour fonction de :
- Vérifier les titres de propriété,
- Autoriser les transactions.
Une telle mesure facilitera également la mise en uvre du plan daménagement du territoire qui aura à déterminer :
- Les zones propres à la construction et au développement urbain,
- Les zones réservées à lagriculture,
- Les zones propres à une économie agro-sylvo-pastorale,
- Les zones réservées à la forêt.
Au point de vue économique, Haïti pourrait redevenir un grand centre économique caribéen et émerger comme une place financière régionale, voire internationale. La nouvelle Haïti devra être dotée dinfrastructures urbaines, de voies de communication, de ports, et de marchés publics modernes et adéquats.
Ici nous touchons au deuxième grand facteur à lorigine de lexode vers Port-au-Prince : le chômage. Nous attachons donc une grande importance à la création demplois en dehors de la capitale actuelle.
À la 2è partie de la phase humanitaire, nous avons un premier champ daction pour les travaux HIMO5 sur les infrastructures endommagées, sur le modèle de ce qui a été fait suite aux cyclones de 2008. Un deuxième grand chantier sera celui de la construction et de léquipement des villes de province qui auront été choisies. Une fois les infrastructures mises en place, il faudra doter les différents services de personnel. Ainsi, on va passer de lHIMO pour les urgences à la création demplois permanents. Ici, nous insistons pour dire quon peut faire de lHIMO dans le cadre du développement durable (réf. www.jrjean-noel.blogspot.com), surtout avec labondante main duvre dont dispose le pays qui pourrait être absorbée dans le cadre de création de centaines de milliers demplois dans lirrigation, les routes tertiaires, lenvironnement, lassainissement, ladoquinage de rues dans des villes et sections communales.
Mais, pour nous, limportant est le développement des filières agricoles. Sur ce point, la boussole est le programme spécial durgence et dappui a la production alimentaire en haiti en réponse aux quatre cyclones de lété 2008 et au tremblement de terre du 12 janvier 2010 et à lintégration des populations déplacées. Et chaque ministère aurait dû élaborer un programme du genre pour mieux orienter son action et en profiter pour amorcer la déconcentration administrative du pays.
Au point de vue politique, nous pouvons visionner une Haïti qui abriterait des Institutions politiques régionales et où se tiendraient régulièrement, grâce à une diplomatie forte et à la stabilité du pays, des conférences internationales et régionales. Doù la nécessité pour lÉtat de commencer par mettre en place une autorité daménagement global dHaïti.
6. La proposition de mise en place dune autorité daménagement global dHaïti appuyée par la communauté internationale
Dans ce chapitre, la FONHDILAC reprend la proposition de Daniel Altiné6 en remplaçant Grand Port-au-Prince par Haïti et en adaptant le texte. Dans cette perspective, un engagement majeur que les haïtiens doivent prendre est celui déviter limprovisation et de penser systématiquement la reconstruction de leur pays, selon un plan daménagement global. La décision logique qui découle de cet engagement serait de mettre en place une autorité constituée qui présiderait à cette reconstruction. Aussi, proposons-nous la création, par lÉtat haïtien, dune entité dénommée Autorité dAménagement Global dHaïti, au moyen dune loi votée par le Parlement.
Cette Institution publique, qui exercerait sa juridiction sur le territoire, serait :
- de nature partenariale, au sens où son Conseil dAdministration (de 13 membres au maximum) regrouperait des représentants du secteur public, des personnalités du secteur privé, de la société civile et de la diaspora, choisies sur la base de leurs compétences et réalisations professionnelles ;
- dotée des pouvoirs nécessaires pour décider des grandes orientations en matière daménagement de la nouvelle Haïti, après avoir pris soin, évidemment, de mener les consultations et audiences publiques (hearings) appropriées. En ce sens, lInstitution aurait une fonction exécutive, et non consultative.
Missions de lAutorité dAménagement Global dHaïti
En phase avec pareille vision, lAutorité dAménagement Global dHaïti aura pour mission principale de :
- penser, faire des choix, décider des grandes orientations, concevoir et faire valider le plan global daménagement devant baliser la construction de la nouvelle capitale haïtienne, selon les règles et normes durbanisme ;
- planifier, organiser, coordonner et contrôler lexpropriation despaces et prendre toutes autres mesures nécessaires à la mise en uvre du plan daménagement global du pays;
- sassurer que la reconstruction de la nouvelle capitale haïtienne se fasse en tenant compte des normes de construction, des risques sismiques pour les villes se trouvant sur les failles ou tout près des failles comme Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Léogane, Jacmel, Petit-Goâve, etc., des zones protégées et de limpact environnemental et, à cet effet, délivrer les permis de construction et prendre toutes mesures de coercition nécessaires.
Organisation de lAutorité dAménagement dHaïti
LAutorité dAménagement Global dHaïti serait établie par une loi votée par le Parlement et constituée de :
- un Conseil dAdministration (CA) de treize (13) membres composé du :
- Ministre de la Planification et de la Coopération Externe, Président
- Ministre de lÉconomie et des Finances
- Ministre des Travaux Publics, Transports et Communications
- Ministre de lIntérieur et des Collectivités Territoriales
- Ministre du Commerce et de lIndustrie
- 3 personnalités du secteur privé issues chacune dune des 3 régions proposées
- 3 personnalités de la société civile issues chacune dune des 3 régions proposées
- 2 personnalités de la diaspora
- un Conseil Consultatif Technique (CCT) qui se rapporterait directement au CA et aurait pour rôle principal de le conseiller sur les choix et orientations en matière daménagement. Organisé en comités sectoriels (infrastructures urbaines et transports, loisirs et culture, environnement, protection civile, conseil juridique, etc.), ce Conseil dexperts regrouperait des urbanistes, ingénieurs-architectes, géologues, spécialistes de gestion et de traitement de leau, spécialistes de gestion des déchets solides, économistes des transports, juristes, sociologues, spécialistes des loisirs et de la culture, spécialistes de la protection civile, etc. ;
- une Direction Générale qui appliquerait les orientations et politiques du Conseil dAdministration et en assurerait le suivi.
Financement
LAutorité dAménagement Global dHaïti serait financée au commencement par une dotation budgétaire spéciale de lÉtat haïtien.
7. La nécessite dune grande concertation nationale
Pour relever le défi de refonder lÉtat dHaïti, il parait plus que nécessaire de réaliser une grande concertation nationale. Pour y arriver, la FONHDILAC croit que les principes et orientations proposés par le Collectif des auteurs Haïtiens-Québécois peuvent servir de boussole.
- Devoir de la solidarité internationale pour la reconstruction, fondé sur le principe de la fraternité universelle et léthique de conviction que rien de ce qui est humain ne peut être étranger à un être humain.
- Droit du peuple haïtien de définir en toute indépendance la politique de reconstruction, par lintermédiaire de ses représentants politiques légitimes et de ses institutions et organisations sociales représentatives.
- Obligation pratique de la cogestion dans la mise en uvre de la politique de reconstruction, en raison du rôle de coproducteur que doivent jouer les autorités nationales et les délégations internationales.
- Nécessité dadopter une démarche inclusive, capable de réunir et de mobiliser toutes les catégories et tous les groupes sociaux, tous les groupes dintérêts, selon la devise «Lunion fait la force»!
- Importance vitale den finir avec le système dexclusion sociale qui produit sans cesse des « moun andeyò »monde en dehors de lattention de lÉtatet dopter résolument pour une politique dintégration nationale.
- Occasion exceptionnelle de réunir Haïtiens de lintérieur et Haïtiens de la diaspora dans une même communauté nationale, par une citoyenneté de rang égal. La diaspora, réserve dHaïti, doit être prise en compte pour la définition de la politique de reconstruction et la mise en uvre de cette politique.
À cela il faut ajouter laspect culturel. Considérant le patrimoine historique dHaïti, la créativité et la production culturelle haïtienne, Haïti peut et doit se voir, même se projeter comme lexception culturelle de la Caraïbe et de lhémisphère. Ce qui implique lexistence dans les nouvelles villes de salles de spectacles dignes de ce nom, de musées, de conservatoires et décoles dart dramatique, décoles darts et métiers, de bibliothèques, etc. Ce qui implique également lanimation dune vie culturelle, avec lorganisation dévénements culturels régionaux et internationaux et surtout la promotion du secteur touristique.
Cette grande concertation constituera les états généraux pour la refondation dHaïti. Elle sera inclusive et ne visera quà mettre les parties prenantes daccord sur la vision haïtienne de la nouvelle Haïti. Elle sera appuyée financièrement et techniquement par la communauté internationale selon un chiffrage beaucoup plus précis que la tentative suivante qui ne donne quun ordre de grandeur.
8. La tentative de chiffrage de la refondation/reconstruction dHaïti
La tentative de chiffrage demeure un exercice très difficile à ce stade. Leonel Fernandez7 avance le chiffre de 10 milliards de dollars américains pour la reconstruction du pays. Dans le même ordre didée, lUnion Européenne se dit déjà prêt à mettre sur la table 400 millions de dollars américains. Toujours au niveau de linternational les suggestions vont dans le sens de lannulation de la dette haïtienne. Les pays membres du Club de Paris sont sur la voie de supprimer les 214 millions de dollars américains de créances haïtiennes. En somme, hormis lestimation du président dominicain, les promesses de financement depuis le séisme du 12 janvier avoisinent le milliard de dollars américains.
Dans notre exercice de costing, nous nous inspirons sur des réflexions et estimations faites par des professionnels aussi bien haïtiens quétrangers. La proposition dérection dune ville universitaire de 50.000 habitants près de Ganthier se chiffre à 6 milliards de dollars américains. Le document dorientation sur Gonaïves reste dans ces ordres de grandeur. Le DSNCRP prévoit pour sa part 4.3 milliards de dollars américains sur trois ans. Ainsi, compte tenu de tout ce qui précède nos projections pour la construction de cette nouvelle Haïti sont de 40 milliards de dollars américains sur une période de 10 années. Ce qui correspond à des investissements moyens de 4 milliards par an.
9. Le calendrier de mise en uvre de la refondation
La mise en uvre de la refondation se fera en trois phases : lurgence sur 6 mois, le relèvement sur 18 mois et la reconstruction sur 8 ans. Dans la réalité, les trois phases ne sont jamais aussi séquentielles et rigides. En effet, à cause de la vulnérabilité du pays, durant au moins les dix premières années de la reconstruction, lÉtat aura à gérer les urgences annuelles liées aux intempéries, et même au-delà, il y aura toujours des urgences à gérer. Cest pourquoi, il faudra des phases parfaitement imbriquées, articulées et intégrées de façon à former un tout cohérent conduisant au développement durable de notre pays. Ce calendrier doit tenir compte des investissements prévus dans le cadre du DSNCRP. Une période de 5ans serait suffisante pour atteindre la vitesse de croisière, si nous arrivions à bien gérer les risques inhérents à une telle entreprise aussi ambitieuse de refonder un État, et pas nimporte lequel, le plus imprévisible de tous.
10. Les risques et gestion des risques
Avec lÉtat, les risques en temps normal se retrouvent à chaque pas. Dans la situation actuelle, il faudra les multiplier par 4 sinon plus. Aussi allons-nous sélectionner quelques uns qui pourraient surgir à nimporte quelle phase du processus de refondation de lÉtat.
Tentation de refaire pareil
Dans le cas dHaïti dévastée, il ne peut sagir seulement, ni dabord, de reconstruction technique dinfrastructures et de structures. Il sagit fondamentalement de reconstruction politique et sociale orientant la reconstruction économique et technique. Ce serait gaspiller laide internationale et toute la solidarité citoyenne partout mobilisée à tous les niveaux, si lon se contentait de refaire une copie neuve sur papier vélin de la société davant le séisme.
Dans cette perspective, il ne suffit point de déclarer dans des discours politiquement corrects quon reconnaît et respecte la souveraineté dHaïti. Il faut le montrer dans la pratique et les formes daide. Cest dautant plus nécessaire que lÉtat haïtien, fragilisé avant le séisme, sest quasiment effondré après le séisme. Ainsi blessé presque à mort, il est devenu une proie facile pour tous les États forts tentés de se conduire en redresseurs dÉtats fragiles.
Les rapports avec la communauté internationale
Lextrême fragilisation du gouvernement et de lÉtat pourrait faire croire à certains quHaïti na plus les moyens de sautogouverner dans le court terme. Tel nest pas notre point de vue. Le peuple haïtien na besoin daucun «consortium» de pays amis pour gérer la crise à sa place, ce qui mettrait entre parenthèses provisoires la souveraineté sinistrée dHaïti. Même si lexpertise technique ainsi que lappui financier de ces pays demeure incontournable. Donc, ni protectorat déclaré, ni tutelle déguisée! Ni non plus gouvernement par décret présidentiel!
La lenteur de lÉtat à décider
Pour avoir une chance de réaliser ce rêve de refonder Haïti, lÉtat doit se départir de sa lenteur proverbiale. Il est impératif que lÉtat haïtien arrête immédiatement des dispositions pour sauvegarder lintérêt collectif en mettant en place cette Autorité dAménagement global dHaïti. Ce faisant, il éviterait que les haïtiens, individualistes invétérés, en labsence de lÉtat, ne recommencent à construire nimporte comment, selon le « common sense » et en fonction purement de leurs intérêts égoïstes, il donnerait un signale fort à la CI sur son intention dinvestir dans le durable. Dans le cas contraire, un travail de sensibilisation auprès des trois (3) pouvoirs de lÉtat devrait être entrepris par tous ceux qui se retrouvent un tant soit peu dans ce plaidoyer et qui y adhèrent même informellement.
La résurgence des vieux démons de division
Durant les premières heures après le séisme, la solidarité entre haïtiens a été vantée par les observateurs étrangers. Beaucoup de gens se sont sacrifiés pour sauver dautres frères et surs. Avant larrivée des secours, on a partagé même un morceau de pain. Mais, depuis quelque temps, on sent venir la division. La bataille pour le pouvoir a déjà commencé dautant quon annonce des milliards de dollars de promesses daide. Il faut à tout prix arriver à gérer cette montée de la division en nous concentrant sur lessentiel, la reconstruction du pays.
La mainmise dun petit groupe avec lappui de la communauté internationale
La communauté internationale (CI) a sa clientèle en Haïti, un petit groupe dopportunistes à courte vue, profitant de chaque occasion pour senrichir davantage au détriment de la collectivité. Il faut quil change sa façon dopérer pour se mettre à la hauteur de lévènement ou quil soit écarté. Les gens de bien qui veulent voir changer les choses pour de bon doivent se liguer contre ce petit groupe. Et la CI doit faire leffort aussi de souvrir à dautres groupes qui, certes, ne maitrisent pas son jargon mais qui ont les compétences et lhonnêteté nécessaire pour accompagner cette refondation de lÉtat dans le sens de la collectivité.
La lutte hégémonique entre les grands pour des raisons économiques et géostratégiques
Ce séisme montre déjà la volonté des grands de se battre pour avoir le leadership de la refondation/reconstruction. Cette bataille entre les grands pourrait compromettre cette reconstruction ou la conduire dans des directions opposées à cette vision à lhaïtienne. Les haïtiens doivent faire preuve dintelligence pour tirer la meilleure partie pour Haïti dans cette lutte des grands. Selon certains experts, notre sous sol disposerait de certaines matières assez rares et même du pétrole ; en tout cas, notre pays est placé dans une position stratégique par rapport au reste de la Caraïbe et de lAmérique Latine. Il nous faudrait avoir une conscience informée de notre réalité pour bien négocier cette solidarité internationale conduite par les grands de ce monde ou tout moins la gérer pour le mieux.
La barrière constitutionnelle
La constitution de 1987 pourrait constituer une barrière sur certains aspects à la refondation de lÉtat suivant la vision dégagée. Il faut voir cette refondation au-delà du prisme de la Constitution de 1987. Il faudrait, si nécessaire, soit la modifier soit la changer.
La résistance au changement
La résistance au changement va être lobstacle le plus difficile à gérer, selon Charles Cadet, lex-responsable de la fameuse Commission Nationale de la Réforme administrative (CNRA) qui avait des propositions pertinentes et innovantes pour la restructuration et la refondation de lÉtat, oubliées jusquà cette minute dans les tiroirs de ladministration de lÉtat. Il faudrait plus quun simple groupe comme la FONHDILAC mais ladhésion de la Nation Haïtienne pour porter cette vision de la refondation/reconstruction/construction de lÉtat dHaïti qui doit redevenir à terme, La perle des Antilles ou lexception culturelle de la Caraïbe.
Notes:
| 1. | Claude Prépetit signale que les 4 communes les plus peuplées du Département de lOuest sont Port-au-Prince, Pétionville, Delmas et Carrefour. Elles sont traversées par un réseau de failles secondaires parallèles à la faille principale active Pétion-Ville/Tiburon (ce que nous avons appelé la « faille Enriquillo »). Elles sont habitées par 2,234,173 habitants sur une superficie évaluée à 417.21 km2, soit une densité de 5,355 hab/km2 ou encore 28 % de la population totale du pays. |
| 2. | Mis à part quelques tentatives timides de certains gouvernements |
| 3. | Selon Tony Cantave, ex CNRA |
| 4. | Ingénieur de carrière, professeur dUniversité et conseiller technique au MARNDR |
| 5. | Travaux à Haute Intensité de Main duvre, option utilisée avec un certain succès en 19931996 en Haïti par la BM / UCG à travers le projet création demplois (JOBS). Ce projet a permis de maintenir une bonne partie de la population haïtienne hors de la pauvreté extrême après lembargo qui a suivi le coup dÉtat de 1991. |
| 6. | Gestionnaire et Economiste, professeur duniversité et coordonnateur de projet |
| 7. | Le premier président de pays étranger à faire le déplacement en Haïti après le séisme de 12 janvier. La République Dominicaine est le premier pays a montré sa solidarité concrètement sur le terrain envers la République dHaïti après le séisme. |

