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Haïti se relèvera…

—par Ghislaine Sathoud

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eut-on vivre au Canada, s’établir dans une grande métropole, sans connaître ou croiser des Haïtiens ? Les statistiques effectuées en 2001 estiment que la communauté haïtienne installée au Canada se compose de 130 000 âmes, et 90% de ces personnes vivent à Montréal.

Les Montréalais cohabitent donc de façon permanente avec cette composante de la population de leur localité. Finalement, gardons en tête que Montréal est une ville multiculturelle, et que cette population haïtienne contribue au charme mythique de ladite cité.

Montréalaise depuis plus d’une décennie, j’adore l’immense pluralité des peuples vivant dans ma ville d’adoption. C’est cela le charme de Montréal ! Un berceau qui regorge tant d’humains venus d’horizons différents, et où le nombre de consommateurs friands de mets exotiques s’accroît fortement d’année en année. Et pour cause, les restaurants proposant ces voyages culinaires sont de plus en plus nombreux. Ça c’est Montréal !

Depuis que j’y vis, j’ai côtoyé de très près des Haïtiens. Naturellement cette cohabitation a aiguisé ma curiosité tout en renforçant mon désir de mieux connaître mes concitoyens. J’ai découvert avec enthousiasme et passion cette culture à laquelle je me suis familiarisée. Étant de nature très casanière, bien que circonscrivant mes déplacements à l’accomplissement des besoins essentiels, j’ai cependant souvent rencontré—dans le cadre professionnel, artistique ou privé—des personnes merveilleuses originaires d’Haïti. Que de beaux souvenirs !

Des us et coutumes de table aux disciplines artistiques en passant par les habitudes religieuses, j’ai appris beaucoup de choses sur ce peuple. En réalité, il faut dire que mes premières expériences avec des Haïtiens remontent à bien plus loin que mon arrivée à Montréal. En effet, depuis plusieurs années déjà, pendant mon enfance, mon médecin de famille était d’origine haïtienne. Ma mère travaillait comme infirmière dans un établissement de santé et le Docteur Barjon Jean Fedem était l’un des médecins praticiens exerçant leur profession à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) au Congo. J’ai eu l’occasion de le rencontrer maintes fois, soit pour des visites médicales de routine, soit pour des investigations sanitaires ou même lors des activités récréatives organisées pour les familles du personnel de cette institution.

Après sa retraite, notre toubib se réinstalla dans son pays, il posa ses valises dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince… Bouleversés par les événements tragiques qui se sont produits dans cette ville, ma famille et moi-même voulons avoir des nouvelles de celui qui, durant des années, s’occupa de nos soucis de santé. Qu’est-il devenu ? Mystère ! Ma sœur, qui réside également au Canada, a lancé un avis de recherche. Rien ! Toujours aucune nouvelle ! Saurons-nous un jour quelque chose sur lui ?

Ce qui est bien plus important, c’est que la simple évocation du mot « Haïti » fait ressurgir beaucoup de choses dans mon esprit. J’ai l’impression de voir défiler une multitude de visages connus. Après tout, Africains et Haïtiens ne sont-ils pas rapprochés par un lien de fraternité historique ? N’ont-ils pas les mêmes origines ? Ne sont-ils pas issus des mêmes ancêtres ?

Depuis le 12 janvier 2010, ces événements tragiques survenus en Haïti, qui font en ce moment l’objet d’âpres débats, me causent de vives émotions. Il y a des évènements qui vous saisissent, s’incrustent tout au fond de vos tripes, au fond de votre âme, au point de vous emprisonner dans un questionnement sans fin. C’est ce qui se passe actuellement avec les effets psychologiques du séisme en Haïti : l’humanité entière est concernée, nous vivons tous dans une intranquillité permanente.

Comment rester insensible à une telle tragédie ? Comment ne pas éprouver de la tristesse, ressentir un pincement au cœur, lorsqu’on imagine les émotions intenses vécues par les témoins de ces événements ?

Les images sont terrifiantes : des corps inertes jonchant les rues, des cadavres ensevelis sous les décombres, c’est une vraie catastrophe ! La ville de Port-au-Prince est littéralement dévastée, ravagée, après le tremblement de terre de magnitude 7 sur l’échelle de Richter qui a secoué Haïti.

Actuellement la planète entière a les yeux rivés sur cette île, des gestes de solidarité se manifestent aux quatre coins du globe. Combien de temps cette bonté durera-t-elle ?

En tout cas, compte tenu de l’immense étendue de ce désastre, il est indispensable non seulement d’apporter une assistance aux Haïtiens pour résoudre leurs besoins immédiats, mais surtout de s’impliquer dans la reconstruction de ce pays. Autrement dit, il faut trouver des stratégies pour soutenir à long terme les sinistrés. Au vu des immenses dégâts, en vies humaines et en biens, provoqués par cette secousse sismique, il faudra plusieurs années pour reconstruire ce pays.

Il n’y a aucun doute là-dessus : les souffrances des Haïtiens, tant sur le plan physique que psychologique, sont immenses  ce qui est bien compréhensible. Cette douleur qui accable le peuple haïtien, m’accable aussi : et les meurtrissures de survivants sont contagieuses… Chose certaine, la résilience légendaire du peuple haïtien redonne de l’espoir. Par exemple une marche spirituelle fut organisée dans les rues de Port-au-Prince quelques jours après le séisme. C’était émouvant et impressionnant de voir ces gens marcher à la queue-leu-leu pour signifier leur détermination de surmonter cette terrible épreuve. Dans cette détermination, comme dans notre compassion, tout est promesse…

Oui, Haïti se relèvera ! Les Haïtiens survivront à ce drame, comme ils ont su le faire brillamment dans le passé lorsqu’ils se retrouvèrent face à des difficultés. Et ils connurent toutes sortes d’épreuves… Cher lecteur, vous sentez-vous concerné par la tragédie haïtienne ?

Biobibliographie

Née au Congo-Brazzaville, Ghislaine Sathoud vit au Canada depuis plus d’une décennie. Elle a publié plusieurs ouvrages dont Les femmes d’Afrique centrale au Québec, Le combat des femmes au Congo-Brazzaville, L’Art de la maternité chez les Lumbu du Congo, pour ne citer que ceux-là. En tant que militante et travailleuse, elle s’est impliquée dans plusieurs organismes.

Elle est membre de L’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal. Actuellement elle est porte-parole du programme Vivre au-delà du refuge de YWCA Canada. Pour en savoir davantage, visitez son site Internet ghislainesathoud.com

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