par Marc-Arthur Fils-Aimé
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ourquoi la valse dinsécurité? Tous les rapports qui proviennent des organismes internationaux ont toujours dressé, depuis quelques années, un bilan négatif du pays. Par exemple, Haïti a reçu la palme de la corruption par la Transparency International, lannée dernière. Cette année, elle se trouve classée au bas de léchelle alors que les énormes détournements de fonds quopèrent les grands puissants du monde occidental sont simplement retenus comme des erreurs de parcours de quelques brebis égarées du capitalisme régnant même si celui-ci sessouffle actuellement sous le poids de moments difficiles. Cette nation baignée par la Mer des Caraïbes et lOcéan Atlantique, vient dêtre nommée parmi les trois pays les plus violents au monde après lAfghanistan et la Colombie. Au lieu de nous attarder à démentir ces fausses allégations sans nier pour autant lexistence de ces phénomènes chez nous, cherchons de préférence à expliquer de façon synthétique la réalité.
Depuis le début de ladite opération dénommée «Opération Bagdad» en septembre 2004, Port-au-Prince, la capitale dHaïti, trébuche sous la menace constante de la violence mais dune violence partielle et en grande partie sectorisée. Les bandes armées qui semaient le deuil surtout à travers certaines rues de la métropole, ont débuté leurs actions par des slogans politiques nationalistes, réclamant le retour de lex président Aristide. Mais au fil du temps, laspect de la délinquance sociale a étouffé les premières velléités politiques. Disons mieux, des velléités politiques peu avouables se manifestent sous le label de la délinquance sociale avec des têtes pensantes bien installées parmi les politiciens traditionnels au pouvoir et dans lopposition, la bourgeoisie compradore et les ténors du trafic de la drogue et de la contrebande. Des intérêts locaux et étrangers égoïstes corroborent le manque de volonté politique pour éradiquer cette dérive inédite de la société haïtienne. Les délinquants isolés ou organisés trouvent le terrain pavé pour entreprendre leurs forfaits. Le fait que les juges de nos principaux tribunaux ne sembarrassent daucun souci et daucune déontologie pour libérer quelques mois après, voire quelques semaines après, des bandits dangereux parfois récidivistes, sous les prétextes les plus fallacieuxdossier mal préparé par la police, non respect du délai dêtre entendu par leur juge naturelparticipent de ce complot ourdi dans des niveaux bien placés. Lexistence de quelques magistrats assis et debout gangrenés par la corruption et cachés derrière lautonomie du pouvoir judiciaire, constitue une pièce importante dans lensemble de la machine.
La base géographique et sociale de cette violence est facilement récupérable par la police nationale et la force de loccupation, la Mission des Nations unies pour la stabilité dHaïti (la MINUSTAH). Cette violence localisée (car malgré tout elle narrive pas à senraciner avec la même vigueur et la même permanence dans toutes les sections communales), nest pas statique. Plutôt erratique, elle se meut dans le temps, dans lespace et dans la forme.
Dans le temps, elle nest pas toujours présente. Parfois, elle garde un profil très bas. On dirait même quelle a disparu ou est en train de lêtre tant que lon nentend presque plus parler delle.
Dans lespace, son centre principal se déplace dun quartier à lautre. Au début, le quartier de Bel-Air présentait le profil dune aire peu fréquentable par les honnêtes gens, même par celles et ceux qui lhabitaient. Au fur et à mesure que des tractations de toutes sortes de la part des dirigeants se multipliaient, que des interventions musclées de la police traquaient certains bandits avec lapport positif de la grande majorité de sa population, Bel-Air se dégageait de ces malfrats pour céder la place à Cité Soleil, lun des plus grands bidonvilles du pays, si ce nest le plus grand. Cet immense quartier dépourvu et abandonné par lÉtat, a joué pendant longtemps au cours de cette période difficile, le rôle dépicentre de la plupart des actes odieux qui se commettaient dans le pays. Aujourdhui, la violence a lair éparpillée dans différents coins de la capitale avec de timides tentatives de retour à Bel-Air et à Cité Soleil.
La violence est devenue aussi protéiforme. À chaque moment, elle a changé de cibles et de tactiques dominantes. À un certain moment, cétait surtout le vol à mains armées de voitures, surtout de véhicules 4x4. Après, les assassinats en pleine rue parfois sans motifs apparents ont handicapé le développement normal de la cité. Depuis quelque temps, les bandits ont cru bon de faire fortune rapide par le kidnapping de certaines catégories de personnes quils ont privilégiées selon le moment ou peut-être selon les commandes. Parfois, des écoliers, parfois des personnes très âgées, parfois des ressortissantes et des ressortissants étrangers, notamment des Américains et des Canadiens qui sont libérésexcepté les cas où la victime a été assassinée même après le dépôt de la rançonaprès que leurs proches aient versé de fortes sommes dargent, des sommes que, dans la plupart des cas, ces gens nont jamais eu en mains de leur vie.
Lon peut se demander quel objectif peuvent poursuivre les principales actrices et les principaux acteurs de ces menées machiavéliques. Des politiciens en ont besoin pour désorienter et dépolitiser les classes travailleuses et laile de la petite-bourgeoisie qui sappauvrit de jour en jour du fait des conséquences néfastes du néolibéralisme; les trafiquants et les contrebandiers qui ne nagent que dans les eaux troubles comme la majorité des chefs de prétendus partis politiques traditionnels qui, tapis dans lopposition, ne sauraient compter avec le peuple pour satisfaire leur soif du pouvoir. Les délinquants, jouissant de limpunité générale, ramassent malhonnêtement dénormes sommes dargent.
Cette première partie qui a occupé une place importante dans notre analyse, ne doit pas nous conduire à la myopie politique. Celle-ci consiste à compresser toute la conjoncture sous laspect de la violence des rues en abordant de façon séparée les autres éléments importants qui composent cette conjoncture. Lon rentrerait carrément dans le schéma traditionnel qui se contente de diviser cette dernière en de multiples morceaux que lon saisit isolément. La conjoncture nationale ne se réduit pas au banditisme de grand chemin. De multiples autres préoccupations assombrissent la santé physique et morale de la grande majorité du peuple qui, après avoir ouvertement rejeté entre autres moments, au cours des deux premières semaines du mois davril, la politique néolibérale du président Préval et de son ancien premier ministre Jacques Édouard Alexis, attend une amélioration de ses conditions de vie. Là encore, la tendance réactionnaire, vulgarisée à travers presque tous les médias, sen prend seulement à un côté de la crise dailleurs de façon pernicieuse: au côté de la cherté de la vie. Ce volet nest quun paramètre dune crise alimentaire multi-céphale. La communauté internationale en a capté seulement cette dimension. Ce qui nous a valu dailleurs des dons de nourriture de plusieurs pays étrangers.
Pourtant, tous nos marchés publics regorgent de nourriture de toutes sortes, de fruits, de légumes et de diverses qualités de végétaux dont dailleurs une proportion considérable pourrit à la campagne à cause dun système de transport inadéquat. La concurrence déloyale des produits importés dans le cadre de louverture du marché selon le canon néolibéral, a contribué à renchérir les denrées au détriment de la production nationale. Cependant, les 70% de chômeurs où se recrutent les tranches dâge potentiellement aptes à travailler, ne peuvent pas se les procurer. La base du problème, pour la comprendre, doit être recherchée là, cest-à-dire dans le mode de production, de distribution et de circulation des richesses nationales et dans la politique antinationale de léquipe dirigeante.
Depuis la révocation peu élégante du gouvernement Alexis par le Sénat ce samedi 12 avril, toutes les préoccupations se sont concentrées sur le choix dun premier ministre pendant que la cherté de la vie saiguise de jour en jour, et que les gangs se spécialisent davantage dans la façon denlever les gens jusque dans leur lit. La méthode disoler lun de lautre, les différents éléments qui composent la conjoncture, fait partie dune vieille méthode métaphysique pour tromper la vigilance des masses populaires.
Le calcul de focaliser toute la crise sur une personne, sur un objet ou sur une cause quelconque à chaque moment fort de la vie socio-politique du pays, savère dune grande intelligence de la part des théoriciens du capitalisme. On dirait que lancien premier ministre portait seul la responsabilité de tous les déboires actuels et de toute une situation grave dont les racines sabreuvent de trois sources dialectiquement combinées: de la structure socio-économique vielle de 2004, de la politique imposée par la communauté internationale qui conditionne, en ses avantages, tous ses prêts et ses dons et, surtout du gouvernement qui, au lieu de secouer le statu quo, irrigue par sa politique la vieille formation sociale haïtienne sclérosée. Il est vrai que le deuxième personnage, après le Président de la République, représente une pièce importante dans le fonctionnement du système. Son rôle dans la politique macro et micro-économique ne doit pas être négligé.
Le profil du nouveau premier ministre à venir ne semble pas éloigné de lancien. Ce qui signifie, que les quelques pansements quilou elle aura à appliquer aux grands maux du pays néteindront pas la crise. Au contraire, celle-ci empirera tout autant que la politique dominante restera attachée à la globalisation capitaliste qui montre des signes détouffement évidents.
