Frantz-Antoine Leconte, Ph.D.
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mérique étatsunienne rentre dans lunicité. Elle devient un pays qui éprouve une fièvre électorale deux années ou presque avant la fin du mandat du président en exercice, lhôte de la maison blanche: Georges W. Bush. Elle rentre aussi, et avec enthousiasme, dans la fièvre de la prolifération politique qui se manifeste par dincessantes déclarations dintention de candidature à la candidature, enhardies par léchec du parti républicain aux dernières élections législatives de novembre 2006 qui ont permis linauguration dun congrès à majorité démocrate; une simple majorité (qui aurait pu être une massive avalanche en réponse aux dernières années catastrophiques de ladministration républicaine) au sénat, à la chambre des représentants et aux postes de gouverneurs.
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| The Freedom of the Press drawing by Art Young, 1912. |
Lère de la cohabitation sur léchiquier politique étatsunien perce en même temps quémergent des figures connues et inconnues des observateurs politiques de lhyperpuissance. Des noms, tant du côté démocrate que du côté républicain, défilent et annoncent cette tranche de temps psychédélique qui ouvre la parenthèse électorale qui est plus longue, plus éprouvante et éreintante cette fois-ci. Hillary Clinton, ex-première dame et sénatrice de New York, Barack Obama, sénateur de lIllinois, John Edwards, ex-sénateur de North Carolina et ancien candidat à la présidence, Bill Richardson, gouverneur de New Mexico, Christ Dodd, sénateur du Connecticut, Joe Biden, sénateur du Delaware, Mike Grave, ex-sénateur dAlaska et Dennis Kucinich, représentant dOhio, du côté démocrate, se déclarent, face à Mitt Romney, ex-gouverneur du Massachusetts, Rudy Giulani, ex- maire de New York, John McCain, sénateur de lArizona et ancien candidat à la présidence, Fred Thompson, célèbre acteur et ancien sénateur, Ron Paul, représentant du Texas et Mike Huckabee, ex-gouverneur de lArkansas et pasteur, du parti républicain.
Tout ce beau monde qui brigue la présidence nous interpelle et nous pousse à apprendre de la présidentielle américaine, de ce fameux casse-tête chinois, les critères, la complexité des démarches et les modes de désignation des candidats, étrangers, uniques et incomparables à tout autre processus électoral de la planète.
Il est sans doute utile de comprendre le système de bipartisme politique autour duquel gravitent deux parties politiques traditionnels qui ont opéré chacun des évolutions dordre idéologique au cours de leur histoire pour devenir de nos jours, le parti démocrate, numériquement supérieur et plus libéral et le parti républicain, nettement plus conservateur. Sil y a possibilité de participation dautres formations politiques, un parti réformiste, indépendant ou le parti vert par exemple; parce quils ne sont pas inclus dans le mécanisme politique américain traditionnel, ils sont condamnés à se retirer sans trop bouleverser le statu quo.
Le mode de désignation des candidats fascine aussi, telles les élections primaires ouvertes qui emploient un scrutin régulier où tout le monde vote pour le candidat de son choix et se retire. Quant au caucus, il appartient à un registre différent. Il sagit plutôt dune réunion interne entre des membres dun parti représentant les candidats en lice et qui se termine par des votes, des négociations et des déclarations. La couverture médiatique de ces événements sait montrer parfois la cacophonie qui en résulte. Cet aspect des primaires gagnerait en transparence sil pouvait être réformé, dautant plus que cest une méthode qui varie dun état à lautre. Dans certains états, les républicains et les indépendants officiellement inscrits peuvent participer à la désignation dun candidat démocrate. Cependant, rien ne semble être comparable au fameux mystère des électeurs appelés «délégués, super-délégués et grands électeurs». Les premiers correspondent à une valeur numérique calculée selon létendue de la population de létat concerné et décerné à un candidat daprès son score. Ce qui explique que les grands états disposent de plus délecteurs comme la Californie, New York, le New Jersey et le Texas au cours des élections primaires et présidentielles.
Si lexception réside parfois dans les différences du calendrier électoral des deux partis concernant les dates, on la relève aussi dans le fait que le parti démocrate adopte un scrutin proportionnel tandis que les républicains favorisent un scrutin majoritaire dans les primaires. Chez les républicains, un vote en plus de votre rival dans un état vous autorise à lemporter. Cest tout ou rien, comme dans les élections générales. Par accident, un candidat peut remporter le vote populaire et lautre, son rival, celui des électeurs dans les primaires comme la présidentielle (Al Gore et George Bush en lan 2000).
Il faut établir une dernière différence concernant les électeurs qui participent aux primaires. Il y en a qui sengagent et qui font un choix et dautres qui peuvent voter à la dernière minute, à la convention du parti où lon désigne le ticket (candidats à la présidence et vice-présidence). Ils votent comme ils veulent en adoptant leurs propres critères de sélection ou en suivant la majorité.
Le Super Tuesday, le super-Mardi importe aussi parce quon a organisé le premier mardi de février de cette année plus de 22 primaires dans les états suivants: Alabama, Alaska, Arizona, Arkansas, Californie, Colorado, Connecticut, Delaware, Georgia, Idaho, Illinois, Kansas, Massachusetts, Minnesota, Missouri, New Jersey, New Mexico, New York, North Dakota, Oklahoma, Tennessee et Utah. On devrait normalement pouvoir apprendre les noms des élus démocrates et républicains qui présideraient leur ticket respectif le mardi du 5 février 2008. Cela na pas eu lieu; la lutte entre les rivaux sest avérée trop serrée, les différences idéologiques trop ténues et lélectorat un peu embarrassé, sinon écartelé entre un homme et une femme qui partagent le même rêve.
Si McCain sest distingué des républicains en se hissant à la première place, Obama semble avoir mis plus de distance entre lui et Hillary Clinton. Cest un constat dévidence, le numéro 1 démocrate ne sera pas connu avant le milieu du mois de mars ou à la fin du mois davril ou avant lété. Malgré les vagues puissantes du déferlement dObama, Hillary et lui ne sont séparés que dune centaine délecteurs (delegates). Si Obama a remporté plus de petits états, Clinton a triomphé dans les plus grands comme New York, la Californie et a gagné aussi la primaire du Texas (Obama a gagné le caucus), dans lOhio et en Pennsylvanie, des primaires que certains analystes appellent, concernant Hillary, le scrutin de la dernière chance.
Et pourtant au début de 2007, durant les premiers jours de cette merveilleuse odyssée, la fortune politique lui souriait. Elle avait subi une véritable métamorphose, un renouveau en renonçant aux clichés et aux oxymorons dans les discours. Sa connaissance des dossiers avait gommé larrogance personnelle. Elle avait appris à desserrer les mâchoires, ce qui la rendait plus sympathique. Elle avait levé des fonds incroyables, un trésor de guerre inédit. Et avec lappui de Bill, son mari, lhomme politique le plus populaire de lhistoire récente du pays, elle était partie à la conquête de la psyché de lAmérique du nord. Elle avait même adopté une approche efficace qui nassommait pas ses interlocuteurs. Elle semblait les écouter attentivement et partager leurs préoccupations. Elle avait développé un art de la conversation qui faisait mouche. On disait tout bas, mais en le croyant fermement, quelle allait créer une dynamique féminine qui aboutirait à placer une femme au sommet de lÉtat, tant sa côte de popularité grandissait. Tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Survient le premier choc électoral de lIowa du 3 janvier 2008 qui montre les fissures de son énorme dispositif et surtout le nom, les aspirations et la magie du jeune sénateur de lIllinois, Barack Hussein Obama, infatigable animal politique, qui veut écrire une nouvelle page de lhistoire du peuple américain en gagnant avant la fin de février plus de 22 états de lUnion, et surtout les dix dernières rencontres électorales. Mélange de Robert Kennedy et de martin Luther King à la fois, ce jeune premier, servi par un extraordinaire concours de circonstances, attire dans son camp les plus grands noms et les plus grands talents ainsi que toutes les couches de lélectorat et les syndicats. Le charme de son populisme paraît irrésistible et réussit bien à cacher son inexpérience et quelques légèretés de son projet de société. Le verbe, lhumour et les chaleureuses promesses colmatent les brèches avec succès et séduisent des foules immenses qui croient entrevoir les rives dune terre promise qui offrirait un meilleur destin, une terre plus humaine aux minoritaires et aux immigrants.
LAmérique étatsunienne vit avec une attention inégalable des moments quelle souhaitait et redoutait à la fois. La dynamique politique et idéologique du parti démocrate a engendré deux grands champions qui saffrontent dans un duel sans merci dont lintensité crée un malaise et des dérives regrettables. Hillary en se référant au rêve du Dr. King a malheureusement tenté de prouver que sa réalisation naurait pas eu lieu sans la bonne foi du président Lyndon Johnson. Ce premier impair aura été suivi par dautres. Bill Clinton dans des excès de zèle semporte jusquà qualifier lopposition dObama à la guerre en Irak de «conte de fée». Et plus tard, il sera aussi question de plagiat, car Obama aurait employé des slogans dun autre leader politique. Le camp de Clinton se fait aussi taper sur les doigts. On apprend quune femme qui ne peut maintenir «son foyer» ne pourrait diriger les États-Unis et quen cas de victoire dHillary aux urnes, on ne pourra envisager de lui accorder son soutien, même si on appartient au camp démocrate. Son vote pour la guerre en Irak devient un cauchemar, même si on sait que les renseignements sur lexistence darmes nucléaires dans ce pays avaient été fabriqués. Chelsea, la courageuse fille dHillary, est insultée. Racisme et sexisme sont également de la partie. Cest ce qui explique laccusation de racisme formulée à lendroit de Bill Clinton, hier encore le fils chéri des populations minoritaires et défavorisées, le premier président, dit-on, «favorable aux noirs dAmérique». Existe-t-il une solidarité raciale, de classe ou sexuelle qui serait incontournable dans cette campagne? La véracité de ces théories na pas encore été prouvée. Même si Hillary se révèle une véritable championne au coeur de lélectorat féminin, elle transcende ce groupe combien important dans la campagne. Et Obama inspire et gagne beaucoup plus que lélectorat noir. Dailleurs, il a le vent en voile. Cette vitesse quil acquiert lui permet de toucher à la fois lélectorat noir, blanc, hispanique, les jeunes, les femmes: tout le monde.
La confrontation politique dans le camp démocrate ne laisse plus de place à autre chose à la surface de lactualité, tant elle est intense aux U.S.A. Elle népargne pas les milliers déglises, car les lieux de culte servent de relais dinfluence, autant que les coiffeuses, les instituts de beauté et les panneaux publicitaires. Les candidats manifestent un don dubiquité à la télé dont la pub coûte des sommes astronomiques. Il est très difficile de simaginer une Amérique étatsunienne. qui simmobilise, fermée aux événements extérieurs et qui ne prête loreille que dans la mesure où ceux-ci sont évoqués dans la lutte épique de cette année.
Y-t-il dans laffrontement total qui a eu lieu sur léchiquier politique du camp démocrate deux visions philosophiques parallèles? Malgré les nombreux remous que la campagne provoque, les analystes sérieux ne relèvent que quelques légères différences ou nuances dans les projets de société des deux rivaux. À part le poncif religieux, passage obligé imposé par la mentalité puritaine des fondamentalistes que tous les candidats doivent emprunter, il est difficile de relever des différences fondamentales entre Hillary et Obama même au cours de leurs nombreux et chaleureux débats pour linvestiture démocrate. Les deux sengagent à la promotion et à la protection des classes moyennes, à la couverture de santé universelle des Américains dont 45 millions en sont dépourvus. Ils veulent mettre fin à la triste aventure iraquienne qui entame outre la réputation de lÉtat dans le monde international, mais tout aussi bien son économie. Ils promeuvent lindépendance énergétique du pays ainsi que le renforcement du budget alloué aux vétérans qui reviennent des champs de combat doutre-mer; ils promettent laide économique à la famille américaine et à ses besoins vitaux, aux enfants du pays qui en constituent son avenir, aux femmes qui doivent atteindre légalité et la parité dans les salaires, ils défendent les droits de lhomme et de la femme, léducation, le renforcement de la démocratie dans les frontières de lÉtat et une politique de limmigration plus rationnelle et humaine. Sans verser dans les vertus de lÉtat-providence, les deux veulent engager lÉtat dans une politique plus agressive du social. Ils croient tous deux dans lexistence et le fonctionnement dun État responsable, une entité qui éprouve la nécessité morale dintervenir pour le bonheur de lindividu-citoyen de la cité.
Cest un grand rêve dune Amérique étatsunienne soucieuse de lapplication des droits de lhomme et de la femme et généreuse vis-à-vis de la conquête sociale qui fait le bonheur du citoyen, conceptualisé par deux rivaux au sommet de la hiérarchie démocrate. La législation étatsunienne na pas de co-présidence et le parti démocrate non plus. Il savère indispensable de les départager. Éventuellement La voie des urnes a permis de choisir Obama. Mais, pourra-t-on oublier Hillary? La mentalité collective a changé et profondément au niveau politique aux U.S.A., exemplifiée par le fait quau début des primaires, on ne voulait pas dune femme et dun noir américain, deux minoritaires, au sommet de lÉtat. Depuis, les sondages dopinion ont opéré une profonde mutation. Ils révèlent une approbation massive dans le cas où ils auraient formé le ticket démocrate à eux deux, “The Dream Team”, une formation invincible qui pulvériserait lhégémonie républicaine de huit longues années. Reste à savoir si Obama, Hillary et les membres de la hiérarchie démocrate auront assez de sagacité pour rejeter le chaos et sengager dans la quête de la voie unitaire et de la cohérence pour convertir ce rêve vertigineux et contagieux dans la glaise du réel!

