Poèmes de Nounous
À langle de vos regards et de ma trajectoire
Les blancs oiseaux du froid volent à lenvers du soleil
mais moi je marche à lendroit précis de vos intersections
droit dans mon désir de vous voir assez loin
dans vos rayonnements
beaucoup plus loin que lombre de certaines limitations.
À Montréal
ville plus pure quune ferveur inattendue
nous voici assemblés
en voie dêtre rapprochés un peu pour de vrai
dans lespace commun de nos rêves diversifiés
sous le plus bel éclairage qui soit
le meilleur accommodement à jamais trouvé
celui du partage et du respect entre nous tous
à langle de vos regards et de ma trajectoire
en brassage culturel
dans lattente de dévêtir notre soif dun « mieux-vivre » ici et maintenant.
La neige est de retour
au rythme de la vie
en son énième tour de piste
sous nos pas dans le froid
sous nos yeux dans la joie dêtre ensemble
malgré tout ce qui pourrait nous disjoindre
malgré tout léloignement possible à lhorizon.
Ainsi va notre parcours
ainsi vont les heures et leurs refrains
ainsi va tout
même nous
au rythme de notre détermination sans limite.
Impromptu estival
(pour Luce Ducharme)
Les pierres éprises dune lourdeur
sont condamnées à sourire en cachette
dans les longs prés du soleil.
Dans laube
une fleur heureuse
ne fait pas dhistoires avec lherbe des alentours
pour un espace de clarté.
Une libellule
sur une frêle branche
prend bien sa place dans labandon.
Ballet inattendu
soudain elle vole
la demoiselle.
Au compte-gouttes
une quête pour sa toilette
sa provision deau fraîche.
Chaque goutte de pluie a sa manière de décrire
la frivolité dun orage.
Une vache savoure sa liberté dans lherbe
aux pas interminables du vent
dans un champ de maïs.
Imprévisible jet deau
soudain
le ciel a un trop plein de zébrures
et de bruits.
La mer et le ciel
inénarrable tableau
semblent se toucher jusquà livresse
à lhabituel retour au lit de la lumière.
Le bruit est court
dans la savane
certaines bêtes sont à laffût de lombre.
Une chatte de ruelle
sous les projecteurs dune lune pleine
a cappella
chante la dolce vita.
Vue de Montréal
forêt mélodieuse
il y a des bêtes de festivals
du rire
de la musique et autres
qui donnent une autre allure au cirque de lensemble.
Battant pavillon dun grand soir
le bateau dun capitaine deau libre
répond aux chants de houle dune baigneuse.
Sa belle ombre shabille de tourterelles
dans les yeux du poursuivant marin
au chaud parfum dun vent de face.
Il y a les incessants parfums de partout
dailleurs ici
bien dici dailleurs
dans lespace de celui qui sévade
sémerveille entre deux métaphores
au beau fixe de sa fenêtre montréalaise.
À lhorloge dun pommier
au détour de quelques violettes
dun lilas sans nulle fleur
et lil sauvage dun cerisier du coin
il fait un temps-miroir
où les feuilles hormis quelques fruits qui saniment
déjà préparent leurs masques aux mille teintes
pour le carnaval fou dun vent charmeur de pluie.
Lettres à mes ombres (extraits)
Ivre muet, à la croupe de ta jument-musique, je suis assis, lors dun récital pour piano et violon seuls.
Jaurais voulu faire la barbe à ma peur, pour te surprendre un peu plus, aurais aimé te contenir avant la démesure.
Dans la nuit pas trop jeune déjà, je nai pas vu que tu téloignais, coin Sainte-Catherine et Saint-Urbain.
En ton dérisoire casino, quelquun joue aux dés sa richesse avec ma tête, sans lire ou sans comprendre un seul brin du sens des pièges à contourner.
Tout miroir, daprès moi, est né dun grand contact avec ta mine bonne.
Il marrive de lire encore tes quatrains si charmants
au bavard poème des oiseaux de ma rue.
Sans ta maison pour mhabiller, je porte, ces temps-ci, des fenêtres ouvertes sur labandon.
Il manque un peu plus tes miroirs-exercices à ma parole obèse.
Habite-moi avec tes ombres en parasol, avec tout lart de faire la paix entre nous deux.
Avec les mêmes chevaux que toi sur la nuque, et puis la même insolence sur les lèvres, dans un album dhonneur, où des poètes en longue vue scrutent Montréal, leur ville, une ombre à ta ressemblance sinstalle dans lune des pages, tout à côté de mes lettres à ta démesure.
À son bec au vol, par deux fois, jessaierai denlever la dernière syllabe dun oiseau rare en son chant, pour lapposer complainte belle chaîne à ton cou de suave insulaire.
Si je ne peux pas y parvenir, je toublierai, que dis-je, je men voudrai jusquà la déchirure.
Ton image est frivole, au miroir de mon frémissement.
Je reviens de la fête du dedans, Montréalaise impératrice, avec tes passives sujettes ce soir, un verre ou deux de rouge ou de blanc divresse à nos actifs, après une danse en tes quartiers endormis, par nos pas de chats citadins, à travers voies et ruelles de ta ville grande.
Ce soir, je te ramasse comme un butin dindépendance, tel un trésor à jamais intériorisé : Santa-Maria, clouée là, au fond de mon Amérique étendue.
Avec tout ton manguier dabondance, tu viens à limproviste sur mes terres, à lun des bouts de leur faim.
Par tous les moyens, pour la cueillette, je ferai coup double, dune pierre, à bout portant.
En quête dun poème pour la nuit, je suis attaché au vieux pont dun paquebot piloté par une commandante attractive, parfaite imitatrice des roulis ambiants, dans la reconfiguration de lemplacement
du vertige au milieu de tes cambrures.
Mi-ombre mi-miel
ta peau a encore bon goût
en mes yeux.
Lenous Suprice
Poèmes dEdner Saint-Amour
(Le tyran est mort, mais la tyrannie est vivante)
La tyrannie
![]() |
| “Psychedelic Flourish” by Kelli Foster,, Cambridge, MA. 2008. Email: qeli@comcast.net |
Commence la tyrannie
quand le tyran finit
Peu à peu le peuple savance
dans le débâcle de la violence
2
Le tyran sembarque pour lexil
vers dautres ports, dautres Îles
Mais le sang dessine une rigole
qui coule partout à travers le sol
3
Dun coup la main poussée par la magie
à mettre en petits lambeaux tout ennemi
On chasse tout noble sentiment du cur
qui pourrait mettre un frein à lhorreur
4
Tout le monde était frappé du lugubre sort
Chacun devait se plaindre dun frère mort
Ainsi peu à peu le peuple savance
pour se perdre dans la vengeance
5
On exige de pieds fermes la justice
où la vengeance se sert de matrice
Le règne dil pour il vient à lexistence
on sombre corps et âmes dans la violence
6
Après Duvalier, le pays sombre dans la joute
De jour en jour la violence et vengeance sajoutent
Déchoucage, zenglendo, chimère, kidnapping
Le pays se perd dans la violence qui culmine.
(décembre 2006)
Livresse du pouvoir
Brikouri était un président tout-puissant
Il navait rien à craindre autre que le temps
Cétait un président tellement populaire
que peuple se plie au moindre vocabulaire
2
Il dirigea le pays sans nulle résistance
lopposition étant réduite à linsignifiance
Il sest même épris de livresse du pouvoir
en espérant passer au palais plus de soirs
3
Grâce à une élection quil gagna avec fracas
enfin selon la loi il brigue un deuxième mandat
Il jouissait tellement de sa grande popularité,
lopposition se réduisait à une simple minorité
4
Le parlement était réduit au silence
qui manifestait sa présence sans résistance
Le pouvoir en place avait la majorité absolue
face à une minorité qui manquait de salut
5
Brikouri était devenu tellement présomptueux
plus que le roi, il se prend pour légal de Dieu
Ainsi on voit émerger une réelle dictature
qui sinstaure à la majorité qui lassure
6
Quand lopposition se réveille de son impuissance
tout basculait sur les rives de la violence
On réussit à chasser le président vers lexil
mais réduit à même la guerre le pays reste fragile
7
Tout compte fait, le débâcle samorce
selon la loi de léquilibre des forces
Devant un pouvoir en majorité absolue
lopposition ne peut jouir daucun salut.
(décembre 2006)
Poète et Poésie
Témoignage en fait foi ! En déplaise, qui veut!
Le poète est élu au rang des mages et des dieux
À létoffe étoilée des géants et des titans
Ayant la clé du mystère de lespace et du temps
La clé du mystère de linvisible
La clé du mystère du visible
La clé du mystère dici-bas
La clé du mystère de lau-delà
Le poète traduit lindescriptible, linaudible, lindicible
Dans un langage dun vocabulaire limpide et perceptible
La pénombre de tout mystère
Devient clarté, devient lumière.
Je suis un sociologue doublé dun poète
Mais pas une raison de menfler la tête.
Là où la sociologie sarrête, la poésie continue la route
Et ceci sans tomber victime de la peine dêtre en déroute
Science et la théologie où elles sarrêtent
Prend aussitôt la relève la poésie du poète
Science et religion se fixent des limites définies
Le fini et linfini sont matières de la poésie
La poésie est lexpression du total et de labsolu
Qui se veut lart du connu et de linconnu
Qui saisit la paille et le fond des choses
Embellis, sculptés en art que le poète expose
Point de mire au cur, à lâme, à lil
Objet de séduction à la magie des merveilles
Lunivers entier depuis linertie jusquà la vie
De lindicible à linaudible est présent dans la poésie
Le religieux dans lesprit pour devenir plus spirituel
Jette le sens comme le charnel au fond de la poubelle
Le poète le ramasse, en sert comme matière de poésie
Lembellit, le sculpte en art, tout un chef-duvre inouï
Lintellectuel veut cultiver lintellect pour explorer la matière
Et dédaigne lémotion à travers les fibres de lhumaine chair
Le poète laccueille sans complexe, sans prétention
Traduit la vibration de lémotion en art digne de toute admiration
La poésie cest lexpression de tout présent en tout
Lexpression de lesprit ou de la conscience comme atout
Lexpression du cur, de lâme, de lêtre en toute existence.
Choc ! Le poète nest pas un être conforme aux conventions
Le poète est un être dont limagination le prédispose à la révolution
Le poète pénètre les interdits, trifouille les tabous
Les ouvre en offrant la clé de leur mystère à tous en tout
La religion se dit avoir le monopole de linvisible
Source de péché, elle dédaigne la matière visible
La science se dit avoir le monopole du monde visible
En jetant dans la poubelle de la fiction le monde invisible.
Pour le poète tout est possible, tout est prescriptible
Et le monde invisible et le monde de la matière visible
Il explore linvisible et le visible traduit en art dégale appréciation
Où tout qui était objet de dépréciation devient objet dadmiration.
Comment ne pas aimer les poèmes, la poésie et le poète
Pour son uvre totale, globale, absolue et complète
Un poète, un mage, un génie, un titan, un dieu
Aveu excentrique ! En déplaise, qui veut.
(14 juillet 2009)
Haïti richesse et lumière
Dans les journaux ou médias des pays occidentaux
Limage du pays dHaïti se ramène à deux mots maux
Coup détats et pauvreté
Le reste est du silence sacré
Jamais vu ! Dans le journal le Devoir
Surprise ! Cest toute une autre page dhistoire !
Ce nest ni la famine ni la violence
Mais léclat dune rosée qui scintille en toute magnificence
Je tombe sur deux articles pleins de magie
Un article intitulé « RICHESSES DHAÏTI »
Met lartiste Jean Bélony Murat en honneur
À travers ses chansons pacifiques et romantiques de toute lueur
« Jai une mission différente à létranger et ici
Jessaie surtout de rehausser limage de mon pays »
Dit Le jeune chanteur au Devoir sur la route des frères.
Il compte sur la performance musicale, véritable média populaire.
Encore un autre article qui demeure une première :
Émeline Michel : entre lombre et la lumière.
Sur la photo, sa beauté était dun éclat hors série
Sourire radieux, dents blanches, lèvres velouteuses ! de linouï !
Impossible de la regarder sans que ne sagitent les flots du désir,
Lenvie folle de ladorer, de la contempler, voire de la conquérir
Une femme qui se donne complètement sur un rythme enflammé
Celle qui chante avec une profondeur très prononcée
Celle qui ondule, serpente, tournoie sur elle-même
Une femme magique saccageant les fibres à lintérieur de nous-mêmes.
Ici ce nest pas de la candeur de beauté ni de la beauté angélique
La femme cest lincarnation du charme envoûtant à lhystérique
Lexhalation de son charme agite les ondes du désir
En transportant lâme et le cur jusquaux confins du délire
Elle fait parler lindescriptible, lindicible et linaudible
Dans la langue de lextase, de la transe, de livresse !
Cest irrésistible !
Avec le charme qui se dégage de la beauté de son visage ou corps physique
Et de la beauté du mouvement de son corps et de son geste magique.
La déesse maîtresse Erzulie nest pas morte, elle est éternelle
Aujourdhui en Haïti, elle sappelle Émeline Michel
À travers les silhouettes de Jean Bélony Murat et dÉmeline Michel
Le soleil brille, la lune luit, les étoiles constellent
Le concert harmonieux des astres apporte de la magnificence au ciel dHaïti
Désormais on retrouve la fameuse Perle des Antilles, à savoir Haïti.
(13 juillet 2009)
Edner Saint-Amour
Poèmes par Guamacice Delice
Brise polie
ton rire est une brise polie
escorte du soleil en pèlerinage sur le pont gris
à travers les nuits convexes
à travers les choses pleines
flasque ouvrage
un train samène de lil du vide
marmonnant des vagues de conneries
froissant des pages-liens dhorizon et de forêt
la mer sabîme
à force de flirter avec des collines
la mer sallume au premier jet détincelles du mouvement séquestré
main amputée de quelques phalanges
becquetage délans remplis
lécho pris dans une toile daraignée
se voit exigé le flanc du mont des litanies
contre sa relaxe
lescalier en pierres sauvages
ôte sa chemisette
pour une lecture de nombril
un pas en flamme dans le parcours
de londe verte du miroir liquide
lampe arbitraire
allumée au clin dil des prises
gardiennes des tableaux
des souillures entachées de regret
sur des cieux abîmés
de taches chaudes tombées des hauteurs moites
téléchargement de la saison des cyclones
lecture diagonale du livre des ouragans
une fiche alarmante
la ville attend dans langle des bilans
une colline suspendue dans deux rayons médians
une grappe de rochers se réclament du noyau de la mer
le champ du coq est un tunnel
il lie lâme à lesprit
un collier en goutte de pluie
autour du cou dun vent troué
il pleut dans un miroir
mouillée limage de lombre
réelle ou virtuelle
le champ du coq est un entonnoir
par où passe la clairière
un désert poilu meurtri décho
dune cymbale de sable
un ruisseau pavane pied nu
dans le vallon bleu du rêve
ici la roue libre est un tunnel
autre extrême à attraper
alors que tu te pousses du col
il y a une pierre qui aboie dans ton ombrage
dans lentrée de ta vue
ici les étoiles sont des clous
qui servent à fixer les brouillards aux nues
qui dit du ciel une cloche immense
qui préfère la saison des tambours à celle des lambis
qui dit de lhorizon un navire
de guêpe prise dans une mousse de gaine
deux vertèbres du silence dans la gueule
dun chien emporté par une overdose
coin désarticulé dans une reprise chronique dune monstration
un oiseau boit une mer intérieure à lui seul
elle a beau tenter de saisir lenvol par les cheveux
cette colline qui se déplume
a une certaine altitude
le rat laisse tomber sa profession de foi
son métier de fosse
la relève au serpent tueur
laigle rate lenlèvement des étangs
la grappe quil en fit lui est échappé
et les lacs se déconcentre en tombant
ils ont envahi leur peau
occasionné la déroute du quotidien
lîle souffre dune maladie de globule
son souffle est marqué de raies
son souffle fonction rigide
incapable dintercepter loxygène
la nuit tombe meurtrie
crache des traies de lumière
elle a eu le mal à refermer le cercueil du jour
la nuit tombe scellée
batée avec en son dos lordre du mouvement des astres
lîle devient chaque jour plus blanche
un mal de vie a changé le destin du laboureur
une rumeur latente provoque linterversion des poumons de la mémoire du champ
Des raies alitées
Après avoir été contraintes de prêter leur voix à létincelle
Un petit arrêt de son élan fait que le cur supporte malgré lui
le poids de labsence
Le cur de lhomme est une cloche accrochée dans des arceaux de la mort
Guamacice Delice
Poème de Fednel Alexandre
Jai gardé la trace du baiser dans mon sang
Loutrage de la neige na pas effacé
La trace du baiser dans mon sang
Amicalement tien
Depuis bientôt cinq ans
Que lécume des nuits
Lave mes yeux à grands seaux
Je reviendrai vers toi
Le poème frétillant
Dans ma main
Mais toujours inachevé
Je reviendrai vers toi
Caillou au verbe douloureux
Cachant cette blessure
Au côté gauche
Que ma infligée lhiver
Je reviendrai vers toi
Mon bivouac mon reposoir
A la multitude de mains
Pour une étreinte darbre à pain
Sous la cendre
Je reviendrai vers toi
Pour un baiser davocat
Et de pain chaud
Je reviendrai vers toi
Mon rempart ma dernière chance
Pour une goutte de clairin
Dans mes veines attristées
Par la grisaille de fatigue
Qui me fait la grimace
Depuis cinq années
Je reviendrai vers toi
Mon pays mon bout dîle
Je reviendrai vers toi
Et je trouverai les mots
Pour achever le poème
Et te nommer Haïti chérie
Fednel Alexandre
Poèmes de Bobby Paul
Le deuil des vers blancs
couchée sur son maigre flanc
en deuil sont les vers blancs
malheureux
au fond deux
elle ne dort pas
la poésie est morte
elle traverse la porte
silencieux sont ses pas
dans la musique retrouve sa croix
elle est belle et bien morte je crois
écoute leurs voix dans les rubriques
les tombes chantent sans musique
Veuve de nuit de Noël
pour commémorer
la veuve soirée de noël
sur la tête altière
du sapin endimanché
ô yeux orphelins
placez-y soigneusement
tous
les maux
du deuil
des étoiles
toutes
les béantes blessures
des pleines lunes noires
en fin de compte
ajoutez-y
la persistance des manques
des laissés-pour-compte
Les airs du mal
bar de lair
pas de lheure
Baudelaire
au Bel-Air
défait les chaînes
de la peine
bas de laine
robe de reine
une autre ère
le même air
dans la Seine
une mort saine
eau de bois-de-chêne
une mélopée ébène.
Épitaphe I
à mon âme
loin du drame
pense à rien
tout va bien
à mon corps
et ses torts
dans les fleurs
loin des pleurs
rêve en bien
pour les tiens
Épitaphe II
légère âme
loin des flammes
ô quand on pense plus à rien
cest certain que tout va très bien...
et quand on rêve plus de rien
temps ! tous on devient pour les siens...
là seul le temps est fort suprême
en bien il continue le poème...
Parfumée
oui
tu me veux ?
regarde, je suis là
tu ne me vois pas
pourtant
les murs ont des yeux
chaque soir
ombre suave dambre
mes maux te hument
ils nont pas le choix
je porte la croix
Fleur et pierre
pour mon cur
baccara
est la fleur
qui plaira
toi saphir
le kâfir
ta poésie
est moisie
vaporeux
nébuleux
sont sans feu
tes yeux bleus
Bobby Paul (2008)
Poème de Vilvalex Calice
La terre natale
Je vais te retrouver encore une fois mon île
Pour fouler de mes pieds nus ta mer qui pétille
Pour admirer tes fleurs, tes ravissantes filles
Aux démarches pompeuses dans tes rues qui faufilent
Je veux me retrouver bien plus prés du soleil
Où le coq, chaque matin, claironne le réveil
Avant que lastre dor qui attends et qui veille
Lheure de faire luire le ciel déclats doux et vermeils
De laube à laurore lécho de la jactance
Des tourterelles éprises qui sucent nos hibiscus
En harmonie divine, au soir, à langélus
Aux quatre coins du vent ondule la romance
O Haïti ! écoute ce que mon cur murmure
Au milieu de ce miasme quon te laisse languir
Je tassure mon pays tu ne vas pas mourir
Nous allons te guérir de tes mortelles blessures
Si aujourdhui je chante dair nostalgique
Ta chaleur qui réchauffe si tendrement mon cur
Pardonne-moi ma patrie davoir manqué dardeur
En louant tes prouesses, ta beauté angélique
Je veux finir mes jours dans lîle de mon enfance
Sur la terre imbibée du sang de mes ancêtres
Qui voulaient du sol que nous soyons seuls maîtres
Mon drapeau pour linceul, quelle preuve dallégeance !
Vilvalex Calice
Poèmes de Tontongi
Dialogue de sourds et faux épanchement
Tu es libre comme le vent sélançant
sur un long horizon daventures et dexplosion,
mais tu es aussi mon pauvre ami
un grand chagrin pétri dans laliénation.
Et dans le lointain de ton passé desclave
et dans ce moment de ton présent de mal vie
et dans ton futur de louis-jean-beaujé ogouferayen*
tu existes seulement comme un symbole dexistence,
là dans ces monts denfer et ces vallées de haine
qui retirent à la vie toute sa splendeur.
Pourtant tu es déjà toi aussi splendeur,
splendeur et rayonnement et éclosion !
Tu jures comme Brel que les bourgeois sont des salauds,
des kochon malpwòp sans lidéal dêtre.
Tu jures que les racistes emprisonnent lélan, et quil y a lhomme, la femme et les petits enfants qui sont des beautés pour anéantir lunivers de cauchemar. Et le remplacer par une simple caresse sous une nuit printanière. Tu es aussi, malgré ton auréole de saint, un simple petit malandren de la Cité Soleil. Ou un bum, un sans-abri dans le centre de Manhattan. Ou peut-être un poète de la misère humaine qui traverse la chaussée en pensant aux étoiles. Détendu comme cet astrologue sur léchelle qui scrute les planètes sans penser à la Terre, à la gravité, et qui sest fait chuter par un petit caillou.
Tu dis merde à la peur et aux honneurs mondains. Et tu bois chaque matin un coup de rhum piqué pour emmerder lespèce et jouir de ta victoire sur le sort aliéné réservé à la foule. Tu dis merde !
Fuck you ! À bas la misère !
À bas ce petit nazi de colon blanc voleur ! qui veut te faire penser comme un jakorepèt et qui ta refusé le droit même daimer !
À bas le grand vide quon crée parmi les hommes et qui les fait agir comme des robots sans cur, déshumanisés, désubstanciés, réifiés, aliénés, ô comme simplement un gaspillage de vie !
Tu te rappelles ? Tu as aimé un soir une fille. Tu étais si épris tu lui as offerte une bague de diamant. Et tu ten foutais bien si elle était Blanche ou Noire. Tu as aimé parce que ton cur était là, ébloui, enivré de la satisfaction dêtre. Un beau jour tu te trouves malade, affaibli, essoufflé presquau bord de la mort. Et ta chérie ta dit dans ce moment terrible : Adieu, bon destin ! Et tu lui as répondu : Pareil!
(1978)
Jai revu encore le campeur
Jai revu encore le campeur
là dans le même coin du boulevard
avec la même posture dégaré
le même regard de lAu-delà
la même ironie dans les yeux
défiant lesprit de sérieux
et le quen-dira-t-on
se moquant du réel
et aussi de la merde.
Il est toujours là
dans le même coin
la même mine dinconnu
il est toujours là
vingt cinq années plus tard.
(15 octobre 2008)
LErrant malheureux
Lui qui aurait aimé
quil explique sans parler
et comprenne sans entendre
lui vivant dans ses rêves dantan
cherchant à coup de pleurs
et despoirs renouvelés
lhumanité dans lhomme
et des gens à aimer.
Lui lErrant le salaud
qui aurait aimé vivre
vivre la vie sans le charme
dans lamour dans la joie
trouver sous locéan de froid
de mépris et de misère
un îlot de chaleur
qui propulsera lamour.
(janvier 26, 1978)
Une nuit à lArcahaie
Doux instant dallégresse
Que cette tombée du jour
Dans lArcahaie damour
De bonheur et divresse
Nous étions six amis
Ce jour-là à vouloir
Fuir le rythme noir
De la monotonie
La voie verte des bananeraies
Tressaillante sous les caresses
Dun vent plein de tendresse
Nous ouvrait Arcahaie
O mère de notre emblème !
Je ne connais ta douleur
Mais lenfant qui se meurt
Sort de ton sein débène
Doux moment que cette nuit
Avec des charmantes gonzesses
Noyés librement dans livresse
Nous dansions la symphonie.
(1975)
Une paire de criminels
Je les voyais regard fixé
sur la proie et les ombres
manière doiseaux prédateurs
pénétrés dune agression calculée
en train dêtre déversée
sur la précieuse victime.
Voyageant en paire éparpillée
double reflet dune trajectoire commune
lun marchant au pas sur le pavé
lautre calé dans une BMW digitalisée
lun à lépiderme lui dun noir débène
lautre à laspect dune rose épanchée
lun fumant débriété et du laisser-aller
inanimé par le regard hagard du crack
lautre tenant un cigare à lair bien cuisiné
lun habitant dans une banlieue sans bruit
sans nuisance et sans âme et sans foi,
lautre agité dans les commotions urbaines
au tréfonds des enclaves des vies rejetées,
happé par la sirène des pompiers et policiers
et ambulanciers pressés par le malheur
ou par les plaintes de douleur des malades.
Ils sont beaux, heureux, enivrés et puissants
ils vendent des rêves la nuit et non la charité
ils exultent dune candeur infinie
ils tuent sans façon
dans un coin de rue en sourdine
ou dans la pleine voie sous léclat du lampadaire
ils tuent en plein air ou dans lombre
ils tuent pour deux sous ou pour une stéréo
ou pour des millions sous le nez du taxman
ils tuent sans façon
ils sont le reflet de notre monde
exemplaires et impeccables
une noblesse du mal être.
(1996)

