par Franck Laraque
« Jusquà quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? »
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ai lu avec intérêt et attention, dans le Coin de Carl, la relation du Congrès de la Diaspora Haïtienne tenu à Miami du 6 au 9 août 2009 et les débats auxquels il a donné lieu. Carl observe avec justesse que les Haïtiens malgré des années aux États-Unis naccordent pas aux autres le droit de critiquer. Mais ce nest point ici lobjet de mon propos. Roosevelt Jean-François a, dans les Minutes du Congrès de Miami, décrit objectivement, ce me semble, le déroulement de ce congrès. Il relate un malheureux incident survenu, un impair monumental commis par un « membre du cabinet » de lancien Président Clinton et entériné par les intervenants. Voici comment, dans un passage des Minutes, Jean-François nous confie avec un brin dhumour un tel accroc :
« Les propos du Premier Ministre étaient entrecoupés dapplaudissements venant de la satisfaction du public présent dans la salle. Entre-temps, un membre du cabinet Clinton fait signe de la main au Dr Lauredan pour venir le trouver en coulisses. Vraisemblablement, il a fait savoir à Lauredan daller sur le podium pour demander au Premier Ministre de raccourcir son intervention. Lauredan a passé le message à Moïse (Président du congrès), qui a acquiescé de la tête. Moïse a gravi le podium en glissant légèrement ses pas vers le Premier Ministre qui parlait. Il a tapé lépaule gauche du Premier Ministre qui a dû suspendre momentanément son discours et lui a chuchoté quelques mots à loreille. Le Premier Ministre a dû bâcler la fin de son intervention soulignant quon lui a demandé de terminer pour faire place au Président Clinton. Ce qui a déclenché un certain malaise. »
La réaction des Haïtiens à la hardiesse de lassistant de lancien Président Clinton, maintenant malgré ses titres et sa renommée, un émissaire de lONU en Haïti, est époustouflante. Dr Moïse, président du congrès, ne répond pas à lassistant de Clinton que son intervention est inacceptable, Madame Pierre-Louis étant le Chef du gouvernement haïtien. Celle-ci, humiliée, ne rejette pas dun revers de main laudace de lassistant de Clinton. Obéissant au diktat de Clinton, elle a bâclé « la fin de son intervention soulignant quon lui a demandé de terminer pour faire place au Président Clinton. Ce qui a déclenché un certain malaise ». Le public haïtien ne sest pas mis debout pour exhorter, dans un sursaut de dignité nationale, le Premier ministre à continuer son discours sans aucune restriction. Lassistance na ressenti quun certain malaise. La plus grande obséquiosité prévaut ainsi du plus haut au plus bas de léchelle. La vénalité semble conseiller à ceux qui tendent une main mendiante pour quémander laumône de plier léchine sils veulent recevoir la manne internationale. Là ne sarrête pas la tragi-comédie, elle est en si bon chemin. Le Président Clinton, malgré limpardonnable intervention de son assistant, prétend sans tiquer « quil ne va pas simmiscer dans la politique interne (dHaïti) ». Personne de lassistance pour linterroger sur la contradiction flagrante entre son affirmation et laccroc au protocole international causé par un membre de son entourage. Tout est mis sous le boisseau, jeté aux oubliettes.
Triste, pitoyable, écoeurant, mécrivent des amis consternés. Réalité fort compréhensible, néanmoins, lorsque les dirigeants haïtiens, incompétents et prédateurs, monopolisent le pouvoir et mènent la danse, la valse des dollars alors que les masses crèvent de faim, alors quun misérable salaire minimum de 200 gourdes est refusé aux ouvriers et travailleurs aux abois.
Vogue la galère, certes, avant quelle néchoue sur lévitable roc de la résistance populaire.
