Poème de Denizé Lauture
Cet homme universel
Cet esclave
Cet Africain
Ce Noir
Cet homme
Nommé Toussaint!
Cette île
Cet océan
Ces montagnes
Cette plantation
Nommé Bréda!
Cet esclave de lîle
Cet Africain de locéan
Ce Noir des montagnes
Cet homme de la plantation
Ce Toussaint Bréda!
Ces esclaves révoltés
Cette colonie
Cette Europe
Cette barbarie!
Ce phare
Cette étoile
Cet éclair
Cette Ouverture!
Ce phare éclairant les révoltés
Cette étoile illuminant la colonie
Cet éclair zébrant lEurope
Cette ouverture contre la barbarie
Ce Toussaint Louverture!
Cet homme né esclave
Cet esclave vétérinaire
Ce vétérinaire meneur dhommes
Ce meneur dhommes guidant lhumanité
Ce Général Louverture
Tout Saint!
Cet ultime forgeron de la fraternité
Cette foudroyante comète de la liberté
Cet aveuglant soleil de légalité
Ce titan de lhumanité!
Ce TOUSSAINT BREDA LOUVERTURE
Cet homme universel!
Denizé Lauture Septembre 2003
Professeur à Saint Thomas Aquinas College, à New York
Auteur de Running the Road to ABC, 1995
Pour observer le bicentenaire du martyre de Toussaint Louverture.
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Poème de Jean-François Grégoire
À lapproche de lhiver, pensez à ceux qui dans le froid, recherchent tout simplement la chaleur humaine pour passer comme il se doit, un Noël de joie, sous un toit Dans un monde où les valeurs humaines sont bafouées au quotidien, où la standardisation et luniversalité gèrent nos modes de vie, vagabonder dans limaginaire de la poésie est peut-être la solution pour retrouver des instants de répit et de consolation, mais Et après Devons-nous vivre en marge de la société ou sy insérer en tolérant les différences qui nous grandissent dans léchange? Sommes-nous des donneurs de leçons avec comme seule arme, notre crayon? Devons-nous décrire les mensonges et décrier les vérités de notre société en narpentant que les quatre coins de notre salon? Je partage lopinion de Lessing quand il disait: «Il ny a pas de grandeur où il ny a pas de vérité». Ceci est beau, ceci est grand mais la vérité est larme de limpertinent et le mensonge reste et restera celle du conquérant. Je suis poète amateur et non conquérant professionnel, je décris et ne décrie mais jessaie de communiquer pour exister et tendre la main à ceux qui, dans le désarroi, saccrochent à un souffle de vie, à une voix, à un toit. Nayez pas peur de brandir les banderoles de linjustice, claquant dans un vent messager, les mots qui décrivent et dénoncent les maux des puissances infernales.
Des Mois Sans Toit
Triste est la vie sans toi,
Triste est la nuit sans toit.
Sans toi la vie me tue,
Sans toit la nuit nous tue.
Lespoir rougit nos sangs
Mais, le sang sans la vie,
Ne ressent plus lenvie.
Je vis en gémissant
Et je meurs de non vie
Car, je suis sans logis
Pas demploi, pas de mois.
Pas de mois, pas de toit.
Pas demploi sans toit,
Ni de vie avec toi.
Honte aux hommes sans foi
Qui trahissent nos voix,
Préférant la gestion
Dun immeuble vide
Aux êtres moribonds
Glacés et livides
Cherchant comme il se doit
Dignité sous un toit.
Les hommes cupides
Assoiffés de grandeur
Aux regards avides,
Naccordent leurs faveurs
Quaux malins agioteurs
Spéculant sur le dur
Ne pensant quau futur
Sans richesse de cur
Payés pour regarder
Laction bénévole,
Ils savent contempler,
Les mains dans les poches,
Oubliant lobole
Pour ceux qui saccrochent
Pour un franc à la vie,
Pour un toit, un sursis,
Implorant dans le froid
La chaleur humaine
De leurs égaux en droits,
Sans dédain ni haine.
Voyez, hommes dÉtat,
Cette pancarte-là
Qui, non loin de chez vous,
Défie ces grippe-sous
À revoir leurs copies
Bien truffées dinepties,
Montrant limpéritie
Des seigneurs du gâchis:
«Ci-gît être sans vie
Né de la gabegie
Des vils rois du gaspi
Traînant sur lincurie».
Jean-François Grégoire France
Poème de Huguens Louis-Pierre
Le géant qui dort
le sang guerrier dans tes veines
a réincarné le débat soleil-lune,
le duel ciel-arc-en-ciel,
la lutte Spartacus-Rome.
arme de vengeance, le dard criminel poignarde
le flanc lugubre de la nuit
glaive impitoyable, massacre révolutionnaire
odeurs sauvages, fleurs sauvages aux pétales dabsinthe
pour qui donc sonne le glas?
sur le mont Olympia perchée,
Lady Liberté crache malgré elle quarante coups de canon,
quarante coups dhommages au front vainqueur du nègre marron
hommages à la Rochambeau!
palmiers, parades de feu dartifice au Champs-de-Mars
au 1er janvier 2004, que sera-t-il de tes deux siècles de liberté?
le génie de Toussaint,
la bravoure de Capois et le flambeau de Dessalines,
du volcan des exploits font éruption
mais sur le rivage de loubli séteignent sou peu.
la vierge violée crie à tue-tête
mais hélas! le bras dairain du guerrier dort à poings fermés
Haïti, fille aînée de tes surs affranchies
toi dont le cri de lambi a lui seul le joug colonial fait trembler,
toi dont le bras dairain, la bannière-liberté brandit le premier.
le soleil despoir se lèvera-t-il plus jamais sur tes joues fanées?
le destin rendra-t-il un jour les raisins de ta vie moins amers?
toi, le premier, qui rompis le fouet-torture-esclavage
mais aujourdhui hélas!
aux mamelles du Nouveau Monde encore tu demeures rachitique.
ainsi le nain sur le géant lemporte
aussi la tortue dépasse-t-elle le lièvre
loiseau de proie a la charge revient;
dans son bec impérialiste, emporte ton dernier grain-trésor-espoir.
la vierge violée, exploitée, a nouveau crié à tue-tête
sa voix lugubre déchire le voile de la nuit
son fiel amer tresse les lanières de sa misère noire
mais pour la défendre, pour la consoler, hélas!
le géant bafoué, ivre dillusions, dort encore à poings fermés.
Espère toujours
Mon avenir comme toi jeunesse,
Sur mes yeux ambitieux, sinscrivait au clair-fontaine
Excelsoir! point de limites, point de frontières
Mais quest-il donc arrivé à mes rêves dor?
Hélas! la course aux agiles nest pas toujours,
Ni aux vaillants la guerre
Donc et mes ambitions! et mes luttes!
Mes efforts sont-ils à vide déployés?
Le temps digère le vide
Le présent bascule le passé et sourit à lavenir,
Pourtant mon présent à moi du passé nest plus quun rappel
À avant-hier et peut-être à demain quasi identique
Tirée par les rênes des secondes éphémères
La lutte des minutes prend fin
Plus de temps, moins de temps: foutaise
Car mes rêves et mes ambitions déjà au vent sont tous envolés
Mais lhorizon à mes yeux un jour séclaircira
Oui, loptimiste de la vie en moi palpite encore.
Et toujours je veux espérer
Car le nuage est triste pourtant quand léclair lillumine sourit
Et la source saffaiblit pourtant des pluies du printemps renait
De même, Haïti mère-patrie, quoique naufragée, espère encore
Humiliation, dénigrement, trahison
Peu importe espère toujours
Car au 18 mai 2003 au mat altier de tes deux siècles dexistence
Ton drapeau bicolore à la face du monde sest hissé
Pourquoi donc cesser despérer?
Espère encore!
Espère toujours!
Huguens Louis-Pierre
Poème de Tontongi
À Nicaragua
Écrit à loccasion des élections nicaraguayennes de 1990 où a été élue Violeta Chamorro contre le candidat sandiniste le président en fonction Daniel Ortega)
Élus! la droite et limpérialisme et élus
Dieu Dollar, Propagande Yankee, Illusion,
Et Ignorance faite appel à la démocratie.
Élue! Violeta Chamorro, Mme la Présidente,
Une semi-prostituée sadonnant à son John.
Elle a un beau sourire, vous savez? Et une
Langue de vipère pour sucer mlle et sang,
Et des lèvres déclats Wall Street belles
Comme un mensonge. Comme la démocratie!
La CIA a donné, généreuse et gentille comme
Une sainte du champagne, du caviar, heureuse,
Pour fêter loccasion: quelle belle occasion!
Le Pentagone, religieux et la Bible à la main
A donné une fête sacrée solennelle et pompeuse
En lhonneur des Contras, ces fils de putain
Devenus Anges de Dieu et protecteurs du peuple!
Cest désormais la fête, le règne de lOubli!
Oubliés, cinquante mille morts inutilement morts!
Oublié, un monde de dégâts et de familles brisées!
Oubliée, larrogance de Reagan maître chanteur
Exigeant que le peuple lappelle «mon cher oncle!»
Cest désormais la fête, le règne du Réfrigérateur,
Lempire de la politique de la faim. My Dear Uncle!
Nicaragua de mes rêves! Tu es belle et jolie
Et encore gracieuse même dans ce vaste bordel
Qui aliène nos peuples en les appauvrissant
Et qui les appauvrit en aliénant leur âme!
Ils ont piétiné, débauché et souillé la terre,
Retirant à la source tout ce qui la fait source;
Ils ont semé à la place avec un beau cynisme
La frigidité, lavidité, la cupidité, le désert!
Et puis ils nous demandent de les adorer et aimer
Comme des enfants de chur, heureux, pieux, comblés
Qui les appellent «mon oncle» avec un grand sourire!
Ils nous ont refusé même le droit à la vie,
Même le droit dêtre humains et de vivre comme tels;
Nous devenons robots, rats de laboratoire, objets
Et computer data pour experts sans conscience!
Je sais quil te fut difficile, ô Nicaragua!
De continuer à vivre dans cette grande tragédie
Comme une sainte du Ciel loin du grand carnaval,
Tout au bout de la détresse jusquauprès de la mort!
Et tu mes encore belle même dans le désespoir
De voir tes idéaux changer en grand négoce;
Et tu te réveilleras! encore fière et pleine
De lallégresse de vivre pour une cause juste;
Tu te réveilleras! Parce quil y aura Haïti,
La Palestine, le Brésil et les autres opprimés
Pour reprendre le flambeau de ta main fatiguée
Et qui lallumeront comme un soleil despoir.
Il est vrai que ce maître vicieux et prétentieux
Ait tout une variété despèces alléchantes
Qui lui sert dapparat pour tenter et duper
Les affamés de la terre quil a crées de lui-même
Pour prostituer tous ceux qui cherchent leur dignité!
Mais demain et dans une grande vision despoir
Les exploités de la luxure et des rêves dillusion
Descendront dans la rue et crieront langoisse
De cent mille ans dhorreurs demandant un répit
Pour que des hommes de chair maîtres de leur destinée
Trouvent ensemble dans lhonneur et dans la liberté
Une belle raison de vivre, de chanter, daimer et
De crier la joie dêtre enfin une espèce en vie:
Cri de reconquête de la vie! Règne de la liberté!
Tontongi
Poèmes de Edner Saint-Amour
Être soi-même
Au moment de mon adolescence
je suis soufflé de lâme dun poète.
Et depuis la poésie végète
sans se ralentir de sa croissance.
Je me nourrissais lesprit de la lecture
des pièces classiques dont je me procure.
Lidée seule germa au sein de mon cerveau
je veux être Corneille, Racine ou Boileau.
De ces auteurs jai reçu luvre classique
avec un accueil chaleureux, sympathique
Dans ces uvres dart de haute portée
jentrevois le tremplin de la renommée
Mais quand jexplore lunivers romantique
je découvre des attraits encore plus magiques
Lidée seule germa au sein de mon cerveau
je veux être Lamartine, Musset ou Hugo
Si se perd le regard tout béat de mon il
dans la beauté de lart dun Pierre Corneille
mon âme se perd dans les vers de Lamartine
comme une paille dans la vague marine.
Et je ne puis mempêcher, tout moment
de mentraîner dans le jeu de ce courant
que recherche mon âme toujours et partout
malgré furieux que soient flots et remous.
Malgré leffort fourni à nul autre pareil
je ne puis être ni Lamartine ni Corneille
Toutefois un artiste, un poète a surgi
dont luvre fait croire en un génie
À tout homme dont linspiration est fertile
comme son idée, son uvre, son art, son style
Limitation, si haut son degré de fidélité
nest la clé ni du succès ni de la renommée.
Mais elle demeure un bon point de départ
pour celui qui veut voyager dans lart
Limitation reproduit bien les choses
mais ne crée pas car elle nest pas cause.
Loiseau Tchit
Un Tchit apprenait à peine à voler
quand par un vent violent il fut frappé
Ailes mouillées, il se glissa dans lair
pour aller presque sécraser par terre.
À cette chute, il se porta très mal
en se pataugeant dans une eau sale
Je lai sorti de leau qui gênait ses ailes
et lai mis à labri où il se réchauffe au soleil.
Après quelques bonnes dizaines de minutes
il sest sorti sain et sauf de sa chute.
Je lai approché sur lherbe où je lai mis
loiseau senvola comme si jétais un ennemi.
Certains hommes peuvent se reconnaître
à travers ce que loiseau laisse apparaître.
Ils vous connaissent quand les ronge le besoin
ils vous ignorent quand tout va dun bon train.
Zémuse
Cest moi le dieu de lencre
à coup de bec de bic
qui fais vibrer les feuilles
Cest moi le dieu des sambas
qui fais atterrir linspiration
sur la piste des areytos
dieu du samba en inspiration dareytos
Cest moi le dieu des mots
qui fais danser les images
à travers le verre des vers
Poème
Je ne connais que mes poèmes
où mon cur dit tout ce quil aime
et mon âme lit ses déboires
avec les yeux de lespoir.
Je ne connais que mes poèmes
où saccouchent mes problèmes
qui se penchent sur mon âme
nespérant nul baiser de femme.
Je ne connais que mes poèmes
devant quoi toute autre chose est vaine
depuis la haine jusquà lamour
et tout le reste qui mentoure.
(Haïti, 21 août 1987)
Guayamunco
Sur les bois, les arbres qui entourent
les longues rives de la rivière Guayamunco,
qui les accostent tout au long et tout au autour
chantent, gazouillent tant de beaux oiseaux.
Leur ramage mélangé au murmure des eaux
engendre le tempo du plus doux des échos
traversant nos tympans à jamais endormis
pour monter vers le ciel jusquà linfini.
À lombre de ces bois couronnés de verdure
où lon respire la beauté de la nature
où lon respire le doux parfum de lazur
cest là que je savais mener mon aventure.
Que de moments si doux si beaux ai-je passés
dans une solitude où le silence couronné
dun manteau de joie, de sérénité, de gaieté
apportent à mon âme paix et volupté.
Par la flûte et la guitare de leur ramage
Les oiseaux ont accompli un bel ouvrage
Par ses rives toujours ornées de verdure
Guyamunco! Quel chef-duvre de la nature!
Ah! Dieu est vivant, Dieu est là
car nature brille hors de tout éclat
Dieu est présent dans le ramage des oiseaux
Dieu est présent dans le murmure des eaux
Dieu est présent dans londe de Guayamunco
(Juin 2000)
Mon tambour
Si le grand sol de la Chine
métait terre dorigine
je dirais à Shanghai
pour ses vertes campagnes,
je veux chanter tes collines
dans des rimes Mandarines.
Si le verbe Espagnol
maccordait la parole
mes vers à chaque mot
danserait boléro.
Si le verbe Anglais
à ma langue était
ami très intime
jaurais en estime
les musées de Londres
même dans mes songes.
Mais
Cest dans les Antilles
où soleil toujours brille
où la mer a pour compagnes
les cocotiers qui laccompagnent
pour fiancés les bois-fouillés
qui la draguent et laccotent
tout le long de ses cotes
que je me vis naître dâme et dêtre.
Cest là que Batala me fit naître
Cest là par cette attrayante fenêtre
que mon esprit, mon sang se vit apparaître.
Cest sur le sol dHaïti,
terre aux montagnes chéries
que Maîtresse Erzulie dessine
le berceau de mon origine.
Cest sur cette élégante île
au sol fertile
que le cordon de mon nombril
sest fait fossile.
Cest là sur cette Île Créole
que je peux hausser mes épaules
pour dire dune âme altière
voici le sol voici la terre
où mon cur à lair de roi
se sent à jamais chez soi.
Par ce destin
qui me retient
mon âme na que son tambour
pour offrir son chant damour
à ses loas Grann Batala,
Jean Dantò, Papa Legba.
Chaque fois que ma main nègre
dun ton allègre
fait chanter son cher tambour
un chant damour
cest pour dire à tous mes Loas
en bon Konpa
que toujours mon cur leur sera
un bon rara
À moi tout chant étranger
nest quun exotique oranger;
plus je mange son fruit
moins ma faim menfuit.
Alors à mes loas Guede
je saurai ainsi chanter:
Oui! Je nai pour faire de moi
à tout moi
ce que je dois à jamais être
à tout mètre
que lécho de mon tambour
avec amour
que mes femmes créoles dansent
dune âme en transe.

