par Marcien Guy-Frantz Toussaint (Gifrants)
- La polarisation de nos classes sociales
- Lexodus de nos compatriotes
- Le refoulement de nos concitoyens dans notre pays
- Limpact de la diaspora dans notre vie socio-politique, socio-économique et socio-culturelle
- Leffondrement de nos institutions
- Lofficialisation de la langue créole
- Léchec de la classe politique traditionnelle
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es points ci-haut représentent autant de faits importants dont les conséquences ne peuvent être négligées. Nous sommes en train de vivre lune des périodes les plus critiques de notre existence de peuple et de nation. Il incombe à tous patriotes, intellectuels ou non, de sinvestir du courage, de la volonté, de lintelligence et surtout de lamour pour la liberté qui ont motivé et animé le coeur et lesprit de nos ancêtres, pour redresser cette situation honteuse et indigne de notre histoire.
Au cours de ces deux derniers siècles, nous avons failli darriver à un général consensus à lintérieur de notre pays. Les alliances et les compromis nont abouti quà des guerres intestines, minées par des exils et des coups dÉtat intermittents, tout en créant une instabilité politique constante même en temps de paix apparente instiguée par des dictatures froides, oppressives et répressives.
Un consensus politique ne peut pas sétablir après des élections. Cependant, larrêt dun consensus ouvre la voie vers la concrétisation dun processus politique destiné à garantir une harmonie durable au sein dune société ou dune nation. Lélément de cette pierre centrale sur laquelle doit se reposer cette harmonie réside dans notre nationalité et identitélhaïtianisme.
Il est impératif de définir lhaïtianisme
Notre Constitution stipule ce qui suit pour la nationalité haïtienne:
«Possède la nationalité haïtienne dorigine, tout individu né dun père haïtien ou dune mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens et navaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance.»
Nous croyons fermement que la Constitution de 1987 doit être amendée pour redéfinir la nationalité haïtienne.
Article 11a:
«Possède la nationalité haïtienne dorigine, tout individu né sur le sol haïtien dun père haïtien et dune mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens sur le territoire de la République dHaïti et détiennent toujours la nationalité haïtienne au moment de la naissance de cet individu.»
Article 11b:
«Possède aussi la nationalité haïtienne dorigine, tout individu né sur le sol haïtien dun père Haïtien ou dune mère Haïtienne suivant la déclaration formelle de lun ou de lautre pour lobtention de la nationalité haïtienne pour cet individu au moyen dun acte de naissance. Une telle obtention ne ratifie nullement la double nationalité pour cet individu.»
Article 11c:
«Possède aussi la nationalité haïtienne dorigine, tout individu né sur un territoire étranger dun père Haïtien ou dune mère Haïtienne qui na jamais renoncé à sa nationalité suivant la déclaration formelle de lun ou de lautre, pour lobtention de la nationalité haïtienne pour cet individu, au moyen dun acte de naissance auprès dun représentant officiel de la République dHaïti. Cette déclaration doit se faire au cours des 30 jours suivant la naissance de cet individu. Une telle obtention ne ratifie nullement la double nationalité pour cet individu.»
Dun côté, lintégrité de notre nationalité sera préservée. De lautre, lobjection des pays sur le territoire desquels sont nés des enfants de parents haïtiens ne trouvera aucune référence légale dans notre Constitution. En outre, la prétention et lassomption de tout individu de saccoutrer de la nationalité haïtienne à partir de bases légales sont ainsi contrecarrées.
La nationalité définit laspect socio-politique de lhaïtianisme. Les arts vont définir laspect socio-culturel de ce dernier. Pour arriver à ce consensus général, ci-dessus mentionné, la révolution culturelle doit anticiper la révolution politique.
Lofficialisation du créole affirme demblée et beaucoup plus la présence de nos paysans sur la scène socio-politique et socio-culturelle de notre pays. «La journée du Tambour» doit être célébrée. Le phénomène dacculturation sest accru à un rythme essoufflant vu leffrondement de nos institutions et surtout notre dépendance vis-à-vis de lOccident. Une révolution culturelle peut créer à coup sûr non seulement un sens de fierté, mais aussi un ralentissement de ce phénomène dacculturation.
Nous avons besoin de respirer, de retrouver notre sens dorientation sur le plan national. Nous ne pouvons remédier à ce traumatisme collectif quà travers la récupération de nos valeurs morales et surtout lexercice de nos responsabilités civiques. La notion de peuple, de pays et de nation doit primer sur lindividualisme et le tribalisme pour rejoindre celle du bien-être collectif.
Haïti une et indivisée
Cette révolution culturelle ne peut être intuitive. Elle doit absolument instituer et renforcer le nationalisme haïtien, ce qui nous a fait grand défaut au cours de nombreuses générations. Ce nationalisme ne doit nullement exclure la diaspora et ceci pour trois raisons:
- La majorité de nos cadres vit actuellement à létranger.
- Linfusion dont bénéficient nombreux de nos concitoyens à travers leurs transferts dargent et leurs activités micro-économiques à lintérieur de notre pays.
- La possibilité de les récupérer et les intégrer dans le processus de développement de notre pays.
Il faut toutefois clarifier à la diaspora que la faiblesse de nos institutions et celles de Droit et de Justice en particulier ne nous permet nullement de ratifier la double nationalité durant ces périodes chaotiques. Des problèmes de temps et despace se poseront et loutrage de notre humiliation ne sera et ne pourra nullement être compensé par des excuses au niveau diplomatique. Nous croyons aussi que ceux qui nont jamais eu lopportunité dexercer leurs devoirs civiques dans notre pays, ne peuvent et ne doivent nullement marchander laccomplissement de ces derniers en réclamant la double nationalité.
Daucuns vont se demander comment on peut ralentir ce phénomène dacculturation si la diaspora fait partie intégrante de notre société.
La majorité de nos concitoyens ont laissé notre pays pas parce quils ne laiment pas, mais parce quils ont été dans limpossibilité dy améliorer leurs conditions de vie. Le traumatisme et le choc culturel vécus sur le sol étranger créent chez eux une nostalgie amère laquelle incite ce grand désir de revenir chez nous, en Haïti. Dans le cas de nos artistes, quil sagisse du feu Guy Durosier, dun Wyclef Jean, ou dune Edwige Danticat, la Mère Patrie a toujours gardé une place spéciale dans leur coeur et leurs oeuvres aussi bien que leurs actions en témoignent. LAcadémie Haïtienne des Sciences et des arts doit cautionner toutes nos oeuvres.
Aussi nous proposons la dénomination Natif. Natif dérive de «natifnatal» et décrit ce qui est authentiquement haïtien. Les uvres «natif», quelles soient en créole, en français, en anglais, en espagnol, en allemand ou en portugais, et quelles que soient la langue, la spécialité ou la profession au niveau des arts et de la littérature, aussi longtemps quelles reflètent notre vie, nos us et coutumes, et nos aspirations doivent faire partie de notre patrimoine littéraire, culturel, intellectuel et scientifique. Nos savants haïtiens à travers le monde, non seulement méritent notre appréciation, mais aussi doivent servir de modèles à la génération actuelle et aux futures générations haïtiennes.
Nous croyons fermement quil est grand temps daller au-delà de la peinture primitive. Nos paysans ne peuvent plus vivre dans les huttes. Nos marchandes ne peuvent plus transporter ces paniers de fruits tout au long des chemins pendant des heures. Tirer ces cabriolets surchargés sur des routes boueuses et des pentes rugueuses représente laustérité dune vie antique au milieu du vingt-et-unième siècle. La peinture primitive ne peut prétendre pérenniser un mode de vie aussi misérable dans la vision dune Haïti meilleure.
La révolution culturelle «natif» ne nous renvoie pas en Afrique comme lont fait la Négritude et lIndigénisme. Cette fois-ci, nous restons chez nous, en Haïti. Nous avons apprécié finalement le génie de nos ancêtres dans la création de notre langue maternelle, le créole. Nous avons accepté finalement que le paysan est lun de nous, quil a le droit de sexprimer dans notre langue maternelle sans être victime de préjudices, quil a le droit dêtre éduqué et dexplorer son potentiel dans notre langue maternelle, et bien plus, quil a le droit de défendre ses droits dans notre langue maternelle.
La révolution culturelle «natif» rejette labsorption intégrale de tout élément culturel étranger à moins que ce dernier coïncide à une représentation effective de notre collectivité et traduit celle-ci dune façon positive. Nombreux dentre nous vont questionner ou bien limportance de telles prérogatives ou bien leur efficience vu limportance de la liberté individuelle et artistique. Pour nous, limportance demeure dans la nécessité de restaurer nos valeurs culturelles et artistiques lesquelles ne parviennent pas à contenir linvasion de lacculturation. Il ne sagit point dinterdire linnovation ou bien de censurer la liberté individuelle et artistique, mais plutôt dencourager dabord lappréciation de nos valeurs culturelles et artistiques et de les modeler dans la concrétisation dun Haïtien contemporain au sein dune Haïti compétitive, capable dassurer le bien-être de ses enfants.
La révolution culturelle «natif» entend induire à la psyché haïtienne des valeurs morales positives.
Il est grand temps:
- quun héros protège Bouki (le naïf) de Malis (le méchant), ou bien que Bouki sarme de courage pour confronter Malis et le mette hors détat de nuire;
- que lindividu Haïtien intelligent soit celui qui a la capacité innée ou bien a développé la capacité dinnover et de créer, et que le coquin ne soit nullement lintelligent quon vénère dans notre culture;
- que la femme Haïtienne devienne une partenaire dun statut égal à celui de lhomme Haïtien et jouisse de tous ses droits intégraux sans lombre dabus physiques et sexuels et de préjudices sociaux;
- que la tolérance soit prêchée au sein de notre société en ce qui concerne les préférences sexuelles de tout individu, et que tous droits innés, prescrits et définis par la Constitution ne peuvent être interdits ou réprimés à cause de celles-ci, exception faite de la bestialité, laquelle doit être un crime puni par la loi;
- que le vodou soit apprécié et respecté dans son contexte historique et socio-religieux. Le caractère démoniaque attribué au vodou doit être supprimé. Nous croyons fermement que son aspect spirituel ne manquera pas de ressurgir et de fortifier le niveau mental de lindividu Haïtien aussitôt que le primum vivere ne consomme plus son énergie ni détourne son attention de lessence de ces enseignements divins.
Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la révolution culturelle «natif» naisse dune décision politique et relève dune intervention gouvernementale. Toutefois, le caractère et limpact politiques de celle-ci ne doivent être nullement minimisés. Le consensus pour cette révolution ne doit enfreindre la liberté dexpression daucun individu. Toutefois, la volonté formelle de préserver notre culture et notre identité ne doit être nullement compromise.
La célébration du 18 Mai, la fête de notre drapeau, est devenue une fête internationale. À travers les villes des Caraïbes, de lAmérique et dEurope, les communautés de la diaspora haïtienne marquent leur présence et réaffirment leur identité culturelle. À travers les universités du monde, les jeunes dorigine haïtienne se réunissent et démontrent leurs intérêts dans les affaires de notre pays.
Nous voulons mentionner les efforts de lancien ambassadeur dHaïti au Japon, Monsieur Marcel Duret, dans ses démarches pour accentuer les échanges culturels entre notre pays et le Japon. Cette sclérose partielle qui semble affecter notre intelligentsia à lintérieur de notre pays a été fortement compensée par toutes sortes dinfusion de la part de la diaspora.
Toutefois, la révolution culturelle «natif» ne peut être importée. Une correspondance étroite savère nécessaire entre la Mère Patrie et la diaspora. Une méticuleuse dissection de nos problèmes dans le monde littéraire et artistique ne doit pas déboucher sur des compensations et gratifications personnelles a priori. Cette tâche noble de prendre en charge la destinée de notre pays ne traduit quen fait lexercice de nos responsabilités civiques en tout premier lieu.
Sur ce, nous invitons nos compatriotes haïtiens, et les descendants de tous les Haïtiens, artistes, hommes de lettres et savants, ceux de la diaspora et vivant sur le sol de la Mère Patrie, motivés par le grand désir et par la volonté de contribuer au progrès et au développement de notre pays, de participer à la révolution culturelle «natif».
Pour une Haïti meilleure, notre pays, et au nom de notre liberté!
