tiré du Monde du jeudi 22 janvier 2009
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ans un chat jeudi 22 janvier au lemonde.fr, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, analyse le poids et la crédibilité de la diplomatie mondiale dans le guerre de Gaza. «La vraie question», dit-il, «quil convient de se poser est de se demander si le rôle «médiateur» des États-Unis au Proche-Orient nest pas maintenant réellement usé». Dans quelle mesure la communauté internationale est-elle responsable de la guerre de Gaza? Le fait davoir rejeté les résultats du scrutin de 2006 remporté par le Hamas ne constitue-il pas une faute grave? Le précédent du FIS en Algérie vainqueur des élections de 1988 et aussitôt rejeté par les militaires soutenus par la communauté internationale provoquant la guerre civile que lon connaît na pas servi?
Bertrand Badie: Très certainement. On peut dailleurs, avec profit, distinguer plusieurs paliers de responsabilités. Tout dabord, le choix tacite opéré par la communauté internationale de pérenniser ce conflit, de sinstaller dans un processus dont on sait quil naboutira que très improbablement à une paix réelle, crée au sein de la population palestinienne un double sentiment de frustration et dincrédulité face à la politique menée par Mahmoud Abbas. Ainsi, les logiques de long terme conduisaient de façon certaine à une radicalisation au sein même des mouvements palestiniens extérieurs à lAutorité, et suscitaient un capital de violence dont on a vu quil a trouvé largement son écho auprès dIsraël.
Mais il y a aussi un second niveau, celui que vous désignez à travers la non-reconnaissance du Hamas. Quel que soit le jugement que lon porte sur ce mouvement, sur ses orientations idéologiques et sur la nature de ses motivations, il était depuis longtemps évident que le Hamas était incontournable et devait dune manière ou dune autre participer à un processus de négociation dans lequel il sétait dailleurs discrètement inséré en acceptant de participer aux élections législatives quil avait, rappelons-le, gagnées.
Et il y a encore un troisième niveau de responsabilité, propre notamment à lUnion européenne. Dans un contexte de menace montante, alors que chacun savait quIsraël était prêt à lancer une offensive meurtrière sur Gaza, lEurope a rehaussé sa coopération avec Tel-Aviv, donnant ainsi un signal de confiance et de soutien que la diplomatie israélienne na pas manqué dutiliser pour conforter ses positions au moment où la guerre a commencé. La maladresse de Nicolas Sarkozy, recevant Mme Livni au premier jour du conflit, avec embrassades sur le perron de lElysée entre les chefs de la diplomatie française et israélienne, a incontestablement créé chez les responsables israéliens la conviction quils pouvaient se lancer dans une opération majeure sans risquer une condamnation ferme de la part de la diplomatie occidentale.
Pan: Quelle est aujourdhui la crédibilité de lONU, qui apparaît incapable davoir une quelconque influence sur le conflit?
Bertrand Badie: Le Moyen-Orient ne réussit pas aux Nations unies. Depuis la guerre de 1967, aucune initiative venue de la Maison de verre na pu sérieusement aboutir. On distinguera peut-être quelque peu le cas du Liban, avec laboutissement de la résolution 425 sur lévacuation du Sud-Liban par larmée israélienne et le rôle positif et efficace accompli par la mission onusienne dans le maintien de la paix depuis la guerre de 2006, comme lont dailleurs montré les événements récents de Gaza, qui nont en rien, ou presque, distrait le calme à la frontière libano-israélienne.
Sur lessentiel, cest-à-dire la question palestinienne, aucune des résolutions des Nations unies na abouti, et ce notamment du fait du veto américain. Les Nations unies, du même coup, se trouvent reléguées dans un rôle moindre certes, mais non négligeable, dexpression morale. La résolution 1860 sur le cessez-le-feu, même si elle a essuyé labstention des États-Unis, a incontestablement contribué à faire pression sur Israël.
Le rôle du secrétaire général Ban Ki-moon na en rien été négligeable: le fait quil se soit déplacé en personne à Gaza est un signe dautant plus fort que sa mission sest accompagnée de propos exceptionnellement fermes à lencontre des violations par Israël de certains principes du droit de la guerre.
Le fait, en outre, que des agences onusiennes aient été victimes de ce conflit et aient été les cibles de tirs israéliens a incontestablement contribué à réintégrer les institutions onusiennes dans ce conflit dune manière qui pèsera probablement lourdement sur les suites que la communauté internationale pourra lui donner.
Mais pour lessentiel, tout se passe comme si lensemble des diplomaties du monde était depuis longtemps convaincu que la solution de la question palestinienne passait par dautres voies que celle du multilatéralisme institutionnalisé, ce qui est dommage, dune part pour le système onusien, mais probablement aussi pour lavenir de la négociation, car décidément, on ne voit pas qui peut efficacement se substituer aux Nations unies pour porter un règlement crédible de cette crise.
M. Simonson: Quel serait larbitre le plus crédible dans ce conflit?
Bertrand Badie: Justement, aujourdhui, on nen voit pas, ou presque pas. LEurope aurait pu jouer un rôle capital, dautant plus efficace que la disparition de lURSS a créé un très fort déséquilibre de puissance dans la région et que le parrainage consenti par les États-Unis à Israël aurait, de tous les points de vue, gagné à être rééquilibré par une vision différente et libre que lEurope aurait pu porter. On le regrettera dautant plus quune voie avait été ouverte en ce sens: dès les années 1970, lEurope avait construit une vision propre et distincte du conflit dans cette région, dont elle est dailleurs très proche. Cette indépendance de vue a été par la suite confirmée, notamment par le sommet de Venise (1980) et celui de Berlin (1999).
Lélargissement et la crise irakienne ont été pour beaucoup dans la modification de cette ligne. Dabord, les équilibres diplomatiques ont été profondément modifiés, avec lentrée de nouveaux pays, beaucoup plus proches des États-Unis et dIsraël, peu enclins en outre à laisser, comme naguère, à la France un rôle dinitiative dans la définition de la politique moyen-orientale de lEurope.
La division de lUnion à la suite de lintervention américaine en Irak a approfondi le phénomène, créant un clivage fort au sein de ses membres et conduisant ceux qui avaient tenu tête aux États-Unis à adopter ensuite, comme par compensation, une attitude beaucoup plus conciliante à légard de Washington.
Mais le vrai tournant est celui de janvier 2006, lorsque lEurope, après avoir encouragé la tenue délections libres en Palestine et avoir admis leur régularité, anotamment par la voix de Javier Solanarefusé a priori tout contact avec le gouvernement du Hamas issu des urnes.
Une fermeture sest alors installée, qui a conduit à toutes les radicalisations les moins favorables à la paix et a empêché lEurope de tenir un rôle de médiateur. Comment peut-on être médiateur entre deux protagonistes dun conflit lorsquon refuse même de connaître lun des deux? Cette équation a été fatale au rôle diplomatique de lUnion. On voit en revanche comment certains peuvent ramasser la mise. Certainement pas lÉgypte et les pays dits «modérés» du camp arabe, car leur autorité sest trouvée considérablement affaiblie par leur passivité dans les semaines qui ont précédé léclatement du conflit, et par une proximité jugée trop forte avec les États-Unis, voire Israël.
Mais en revanche, la Turquie a réussi de façon assez spectaculaire à se placer dans ce conflit dans une position pratiquement exclusive: Ankara semble aujourdhui le seul des acteurs régionaux à être audible par tous, à avoir eu lintelligence de ne pas rompre ses liens avec le Hamas, sans avoir pour autant réellement remis en cause ses relations avec Tel-Aviv. Évidemment, on peut sinterroger sur lampleur de la capacité diplomatique de la Turquie: peut-elle à elle seule prendre une initiative crédible? Ou peut-ellece qui sera probablement le casjouer lhonnête courtier au nom dacteurs plus forts qui nosent plus se montrer ou ne peuvent pas le faire de manière efficace? Dautant quAnkara dispose de bonnes cartes dans son jeu: sa présence au Conseil de sécurité, sa participation à lOTAN qui lui vaut lécoute de Washington, et des relations quelle a su approfondir avec la Syrie et maintenir avec Téhéran.
John Reed: Croyez-vous à une diplomatie de succès dans la région maintenant que les liens entre lUnion européenne et les États-Unis de Barack Obama sont appelés à se renforcer?
Bertrand Badie: Je ne suis pas sûr que les liens avec lEurope soient au centre des préoccupations de Barack Obama. Il a été en tous les cas fort discret sur le Vieux Continent, tant dans son discours dinvestiture que tout au long de la campagne électorale. Il est très difficile de préjuger de ce que sera la «nouvelle» diplomatie américaine au Proche-Orient. Aucun signe na pour lheure été délivré par le nouveau président pour indiquer sa volonté de rupture. Il est certain, en revanche, que la nouvelle administration dispose dun état de grâce qui devrait lui permettre de prendre des initiatives fortes.
Mais la vraie question quil convient de se poser est de se demander si le rôle «médiateur» des États-Unis au Proche-Orient nest pas maintenant réellement usé. Crédible après 1973 grâce notamment aux initiative volontaristes de Henry Kissinger, la démarche proactive de Washington a trouvé son ultime réalisation dans les accords de Camp David, dont on va bientôt célébrer les trente ans. Depuis, aucune initiative majeure na abouti à un résultat tangible de quelque nature que ce soit.
Lattente du monde arabe, et au tout premier plan des Palestiniens, semble sêtre émoussée. Les cartes dont pouvait disposer ladministration américaine se sont émoussées. Les formules qui se sont succédé, et notamment la fameuse feuille de route, ont perdu de leur crédibilité. On sait depuis toujours quun gladiateur na aucune chance dêtre un médiateur. On sait depuis fort longtemps quune solution dans la région nest possible que si elle implique tout le monde. Ce qui conduira dune manière ou dune autre, et inévitablement, à une réévaluation des acteurs locaux, et notamment de ceux qui ont été le plus rebelles à lalliance avec les États-Unis.
La véritable équation diplomatique est de savoir comment et jusquà quel point ladministration Obama acceptera dériger lIran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas en partenaires dun jeu dont il faudra inévitablement repenser les contours. Jusquà présent, lobsession américaine était de changer les régimes de la région jusquau ce que la carte du Moyen-Orient ne compte que des alliés des États-Unis, prompts dès lors à suivre comme un seul homme une solution globale dinspiration américaine et en fait favorable à Israël. Si cette formule a démontré quelle ne marche pas, alors il faudra la remplacer par une conception entièrement nouvelle des partenariats, dont on ne sait rien aujourdhui car on ne sait même pas si elle emporte ladhésion du nouveau président américain.
Que pourront faire dans ce climat nouveau des acteurs jusque-là peu diserts comme la Russie, voire la Chine? La question mérite dêtre posée et son actualité risque dêtre hâtée par léchec de lUnion européenne, qui a hélas perdu sa place.
Sheedk 1: Lenjeu de cette guerre pour le trio Barack, Olmert et Livni est électoral. Nétanyahou est donné favori, quel est lespoir de paix?
M. Simonson: Que pensez-vous de la rhétorique dEhoud Barak sur la menace iranienne?
Bertrand Badie: La pression du jeu électoral est incontestable. Du point de vue de la science politique, elle montre dailleurs, contre les idées reçues, que le jeu démocratique ne favorise pas toujours, tant sen faut, les initiatives de paix. Il y a bien eu entre les leaders israéliens une surenchère dangereuse destinée à montrer à lopinion publique israélienne quaucun dentre eux nentendait abdiquer dune politique de force. Jusquà preuve du contraire, celle-ci est bien le dénominateur commun entre les différentes formations israéliennes, et toute la question est de savoir si viendra un jour un leader suffisamment charismatique pour imposer une autre vision du règlement de lactuel conflit. Personne ne semble pour lheure se profiler à lhorizon. Pour autant, lattaque israélienne sur Gaza sest soldée par un échec que Nétanyahou a maintenant beau jeu de dénoncer: le Hamas nest pas désarmé, les tirs de roquettes sont encore possibles à tout moment sur le sud dIsraël, le soldat israélien (Gilad Shalit) enlevé na pas été libéré.
On peut donc imaginer que toute cette violence aura servi à terme la cause du Likoud au lieu de contenir son ascension. Comme toujours dans cet état desprit, largument de lennemi fait recette. Si une action contre le Hamas na pas abouti aux résultats quon pouvait escompter, on peut en effet pronostiquer un retour de la question iranienne, pourtant oubliée depuis un certain temps. Je doute, pour ma part, que la nouvelle administration américaine laissera les responsables israéliens aller trop loin dans une action destinée à alerter lopinion israélienne et le monde des dangers iraniens. On prétend ici et là que même George W. Bush sétait récemment opposé à une action de Tel-Aviv contre Téhéran. On voit mal Barack Obama le contredire sur ce point.
Z. Safwan: Pourquoi la Syrie se démarque-t-elle des autres pays de la région, notamment lÉgypte et la Jordanie? Nétait-il pas préférable de signer un accord de paix avec Israël en récupérant le Golan par la négociation comme la fait lÉgypte, la Jordanie et peut-être même le Liban? Le récent discours du président Bachar Al-Assad au Qatar va à lencontre de tout ce que proposent le président Hosni Moubarak, le roi Abdallah II ou le président Palestinien Mahmoud Abbas.
Bertrand Badie: La question que vous posez est complexe, car elle renvoie à plusieurs histoires. Il y a eu, on le sait maintenant, un long processus de négociation entre la Syrie et Israël, qui avait pour enjeu la récupération du Golan et qui aurait fort bien pu aboutir en contrepartie à une normalisation des relations entre Damas et Tel-Aviv. Rien ne permet, aujourdhui, de dire que léchec de ces négociations soit imputable à un refus total de la Syrie de normaliser ses relations avec Israël.
En revanche, force est dadmettre la concurrence dune autre histoire, qui a cette fois pour théâtre lensemble de la scène moyen-orientale et qui se traduit par un clivage de plus en plus dur, voire de plus en plus dangereux, entre la Syrie et ses alliés dune part, lArabie saoudite et, secondairement, lÉgypte et la Jordanie dautre part. Ce clivage traduit un véritable scénario de guerre froide à lintérieur du monde arabe, dans lequel les gains des uns deviennent des pertes pour les autres. On peut légitimement penser que cette rivalité forte, complexe, subtile, a contribué à pousser la Syrie vers une politique dintransigeance diplomatique.
Quand je dis subtile, je pense à toutes les implications, y compris aux liens qui peuvent se tisser entre lArabie saoudite et ses alliés salafistes opposés ainsi à un Baas séculier et relativement mal disposé à légard de lislamisme le plus radical. On le voit bien, lopposition nest pas si simple quon le croit dans certains milieux occidentaux, et fait aujourdhui de la Syrie lun des remparts les plus sûrs à un salafisme partout décrié. Ce clivage se complique de sa résonance diplomatique. En jouant de cette intransigeance diplomatique, la Syrie a finalement davantage gagné que les autres États arabes de la région. Boycottée par tous, elle est aujourdhui courtisée par lEurope, la France en tête, et même aujourdhui les États-Unis, sans parler de la Turquie et des bonnes relations quelle a nouées avec lIran et, semble-t-il, avec le nouveau Liban. Damas constate que lintransigeance diplomatique paie dans léchiquier complexe de la région, et nest donc probablement pas prêt à abandonner cette marque.
Carole: Pensez-vous que le plan franco-égyptien soit encore dactualité après le retrait des troupes israéliennes de Gaza?
Bertrand Badie: Dabord, il est difficile de parler dun plan franco-égyptien. Tout au plus a-t-on vu des initiatives françaises et égyptiennes pour mettre fin au conflit et dont on peut douter de la réelle efficacité. Israël ne pouvait pas continuer indéfiniment son attaque sur Gaza, quil ait choisi dy mettre fin unilatéralement et juste à temps avant que ne sétablisse une nouvelle administration à Washington montre que linterférence des pressions diplomatiques européennes ou égyptiennes était faible.
De toute manière, et encore une fois, une vraie initiative au Proche-Orient suppose de pouvoir communiquer avec tout le monde. Le début dun processus nouveau est peut-être à trouver dans lappel lancé par Mahmoud Abbas pour former une coalition avec le Hamas. Si à nouveau tous les acteurs palestiniens entrent dans le jeu de la concertation, un espoir de médiation redevient possible. Le problème durant toute cette guerre, cest quil ne pouvait pas y avoir de médiation et quil ny a pas eu de médiation, mais seulement des assauts dunilatéralisme.
Marwan: Faut-il que la communauté internationale négocie avec le Hamas? Ou créer les conditions dune médiation arabe entre Bruxelles, Washington et le Hamas?
Bertrand Badie: Dabord, force est dadmettre que le Hamas est sorti plutôt consolidé de cette guerre. Il na pas été éliminé, il na pas été désarmé; il est aujourdhui plus courtisé, y compris par Mahmoud Abbas, quil ne létait autrefois; chacun sait quil était au centre même de ce conflit et quil devra donc être un partenaire du jeu post-conflit.
Dautre part, on a pu voir combien le Hamas exprimait, y compris dans ses propres contradictions, létat de décomposition et de frustration de la société palestinienne. Combien sa radicalité nétait que la projection de la société non seulement de Gaza, mais aussi de Cisjordanie.
Au total, cette guerre était bien celle qui opposait un État à une société. Penser quon peut en sortir sans prendre en compte les acteurs représentatifs de ladite société est totalement illusoire et source de souffrances supplémentaires.
Nyna1: Comment peut-on réellement discuter avec un groupe terroriste? Je ne pense pas que le Hamas en ressort consolidé! Il a massacré son propre peuple.
Bertrand Badie: Lhistoire est pavée de négociations avec des groupes que lon tenait, parfois que lon continue à tenir, pour des terroristes.
Leopard: Le conflit entre Israël et les Palestiniens a-t-il changé de nature? Si oui, en quoi?
Bertrand Badie: Je ne dirai pas quil a changé de nature, car les paramètres sont identiques depuis 1948. En revanche, il évolue de manière forte dans la perception quen ont les uns et les autres. Il seffaçait jadis derrière lopposition entre lEtat dIsraël et les États arabes de la région. Cette vision inter-étatique des choses a trouvé son paroxysme avec la guerre de 1967 et na cessé de décliner depuis. Il a ensuite été perçu comme un conflit asymétrique, opposant un Etat à des mouvements plus ou moins institutionnalisés, dont lOLP devenait peu à peu la figure de proue. Les accords dOslo ont peu à peu effacé cette seconde version du même conflit. Il apparaît aujourdhui de plus en plus comme le choc entre un Etat porteur dun jeu de puissance et des acteurs sociaux dont la désorganisation, la faible organisation politique et la très grande marginalisation internationale ont fait le beau jeu des entrepreneurs de violences les plus intransigeants et des mouvements les plus radicaux.
Dun certain point de vue, on perçoit de plus en plus quon est face à un choix redoutable: ou devoir compter de plus en plus avec des mouvements incessamment radicalisés, ou regarder une société en face et lui reconnaître des droits. Ainsi réagit probablement lopinion publique: le jeu des chancelleries est beaucoup plus lent, car elles ont du mal à imaginer les sociétés comme des paramètres pleins et entiers du jeu international.
Conformément à une grammaire bismarckienne périmée, les chancelleries occidentales se rattachent à un jeu inter-étatique, en fait complètement dépassé. Quel décalage entre les salons de Charm el-Cheikh et les champs de bataille de Gaza, séparés de seulement quelques kilomètres!
De même, cette obsession de faire dune Autorité palestinienne considérablement affaiblie et délégitimée ou de gouvernements arabes dits modérés mais extrêmement affaiblis des partenaires cruciaux de ce jeu conflictuel a quelque chose de sinon suicidaire, du moins largement improductif. La rupture ne sera achevée par rapport aux préjugés dantan que si lon sémancipe de ces fictions et quon commence enfin à regarder, ce que lon na jamais fait, la question palestinienne comme un objet en soi des relations internationales, et non comme un transit entre diplomaties tétanisées.
